Actualisé

EcomartyrsTués pour avoir voulu sauver la planète

En 2017, près de 200 personnes ont été tuées pour avoir voulu protéger l’environnement. Première responsable: l’industrie agroalimentaire.

par
Alexandra Brutsch
1 / 4
La demande croissante en café, en viande de bœuf et en huile de palme pousse les exploitants à accaparer des terres indigènes et à raser des forêts vierges.

La demande croissante en café, en viande de bœuf et en huile de palme pousse les exploitants à accaparer des terres indigènes et à raser des forêts vierges.

Bruno Kelly/Reuters
Wayne Lotter, Sud-Africain de 51 ans connu pour son engagement en faveur de la faune sauvage africaine, a été tué à Dar es-Salaam (Tanzanie) dans la soirée du 16 août 2017. Il avait cofondé huit ans plus tôt la PAMS, une organisation de lutte contre le trafic d'espèces protégées. Grâce au travail de cette fondation, qui œuvre en tandem avec une unité spécialisée de l'État tanzanien, plus de 2000 braconniers ont été arrêtés entre 2012 et 2017. Deux gros poissons du trafic de défenses d'éléphant ont également été mis derrière les barreaux: la Chinoise Yang Fenlan, surnommée «la reine de l'ivoire», ainsi que l'un de ses principaux fournisseurs dans le pays.

Wayne Lotter, Sud-Africain de 51 ans connu pour son engagement en faveur de la faune sauvage africaine, a été tué à Dar es-Salaam (Tanzanie) dans la soirée du 16 août 2017. Il avait cofondé huit ans plus tôt la PAMS, une organisation de lutte contre le trafic d'espèces protégées. Grâce au travail de cette fondation, qui œuvre en tandem avec une unité spécialisée de l'État tanzanien, plus de 2000 braconniers ont été arrêtés entre 2012 et 2017. Deux gros poissons du trafic de défenses d'éléphant ont également été mis derrière les barreaux: la Chinoise Yang Fenlan, surnommée «la reine de l'ivoire», ainsi que l'un de ses principaux fournisseurs dans le pays.

Daniel Hayduk/AFP
Début septembre 2017, les corps de six paysans péruviens ont été retrouvés dans une rivière du nord-est du pays, pieds et mains ligotés et portant des blessures par balles. Les victimes étaient toutes membres de l'Asociación Agrícola Bello Paraíso, qui travaille à la protection des forêts contre les assauts des groupes d'intérêt privés. Selon des leaders indigènes et un procureur de la région, les responsables de ces assassinats feraient partie d'un groupe criminel qui accapare les terres des petits paysans pour les revendre à des entreprises souhaitant y installer des exploitations de palmiers à huile.

Début septembre 2017, les corps de six paysans péruviens ont été retrouvés dans une rivière du nord-est du pays, pieds et mains ligotés et portant des blessures par balles. Les victimes étaient toutes membres de l'Asociación Agrícola Bello Paraíso, qui travaille à la protection des forêts contre les assauts des groupes d'intérêt privés. Selon des leaders indigènes et un procureur de la région, les responsables de ces assassinats feraient partie d'un groupe criminel qui accapare les terres des petits paysans pour les revendre à des entreprises souhaitant y installer des exploitations de palmiers à huile.

Bloomberg/Getty Images

Esmond Martin, 76 ans, a été retrouvé mort, poignardé au cou, dans sa maison de Nairobi (Kenya) le 4 février dernier. Le géographe américain, figure de la lutte contre le trafic d’ivoire, enquêtait depuis des décennies sur le commerce illégal de cornes de rhinocéros et de défenses d’éléphant, plus précisément sur la demande du marché asiatique. Ironie du sort, au même moment, la Chine puis Hongkong décidaient d’interdire ce commerce.

Si Esmond Martin était un expert de renommée mondiale, de nombreux anonymes paient également de leur vie leur engagement pour l’environnement. En 2017, 197 activistes, leaders indigènes, scientifiques ou simples villageois ont été tués pour avoir tenu tête à des trafiquants, à des entreprises ou à des gouvernements. Soit près de quatre par semaine, souligne l’ONG Global Wit­ness, qui effectue ce macabre décompte chaque année depuis 2002.

Certains tentaient d’empêcher que leurs terres ne soient accaparées pour être transformées en plantations de café, en mines de cuivre ou en projets immobiliers, tandis que d’autres luttaient contre le braconnage ou encore le pillage des ressources forestières.

L’industrie minière dépassée

Depuis 2015, le bilan avoisine chaque année les 200 homicides, et l’Amérique latine reste le premier théâtre de ces meurtres, principalement commis dans les montagnes et les forêts reculées. Global Witness attire toutefois l’attention sur un renversement qui s’est opéré en 2017: pour la première fois, le business de l’agro­alimentaire a dépassé l’industrie extractive pour devenir le secteur le plus lié aux homicides d’activistes. En cause? La croissance massive de la demande en soja, en huile de palme et en viande de bœuf, qui pousse les exploitants à convoiter de plus en plus avidement les terres indigènes et les lopins des petits paysans.

«C’est particulièrement le cas en Amazonie, où l’abondance des ressources est inversement proportionnelle à la sévérité des lois de protection de l’environnement, explique Billy Kyte, chargé de campagne pour l’organisation. On constate le même phénomène sur l’île de Mindanao, aux Philippines, dotée de richesses considérables mais où les exploitants jouissent d’une quasi-immunité en raison de la loi martiale instaurée dans la région pour contrer un soulèvement islamiste.»

Deux meurtres en Espagne

Quant à l’Europe, on dénombre deux victimes: deux gardes forestiers, abattus en Catalogne alors qu’ils approchaient un chasseur soupçonné d’utiliser un fusil sans permis. Global Witness reconnaît toutefois que sa base de données est incomplète. «De nombreux meurtres ne sont pas rapportés, et seule une minorité fait l’objet d’une enquête, rapportait l’ONG au Guardian, partenaire dans la publication du décompte. Et, dans les pays situés dans des zones de conflit, il peut être difficile de confirmer qu’un homicide est lié à l’activisme de la victime.»

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!