Etats-Unis: Tueur en série muet comme ses tombes
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Etats-UnisTueur en série muet comme ses tombes

Condamné à mort, le «sinistre endormi» n’a pas dit un mot. A-t-il tué dix femmes? Ou fait près de 200 victimes?

par
Renaud Michiels
Le tueur en série Lonnie Franklin n’a pas dit un seul mot durant les onze semaines de son procès.

Le tueur en série Lonnie Franklin n’a pas dit un seul mot durant les onze semaines de son procès.

Nick Ut/AP

Les jurés ont suivi la procureure, qui voulait qu’il «paye le prix ultime». Et ont requis lundi soir à Los Angeles la peine de mort contre Lonnie Franklin Jr, reconnu coupable de dix meurtres et d’une tentative d’homicide. Comme durant les onze semaines de son procès, le tueur en série de 63 ans n’a pas dit un mot. Il a passé la majeure partie de son temps à fixer tranquillement un mur derrière le juge, selon le Los Angeles Times. Malgré les évidences – son ADN sur les dépouilles des victimes, une arme d’un crime – Franklin a demandé à ses avocats de plaider l’innocence. Résultat: on ne saura probablement jamais s’il a tué 10, 20 ou… près de 200 fois! Ni si le pire tueur en série de l’histoire des Etats-Unis vient d’être jugé.

Violées puis abattues

Franklin a violé puis abattu la plupart de ses victimes. Puis il abandonnait leurs corps comme de vulgaires déchets, dans des poubelles ou ruelles des quartiers déshérités de South Los Angeles. Des femmes vulnérables de 14 à 35 ans: noires, pauvres, souvent prostituées et toxicomanes. Il a tué sept fois entre 1985 et 1988. Trois fois entre 2001 et 2007. D’où son surnom de «Grim Sleeper», le «sinistre endormi», comme s’il s’était «assoupi» durant treize ans avant de reprendre ses crimes. Il s’agit aussi d’un jeu de mots avec «grim reaper», la grande faucheuse. Et les enquêteurs sont aujourd’hui persuadés que Franklin ne s’est en fait jamais arrêté, qu’il a tué encore et encore. Marié, père de deux enfants, ex-mécanicien puis éboueur, le Grim Sleeper semblait être l’un de ces voisins sans histoire. La police l’a longtemps traqué. Mais le tueur en série est tombé presque par hasard en 2010. Les agents étaient remontés à lui grâce à l’ADN prélevé sur l’un de ses fils pour un délit mineur.

Après son arrestation, le serial killer a découvert qu’une de ses proies avait survécu. Fin 1988, Franklin a proposé une balade en voiture à Enietra Washington. Elle a d’abord refusé. «C’est ça le problème avec les femmes noires, les gens ne peuvent pas être sympas avec vous», lui a-t-il lancé.

«Tu m’as tiré dessus?»

Elle a changé d’avis. La suite? Une ambiance rapidement «étrangement calme», a-t-elle expliqué à People Magazine. Puis elle a senti le sang couler de sa poitrine. «Tu m’as tiré dessus?» lui a-t-elle demandé. Elle se souvient encore qu’il a commencé à abuser d’elle tandis qu’elle perdait conscience. Puis il l’a jetée de sa voiture. Mais elle n’est pas morte. «Je croyais t’avoir pardonné mais j’avais tort. Tu as pris tellement de vies», a lancé Enietra Washington à son bourreau lors du procès.

Combien de vies? Des images de ses victimes ont été retrouvées au domicile du tueur. Mais aussi des portraits de 180 autres femmes! La police les avait rendus publics. Certaines sourient. D’autres semblent endormies, voire mortes. La majorité n’a pas été identifiée à ce jour. Ni retrouvées…

Un juge doit formellement confirmer la peine de mort du «sinistre endormi». Qui fera appel. Et croupira probablement avec ses secrets dans un couloir de la mort: la Californie n’a plus exécuté de prisonnier depuis une décennie.

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