Actualisé 20.01.2017 à 04:08

GambieUltime effort diplomatique pour déloger Jammeh

L'opération lancée pour forcer au départ le président sortant a été suspendue pour permettre une dernière médiation.

Les troupes sénégalaises et de quatre autres pays d'Afrique de l'Ouest, qui étaient intervenues jeudi en Gambie pour forcer au départ le président sortant Yahya Jammeh, ont suspendu leur opération quelques heures plus tard. L'objectif est de permettre une «dernière médiation» régionale afin de convaincre Yahya Jammeh de partir en exil.

L'opération, baptisée «Restaurer la démocratie», a été lancée officiellement peu après l'investiture de Adama Barrow, le nouveau président gambien élu en décembre dernier, et le vote unanime d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU.

«On a arrêté les opérations et on a donné un ultimatum» jusqu'à vendredi à midi (heure locale et GMT), a déclaré à Dakar le président de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), Marcel Alain de Souza.

Cette médiation à Banjul, la capitale, doit être conduite par le président guinéen Alpha Condé qui aura auparavant rencontré son homologue mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, initiateur de la précédente mission auprès de Yahya Jammeh mercredi soir.

Ultimatum fixé à midi

«Si à midi il n'accepte pas de quitter la Gambie sous la bannière du Pr Condé, alors les troupes vont passer à l'intervention militaire proprement dite», a prévenu Marcel Alain de Souza, qualifiant les opérations menées jusque là de «tirs de sommation». «Il est hors de question qu'il reste sur place, a-t-il précisé. Ce qu'on lui propose, c'est de partir».

Le responsable de la Cédéao a affirmé que 7000 hommes au total seraient mobilisés par les cinq pays engagés (Sénégal, Nigeria, Ghana, Togo, Mali) dans cette opération lancée à partir du territoire sénégalais, dans lequel la Gambie est totalement enclavée à l'exception d'une étroite bande côtière.

Les troupes africaines, entrées par plusieurs points du territoire gambien, ont avancé sans rencontrer de résistance de la part de l'armée ou de la police, a indiqué à l'AFP une source de sécurité gambienne.

Soutien des Etats-Unis

Le département d'Etat américain a exprimé son soutien à cette intervention, considérant que «son objectif est de contribuer à stabiliser une situation tendue et de tenter de respecter la volonté du peuple gambien».

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a également salué la «décision historique» de la Cédéao, après le vote du Conseil de sécurité avalisant les initiatives de l'organisation, sans explicitement approuver un recours à la force.

Il a appelé Adama Barrow pour lui exprimer «son soutien total» face au refus de Yahya Jammeh de lui céder le pouvoir.

Adama Barrow prête serment

Tout de blanc vêtu, Adama Barrow a prêté serment à l'ambassade de Gambie à Dakar peu avant 17h00 GMT devant le président de l'Ordre des avocats gambien Sheriff Tambadou, en présence de nombreux responsables d'organisations internationales et régionales ainsi que de ses deux épouses.

Dans son discours, Adama Barrow, élu à la surprise générale au scrutin présidentiel du 1er décembre, a salué «un jour qu'aucun Gambien n'oubliera jamais», avant d'appeler les commandants des forces armées gambiennes à se rallier à lui, sous peine d'être traités comme des «rebelles».

Des scènes de liesse ont éclaté peu après dans les rues de Banjul sans être réprimées par les militaires présents. Le chef d'état-major de l'armée, le général Ousman Badjie, longtemps considéré comme un pilier du régime, a même été vu participant à la liesse des partisans de Adama Barrow.

Evacuation des touristes

Des avions de combat nigérians avaient mené dans la journée des missions de reconnaissance au-dessus de la Gambie, notamment la capitale, transformée en ville fantôme, magasins clos et habitants terrés chez eux de craintes de violences. Les évacuations de touristes, notamment britanniques (l'ex-puissance coloniale) se poursuivaient.

Imprévisible et accusé de violations des droits de l'homme par de nombreuses ONG internationales, Yahya Jammeh, arrivé au pouvoir en 1994 par un coup d'Etat sans effusion de sang, dirigeait depuis le pays d'une main de fer.

Malgré les pressions internationales, et abandonné au fil des jours par sa vice-présidente et plusieurs de ses ministres, il s'est obstiné à demeurer en place tant que la justice n'aurait pas statué sur ses recours électoraux.

Le risque de troubles ou d'intervention militaire a poussé de nombreux Gambiens, résidents étrangers et touristes à quitter le pays. Selon les agences de l'ONU, quelque 25.000 personnes, dont une moitié d'enfants, en sont parties depuis le début de la crise.

(ats)

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