Réactions: Un acte lâche de «chiards»
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RéactionsUn acte lâche de «chiards»

Quinze des 22 tombes du carré musulman du cimetière lausannois du Bois-de-Vaux ont été saccagées, barbouillées de tags anti-islam. Les familles disent leur incompréhension.

par
Benjamin Pillard
Mehmet* et un couple d’origine tunisienne (en arrière-plan) sont venus se recueillir hier sur les sépultures de leurs proches, remises en état. Les graffitis haineux ont été effacés.

Mehmet* et un couple d’origine tunisienne (en arrière-plan) sont venus se recueillir hier sur les sépultures de leurs proches, remises en état. Les graffitis haineux ont été effacés.

Jean-Guy Python

«Musuleman dehor de la Suisse» (sic), «Arabe race de chien», «Coran Bible terroriste», «Non aux cimetier comunotariste, à la mafia municipale coronpus» (sic). Si l’orthographe fait sourire, les propos ne peuvent que susciter l’indignation, la colère et la tristesse. Des inscriptions nauséabondes, peintes à même le sol et visibles toute la journée de samedi, dans les allées du cimetière lausannois du Bois-de-Vaux, contrastant avec la beauté du site. Dans le même acte de vandalisme, constaté à l’aube dans le carré musulman, un espace confessionnel de 350 places – le seul du canton – ouvert en avril 2016, 15 des 22 tombes ont été saccagées.

«Les fleurs étaient éparpillées, les pancartes avec les noms des défunts avaient été arrachées et jetées», témoigne Mehmet*, 55 ans. Ce Suisse d’origine turque se rend tous les jours au cimetière depuis le décès de sa mère, il y a deux mois. «Je suis arrivé alors que la police venait de boucler l’accès; on voyait dans les yeux des agents qu’ils partageaient notre tristesse… Même nos morts ne peuvent pas reposer en paix, c’est inacceptable!»

Des familles en plein deuil

Pour le quinquagénaire arrivé en Suisse à l’âge de 13 ans, ne pas enterrer sa mère en Turquie paraissait une évidence. «Mon père et ma fratrie, nous vivons tous ici depuis longtemps, et nos propres enfants y sont nés. Certains ont déjà 30 ans…» Tout comme pour ce couple de trentenaires tunisiens, dont le père de madame – décédé en janvier – avait grandi dans la région et s’était converti à l’islam en rencontrant celle qui allait devenir sa femme. «C’est une réalité qu’il faut accepter; énormément de gens sont dans cette situation», lâche la jeune femme, mère d’une enfant de 9 ans. «Quand elle a compris ce qui s’était passé, notre fille s’est mise à pleurer en repensant à son grand-père, parti trop tôt, à 57 ans. Elle ne comprend pas qu’on ait pu le déranger comme ça…» La Tuniso-Suissesse se dit particulièrement choquée par le fait que certains corps, dont les tombes ont été profanées, avaient été ensevelis il y a moins de deux semaines. «Les familles n’ont même pas eu le temps de faire le deuil…»

Une question d’éducation

«Ce sont des lâches, des chiards», reprend Mehmet, estimant que le ou les vandales ont vraisemblablement agi de nuit. «Moi, si j’ai un message à faire passer, je me montre, je me manifeste: j’assume. Parce qu’au niveau pénal, de toute façon, le résultat sera le même: la police va les trouver et ils seront condamnés en justice.» Pour ce père de six enfants, le ou les auteurs de ce saccage islamophobe ne sont pas les premiers responsables, mais leurs parents. «Ils ne sont pas parvenus à éduquer leurs enfants. On ne les met pas au monde pour les laisser livrés à eux-mêmes, il faut leur apprendre qu’on ne peut pas faire du mal aux autres.» Et de citer en exemple son cadet de 8 ans, qui prie pour tous les défunts du secteur lorsque le bambin vient se recueillir sur la tombe de sa grand-maman.

* Prénom d’emprunt

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