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PandémieUn an après, le casse-tête des origines du Covid se complique

Il y a un, la Chine annonçait le décès de la première victime de ce qui allait devenir une pandémie mondiale. Mais l’origine du virus n’est toujours pas clairement identifiée.

S’il est clair que l’épidémie s’est manifestée pour la première fois fin 2019 sur le vaste marché Huanan de Wuhan,  l’origine du nouveau coronavirus ne s’y situe pas pour autant nécessairement.

S’il est clair que l’épidémie s’est manifestée pour la première fois fin 2019 sur le vaste marché Huanan de Wuhan, l’origine du nouveau coronavirus ne s’y situe pas pour autant nécessairement.

AFP

D’abord la panique en Chine, puis l’opacité du système communiste, enfin les accusations de Donald Trump: un an après la mort de la première victime du Covid-19, la politisation de l’épidémie éloigne les chances de connaître un jour l’origine du virus.

Le 11 janvier 2020, Pékin annonçait le décès deux jours plus tôt de la première victime connue du nouveau coronavirus, un homme de 61 ans qui faisait régulièrement ses courses dans un marché de Wuhan, métropole de 11 millions d’habitants au centre de la Chine. La mort de cet homme, dont le nom même reste inconnu, sera suivie par près de 1,9 million d’autres à la surface du globe en l’espace d’un an.

Pas forcément Wuhan

S’il est clair que l’épidémie s’est manifestée pour la première fois fin 2019 sur le vaste marché Huanan de Wuhan, où étaient vendus des animaux sauvages vivants, l’origine du nouveau coronavirus ne s’y situe pas pour autant nécessairement. Tout simplement parce qu’il faut beaucoup de temps à un virus pour muter au point de devenir hautement contagieux, souligne l’épidémiologiste Daniel Lucey, de l’Université Georgetown à Washington.

Le fait que le virus était très contagieux lors de son signalement en décembre 2019 signifie qu’il circulait déjà depuis longtemps. «Il n’est absolument pas plausible» que le virus ait pris naissance au marché de Wuhan, selon le professeur Lucey. «Il est apparu naturellement plusieurs mois auparavant, peut-être un an avant, peut-être même encore plus tôt».

L’OMS à l’écart

Problème: les autorités chinoises, soucieuses de se dédouaner de toute responsabilité dans l’apparition du virus, tentent d’accréditer sans preuve une théorie selon laquelle l’épidémie aurait été introduite en Chine depuis l’étranger. Elles font valoir que des traces du virus ont été découvertes dans des eaux usées en Italie ou au Brésil avant l’apparition de la maladie à Wuhan. Mais ces analyses ne prouvent rien quant à l’origine du virus, selon des experts.

Dès janvier 2020, les chercheurs chinois eux-mêmes désignent le marché Huanan comme l’origine de l’épidémie, en dépit d’études antérieures révélant que certains des tout premiers patients n’avaient pas de lien avec ce site. La ville de Wuhan est placée en quarantaine le 23 janvier, puis toute sa province, le Hubei, prenant au piège plus de 50 millions d’habitants.

En mars, le récit des autorités commence à changer: le patron des services anti-épidémiologiques chinois, Gao Fu, explique que le marché n’est pas la source mais «la victime» du virus. L’endroit où l’épidémie n’aurait fait que s’amplifier. Mais Pékin n’a depuis fourni aucune autre explication plausible sur l’apparition du virus, ne livrant que peu d’informations sur les échantillons prélevés à Wuhan.

Quant aux experts étrangers, ils sont maintenus à bonne distance: une équipe de l’Organisation mondiale de la santé, qui aurait dû arriver en Chine la semaine dernière, a été bloquée au dernier moment, Pékin disant «négocier» encore avec l’OMS sur le déroulement de la mission.

Traces effacées

Découvrir l’origine du virus est pourtant crucial pour prévenir la réapparition d’une épidémie. Cela permettrait d’orienter les mesures de prévention vers telles ou telles espèces animales, interdire leur chasse ou leur élevage et éviter les interactions avec l’homme.

«Si nous parvenons à comprendre pourquoi (les épidémies) apparaissent, nous pourrions combattre leurs vecteurs», plaide Peter Daszak, président d’EcoHealth Alliance, une association basée aux Etats-Unis et spécialisée dans la prévention des maladies.

Le rôle purement scientifique de la Chine a été loué initialement à l’international, le pays ayant rapidement partagé le génome du virus, par contraste avec sa gestion opaque de l’épidémie de Sras dans les années 2002-03. La Chine «s’est montrée relativement ouverte», reconnaît la biologiste Diana Bell, de l’Université d’East Anglia au Royaume-Uni.

Le problème c’est que dans le chaos qui s’est emparé de Wuhan début 2020, des traces du virus ont pu être effacées ou déplacées, compliquant encore le casse-tête. «Cela n’a rien d’étonnant. Chaque épidémie se déroule de la même façon. Dans le chaos et la panique», observe Peter Daszak.

«Virus chinois»

Politiquement en revanche, le régime du président Xi Jinping ne tient pas à s’étendre sur les premières semaines de l’épidémie, après avoir été critiqué à l’époque pour avoir tenté d’étouffer les alertes de médecins dès décembre 2019.

L’un d’entre eux, Li Wenliang, avait été accusé par la police d’avoir «propagé des rumeurs», avant de mourir du Covid le 7 février 2020 dans un hôpital de Wuhan. Son décès a déclenché une vive colère contre le régime sur les réseaux sociaux.

Mais avec la maîtrise de l’épidémie dès le printemps dernier, Pékin se pose désormais en sauveur de l’humanité, offrant ses vaccins aux pays pauvres au titre de «bien public mondial». Pas question dans ce contexte de tolérer les voix critiques. Fin décembre, une «journaliste citoyenne» qui avait couvert la quarantaine à Wuhan a été condamnée à quatre ans de prison.

Pour ne rien arranger, l’attitude de l’administration américaine a contribué à dissuader les autorités chinoises de partager leurs connaissances sur le virus, estime Peter Daszak, qui espère un dégel avec le départ de Donald Trump de la Maison Blanche. Ce dernier a empoisonné l’atmosphère de coopération en parlant de «virus chinois» et en suggérant que ce dernier aurait pu s’échapper du laboratoire de virologie de Wuhan -- une possibilité écartée par la communauté scientifique.

Les savants estiment que le virus provient de la chauve-souris mais ignorent toujours quel autre animal aurait pu servir d’intermédiaire pour le transmettre à l’homme. «Je suis convaincu qu’on finira par trouver l’espèce de chauve-souris qui l’a transmis ainsi que la voie probable de contamination», espère Peter Daszak. «On n’en aura jamais la certitude mais on aura sûrement des preuves solides».

Mais la question de l’espèce est secondaire pour Diana Bell. «La source importe peu: il faut simplement mettre fin à ce satané mélange d’espèces dans les marchés. Il faut arrêter le commerce d’animaux sauvages destinés à l’alimentation».

Les 12 moments clés de la crise

Du premier mort officiel en Chine, le 11 janvier 2020, aux espoirs apportés par les vaccins, un an plus tard, retour sur la pandémie de Covid-19 en 12 moments clés.

- Émergence -Le 31 décembre 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est informée de cas inquiétants de pneumonie «de cause inconnue» dans la ville chinoise de Wuhan. Le 7 janvier 2020, la cause est identifiée: un nouveau virus de la famille des coronavirus. Quatre jours après, Pékin annonce le premier mort officiel de la maladie qui sera ensuite baptisée Covid-19.

- Wuhan coupée du monde -Le 23 janvier, Wuhan est coupée du monde pour contenir l’épidémie. Des pays commencent à rapatrier leurs ressortissants de Chine. Le premier décès officiel hors d’Asie intervient le 15 février: un touriste chinois hospitalisé en France.

- Pandémie -Le 6 mars, l’épidémie passe la barre des 100.000 cas recensés officiellement dans le monde. Premier pays européen touché, l’Italie impose un confinement au nord, étendu ensuite à tout le territoire. Le 11 mars, l’OMS qualifie le Covid-19 de pandémie. Les marchés boursiers plongent. Gouvernements et banques centrales annoncent des premières mesures massives de soutien à l’économie.

- L’Europe se barricade -Le 16 mars, l’Allemagne appelle sa population à «rester à la maison» et le Royaume-Uni à éviter tout «contact social». La France est confinée à partir du 17 mars tandis que l’Union européenne annonce la fermeture de ses frontières extérieures.

- Report des JO -Le 24 mars, les Jeux olympiques de Tokyo de juillet 2020 sont reportés à l’année suivante. Le 25 mars, l’ONU avertit que la pandémie «menace l’humanité tout entière».

- La moitié de l’humanité confinée -Des mesures de confinement sont prises partout dans le monde. Le 2 avril, plus de 3,9 milliards de personnes, soit la moitié de l’humanité, sont contraintes ou appelées à se confiner. La barre du million de cas recensés est franchie.

- Economie à genoux -Le 29 avril, l’avionneur américain Boeing supprime 16.000 emplois. Transport aérien, construction automobile, tourisme, grande distribution: de nombreux secteurs souffrent et annoncent de fortes réductions d’effectifs.

- La polémique hydroxychloroquine -Promue par le médecin français Didier Raoult, soutenue par le président américain Donald Trump, l’hydroxychloroquine est classée comme inefficace par une étude internationale retentissante, publiée le 22 mai puis retirée en raison de doutes sur la fiabilité des données. Mais plusieurs études concluront également à l’inefficacité de ce médicament utilisé à l’origine contre la malaria, des essais cliniques seront suspendus.

- Poussée en Amérique latine -Le 7 juin, la pandémie dépasse les 400’000 morts et progresse fortement en Amérique latine. Le Brésil devient le deuxième pays le plus endeuillé, derrière les Etats-Unis, tandis que son président Jair Bolsonaro minimise la gravité de la maladie qu’il qualifie de «grippette». Lui-même sera infecté, comme Donald Trump après le Premier ministre britannique Boris Johnson.

- Masques et anti-masques -La recrudescence des cas conduit plusieurs pays européens à imposer le port du masque dans les transports, rues, écoles ou entreprises. A la fin de l’été, des protestations contre les restrictions sont organisées dans plusieurs capitales. Le 29 août, des manifestants «anti-masques» tentent de pénétrer dans le Reichstag à Berlin.

- 2e et 3e vagues -Le seuil du million de morts dans le monde est franchi le 28 septembre. En Europe, les contaminations flambent en octobre et de nombreux pays décrètent des reconfinements ou couvre-feux. Des mesures partiellement allégées pour les fêtes de fin d’année. Mais l’émergence en Angleterre d’un variant plus contagieux oblige le 5 janvier Londres à reconfiner en urgence et au reste de l’Europe à durcir ses restrictions.

En plein tumulte politique lié à la victoire contestée par Donald Trump de Joe Biden à l’élection présidentielle, les Etats-Unis s’enfoncent dans la crise sanitaire: un nouveau pic de décès est franchi le 5 janvier 2021 avec 3.930 morts en 24 heures. Le pays demeure le plus endeuillé au monde (plus de 368.000 victimes au 9 janvier).

- L’espoir des vaccins -Pour sortir de la spirale des morts et des hôpitaux débordés, l’espoir le plus sérieux réside dans les vaccins: les campagnes de vaccination démarrent en décembre au Royaume-Uni, Russie, Etats-Unis puis dans l’Union européenne alors que la Chine vaccine depuis juillet.

Au 9 janvier 2021, une cinquantaine de pays ont entamé des campagnes de vaccination et au moins 22 millions de doses ont été administrées dans le monde.

(AFPE)

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47 commentaires
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Youssouf

11.01.2021 à 11:49

Un autre article du Matin aujourd’hui dit que l’anniversaire du premier mort identifié de la Covid a été passé sous silence... C’est normal car cela remettrait la Chine à l’origine de la pandémie, ce que le régime chinois tente depuis le début de cacher en ne l’annonçant pas immédiatement, en refusant l’enquête de l’OMS, en se donnant du temps pour supprimer ou manipuler les évidences, en allumant des contre-feux comme cette série de vidéos honteuses qui pointent du doigt l’Italie ou même la France comme source première.

Mamanilsmartelentlesmemesmensongesencoreetencore

11.01.2021 à 05:52

De 1) l’étude invalidant l’hydroxychloroquine avait elle aussi été invalidée. Et de 2) Des chercheurs du CNRS l’ont bien dit, qu’ils ne peuvent PLUS écarter la très plausible possibilité que ce virus soit en effet sorti d’un laboratoire. Et finalement 3) Concernant les deux points cités plus haut, c’est quoi cette obscurcissement forcé autour du sujet traité? Ça sent la manip de masses à plein nez. Pffft! PS: Chacun des points énoncés ci-haut est vérifiable et pas issus de "théories de complots"! D’ailleurs, je file volontiers les liens de presse (internationale) qui vont avec. Ils y en as qui gardent les traces du récit à fur et mesure qu’il se développe et ces écrans de fumée opérés en douce passent pas du tout. Ce sont exactement ce genre d’attitudes qui donnent naissance aux dits théories de complots. Stop à la manipulation et osez l’honnêteté, bon sang.

Paul Ischinel

10.01.2021 à 10:53

Arrêtons avec ces théories complotistes, appuyées par des ex-scientifiques, qui bannis par leur communauté, courent après leur rédemption, tel ce bon professeur Montagnier. Toute l'autorité et la communauté scientifique est unanime , le virus ne peut provenir d'un labo, le marqueurs ne portent aucune trace de manipulation ou mutation. Ils sont "bruts" en quelque sorte. La variante qui arrive est le premier génome avec des traces de modification/mutation. L'avis commenté qu'il serait bon de partager, c'est de cesser de mettre en contact, sur des marchés, des espèces animales qui ne se côtoiraient jamais naturellement, tels les lespèces sauvages et d'élevage. C'est cette proximité qui favorise la transmission d'un virus d'un individu naturellement porteur, comme la chauve-souris qui est un hôte naturel de plusieurs dizaines de virus, a un individu dont la faiblesse du système imunitaire va permettre au virus de muter, pour ensuite entrer en contact et infecter l'humain.