24.07.2019 à 12:55

Massacre d'AscqUn ancien SS poursuivi par la justice

Un ancien SS, impliqué dans un massacre en 1944, a minimisé les faits dans un entretien à la Télévision allemande. Il est poursuivi pour incitation à la haine.

Plaque commémorative à Villeneuve-d'Ascq, en mémoire des victimes des SS en 1944.

Plaque commémorative à Villeneuve-d'Ascq, en mémoire des victimes des SS en 1944.

archive/photo d'illustration, AFP

Karl Münter, 96 ans, est poursuivi pour ses propos lors d'un entretien à la chaîne publique ARD diffusé le 29 novembre 2018. Il y avait notamment assuré que le chiffre de 6 millions de juifs assassinés par les nazis était exagéré, selon le Parquet.

Cette mise en accusation fait suite à la plainte de familles de victimes du massacre de 86 civils à Ascq, commis dans la nuit du 1er au 2 avril 1944 en représailles au déraillement d'un train transportant environ 350 SS.

Elle permet aux descendants d'espérer un procès, après leur échec à faire juger l'ancien SS pour son rôle dans la tuerie. En mars 2018, le Parquet allemand avait en effet annoncé l'abandon des poursuites parce que le suspect avait déjà été condamné à mort par contumace par un tribunal militaire en France en 1949 et qu'il ne pouvait donc être jugé une seconde fois pour ces mêmes faits.

75 ans après

Outre ses propos sur l'Holocauste, Karl Münter a aussi été mis en accusation pour avoir estimé que les victimes d'Ascq étaient aussi responsables de leur mort. Interrogé par ARD pour savoir s'il regrettait ces événements, l'intéressé avait répondu: «Non pas du tout! Pourquoi devrais-je regretter?».

Selon le Parquet, l'ancien SS assure qu'il ne se savait pas filmé et enregistré. En cas de condamnation, Karl Münter risque jusqu'à 5 ans d'emprisonnement.

«Il était temps... Enfin, la justice prend en main ce dossier. Et la justice allemande en plus! C'est une reconnaissance de notre douleur, de tout ce qu'on a vécu, de ce qui n'a jamais été reconnu», a déclaré à l'AFP Jacqueline Ruckebusch-Béghin, fille de l'un des massacrés d'Ascq, aujourd'hui âgée de 77 ans.

«Soixante-quinze ans après, ce n'est pas une question de vengeance, c'est tout le contraire. On voudrait par ce procès que la justice reconnaisse les mensonges de Karl Münter, que la vérité soit rétablie. Seule la vérité sur ces horreurs, sur le négationnisme, permettra d'aller vers l'apaisement et de montrer que la guerre ne doit plus exister», a-t-elle dit.

Réunion de néonazis

En raison du grand âge de l'ancien SS, des expertises médicales devront encore être réalisées pour attester de sa capacité à être jugé, condition pour qu'un procès ait lieu. Malgré sa condamnation après la guerre, Karl Münter n'a jamais été emprisonné. Il a vécu dans le nord-ouest de l'Allemagne où il travaillait à La Poste.

L'équipe d'ARD qui avait réalisé cette interview a affirmé l'avoir retrouvé alors qu'il participait à une réunion de néonazis.

(ats)

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