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InterviewUn artiste lausannois tourne ses clips au sommet de la tour de Bel-Air

Staro a fait preuve de créativité et d’audace pour la promotion de son premier EP. Il a dévoilé plusieurs vidéos qui offrent une vue spectaculaire de la capitale vaudoise depuis le premier gratte-ciel de Suisse.

par
Fabio Dell'Anna


Les artistes ont redoublé d’effort pendant la pandémie afin d’offrir des moments uniques à leur public. Raphaël Starobinski a d’ailleurs mis la barre très haut. Ce Lausannois de 24 ans vient de sortir le 23 octobre son premier EP «Ensemble Vide» sous le nom de Staro. «C’est le diminutif de mon nom de famille polonais par lequel beaucoup de gens m’appelaient déjà», nous confie-t-il. Pour promouvoir le projet, l’artiste, qui a étudié l’art visuel à Angoulême (F), décide d’organiser un concert sur le toit de la tour de Bel-Air. «À la base on avait prévu un gros vernissage avec plusieurs potes musiciens qui ont sorti des projets en pleine pandémie. Mais bon, la deuxième vague nous a vite rattrapés alors, avec mon batteur et complice Maximilien Anhorn, on a brainstormé longtemps pour trouver comment jouer mes chansons sans être le 36e live Instagram de la semaine.»

La créativité et le culot finissent par payer, car il se retrouve avec son équipe sur le premier gratte-ciel de Suisse. La tour la plus célèbre de Lausanne a été édifiée en 1931 et n’avait pas fait l’unanimité à l’époque. Au contraire, lors de sa construction à la fois par sa taille (les protestants craignant qu’elle ne dépasse la cathédrale) et d’autre part par son inspiration venant des immeubles de Wall Street. En 2020, elle a permis à Staro un beau coup de projecteur et offre un spectacle à couper le souffle.

Pourquoi avoir décidé de faire un show sur le toit de la tour de Bel-Air?

Il fallait trouver une idée pour que notre live vaille la peine d’être vu. Jouer au sommet de la tour Bel-Air nous est venu très vite à l’esprit. Au début, c’était plus une blague, tellement cela nous semblait irréalisable. Et pourtant…

Cela a été compliqué de contacter le propriétaire?

Le plus dur a été de trouver son nom et son contact. Cela a été un parcours interminable de mails. Entre la police du commerce, les assurances immobilières, les agences… J’ai tourné en rond pendant une bonne semaine avant de me souvenir que les deux Vincent avaient tourné une vidéo au sommet de la tour (ndlr.: une parodie du clip tourné sur la tour Eiffel par le groupe PNL). Une amie qui connaît Vincent Veillon lui a fait un message. Il nous a donné un contact et tout s’est débloqué d’un coup. Le propriétaire nous a répondu immédiatement, il était super-sympa. Il nous a accueillis chez lui pour parler du projet. Il a juste demandé de convenir d’une date, sans ne rien demander pour les droits d’images, les autorisations ou ne serait-ce qu’une location du lieu. Ce projet a pu être réalisé avec le minuscule budget que nous avions à disposition. Ce n’est que le culot qui a payé, il faut croire…

Une vue avec le drone depuis la tour de Bel-Air le jour de l’enregistrement.

Une vue avec le drone depuis la tour de Bel-Air le jour de l’enregistrement.

Que s’est-il passé ensuite?

Quand on s’est rendu compte que le projet allait réellement se faire, on a contacté les copains de La 17e, une équipe de vidéastes de Vevey. Entre les musiciens et l’équipe technique vidéo, photo et son, on était une quinzaine au sommet de la tour pour une journée. On a tout installé en fin de matinée, on a dû shooter le plus vite possible, car une grosse averse nous arrivait dessus. Autour de 18 h, on pliait tout en catastrophe pour éviter que notre matos se fasse rincer. On a enregistré une série de mes chansons en live, filmé en partie au drone.

Vous avez tourné sept vidéos. La plupart des chansons viennent de votre EP «Ensemble Vide», qui mélange le style hip-hop et la pop.

Il y a beaucoup de codes hip-hop avec lesquels je m’amuse. Et c’est évident qu’il y a une influence très pop! Mes chansons sont souvent structurées en couplet, prérefrain, refrain, plus pop que rap. Au final, entre les textes et l’esthétique musicale dominante c’est vrai qu’on flirte beaucoup avec le rap. Même si le terme «rappeur» n’est pas celui qui me plaît le plus, car je compose quasi-toujours derrière un piano ou une guitare.

Vos textes parlent de situations que vous avez rencontrées?

Les thèmes que j’aborde sont mes questionnements, mes réflexions. Je parle des doutes de la vie d’un jeune adulte atteint d’un puissant syndrome de Peter Pan. J’essaie de raconter très sérieusement des choses pas sérieuses et inversement. Je pense que l’humour permet de dire tout haut ce que l’on pense tout bas, on peut tout dire caché derrière le masque de la blague. Mais au final c’est un EP assez tendre qui parle de questions et de doutes. Même si une chanson comme «Radio» (ndlr.: dont le clip est sorti ce 22 novembre) a un humour plus acide… Les thèmes sur lesquels j’écris sont ceux qui me travaillent dans ma vie privée, car je pense qu’une chanson à texte vaut la peine d’être écoutée quand elle permet de rencontrer quelqu’un intimement.

D’où viennent vos influences si différentes?

J’ai commencé la musique dans un groupe de rock à l’âge de 13 ans. On se voyait dans un garage pour répéter. Ado, je me suis passionné pour les Beatles, Pink Floyd, The Doors… Malgré ses références internationales, j’ai toujours préféré chanter en français. Cela me demandait plus de concentration sur les paroles, car le public allait prêter attention à nos textes. À cette période, il n’y avait pas grand monde de notre âge qui faisait de la musique et qui avait leur propre projet. On ne savait pas trop où on allait, mais ça a duré des années et on a fait beaucoup de concerts. Parmi nos plus grosses scènes, nous avons joué au festival Balélec ou au Théâtre de l’Octogone. Mes influences pop rock des années 1960 et 1970 se sont entremêlées à mon amour pour la chanson française bien écrite. J’ai toujours adoré Bashung, Brel, Gainsbourg, Brassens. Très jeune, j’adorais Thomas Fersen ou Renaud – dans ses premières heures –, ce qui m’a amené à l’adolescence à m’intéresser aux textes hip-hop. C’est aujourd’hui dans le style rap que l’on trouve les plus grands paroliers de la musique francophone. Au fil des années j’ai compris que si je voulais donner de l’importance à mon texte, le rap était le meilleur terrain.

Quelles réactions avez-vous reçues lors de la publication des premières vidéos?

Quand on a publié la première vidéo de ce projet, on avait réussi à garder ça complètement secret, même auprès de nos potes. On a eu énormément de retours positifs, tout le monde a été vraiment surpris! C’est génial de se dire qu’on a réussi à monter un gros projet qui surprend le public et alors qu’on était complètement bloqués par la pandémie.

Quelle est la suite de l’aventure?

On a encore plusieurs vidéos en réserve qui sortiront dans les semaines qui viennent et pour d’autres occasions particulières. On est déjà en train de bosser sur de nouveaux projets, on a plein d’idées en tête. Rien ne peut arrêter la création et je suis plus motivé que jamais.

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