Actualisé 21.02.2013 à 18:22

TerrorismeUn attentat en plein cœur de Damas tue des dizaines de civils

Des dizaines de civils ont été tués à Damas ce jeudi dans un attentat suicide à la voiture piégée dénoncé aussi bien par le régime que par l'opposition.

Un attentat à la voiture piégée a fait au moins 50 morts en plein cœur de Damas.

Un attentat à la voiture piégée a fait au moins 50 morts en plein cœur de Damas.

Keystone

A une heure matinale de grande affluence, un kamikaze a fait sauter sa voiture remplie d’explosifs devant un barrage formé de blocs de béton. Ils obstruaient l’entrée du siège du parti Baas, au pouvoir depuis un demi-siècle.

Selon un bilan de la télévision officielle, au moins 53 personnes ont été tuées et des dizaines blessés dans cette attaque. Cette explosion est la plus meurtrière dans la capitale depuis le double attentat suicide du 10 mai 2012, qui a fait 55 morts. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a de son côté fait état de 42 morts

Des enfants parmi les blessés

La télévision avait auparavant fait état de 35 morts et 237 blessés dans l'attentat qui n'a pas été revendiqué. L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui s'appuie sur un large réseau de militants et médecins, avait de son côté fait état de 42 morts, la plupart des civils et neuf membres des forces gouvernementales. La télévision a montré des voitures détruites et en feu, une épaisse fumée noire, des corps ensanglantés gisant au sol et des immeubles endommagés.

Selon la chaîne officielle Al Ekhbariya, des enfants figurent parmi les blessés, «une école se trouvant à proximité».«C'est ça, la liberté qu'ils veulent? C'est ça, l'Armée syrienne libre?» s'offusque un homme interrogé par la télévision. «C'est du terrorisme! c'est ça que vous appelez islam?» fulmine un blessé. Ils faisaient référence aux groupes jihadistes et à l'Armée syrienne libre (ALS), principale composante de la rébellion.

L'attentat a fait exploser les fenêtres de l'ambassade de Russie, sans faire de blessés, selon des agences de presse à Moscou. La Russie est l'un des rares pays appuyant le régime du président Bachar al-Assad et continue d'avoir une présence diplomatique à Damas. Les médias officiels ont accusé des «terroristes» d'avoir mené l'attentat, reprenant la terminologie du régime qui assimile les rebelles qu'il combat à des «terroristes».

Pas perpétré par l'opposition

La Coalition de l'opposition a dénoncé elle aussi un attentat «terroriste» qualifiant de criminelles les attaques visant les civils «quel qu'en soit l'auteur». Elle a évité d'accuser le régime comme elle l'a fait dans le passé pour ce genre d'attentat. Des attentats meurtriers ont frappé ces derniers mois Damas, visant les bâtiments gouvernementaux, des Renseignements ou de la sécurité, dont plusieurs ont été revendiqués par les jihadistes du Front Al-Nosra.

Alors que le Liban voisin cherche à se distancier du conflit qui a fait plus de 70'000 morts depuis mars 2011 selon l'ONU, il risque d'être emporté dans la violence si l'ALS met à exécution ses menaces de bombarder des positions du puissant mouvement armé Hezbollah au Liban, allié indéfectible du régime Assad. Le général Sélim Idriss, chef de l'état-major de l'ASL, a accusé mercredi le Hezbollah d'avoir bombardé à partir du Liban des positions rebelles dans la région syrienne de Qousseir, frontalière du Liban. «Au terme des 48 heures, c'est-à-dire jeudi, l'ASL à Qousseir répondra aux sources des tirs et nous mobiliserons aussi les combattants dans d'autres régions», a-t-il averti.

70'000 morts?

La télévision syrienne a également annoncé l’interpellation d’un homme s’apprêtant à commettre un attentat suicide. Cinq bombes, dont une de 300 kilos, ont été retrouvées selon elle dans son véhicule.

Des attentats meurtriers ont frappé ces derniers mois Damas. Ils ont visé les bâtiments gouvernementaux, des Renseignements ou de la sécurité. Plusieurs attaques ont été revendiqués par les jihadistes du Front Al-Nosra. Réunion de l’opposition Le centre de Damas a été relativement épargné par les violences en près de deux ans de soulèvement anti-Assad. Toutefois, les banlieues de la capitale sont désormais le théâtre de combats acharnés.

Par ailleurs, l’aviation gouvernementale a bombardé jeudi, pour la première fois depuis le début du soulèvement, la vieille ville de Deraa. Elle a tué 18 personnes dont huit rebelles, selon des opposants. Ces raids aériens seraient une riposte aux attaques lancées par les insurgés contre plusieurs barrages routiers.

Quant à l’opposition syrienne en exil, elle s’est réunie jeudi au Caire pour discuter de la proposition de son chef Ahmed Moaz al- Khatib. M. al-Khatib souhaite entamer des discussions avec le régime, qui selon lui devraient aboutir au départ de M. Assad. Le régime syrien s’est dit prêt à dialoguer mais sans «conditions préalables». Le conflit armé, qui a fait plus de 70’000 morts selon l’ONU, ne donne aucun signe d’une solution politique.

Les attentats les plus meurtriers

2013- 15 jan: 87 personnes tuées et 160 blessées dans une double explosion à l'université d'Alep, au moment où se déroulaient des examens. - 16 jan: 22 morts dans un double attentat suicide à la voiture piégée à Idleb, principale ville du nord-ouest sous contrôle de l'armée. - 21 jan: Plus de 30 personnes, dont des civils et des miliciens pro-régime, sont tués dans l'explosion d'une voiture piégée à Salmiyé, dans la province de Hama, selon le OSDH. - 24 jan: 53 membres des renseignements militaires, dont six officiers, sont tués dans un attentat suicide à la voiture piégée contre leur siège dans la province de Damas (annoncé le 1er février par l'OSDH). - 6 fév: Au moins 54 employés d'une fabrique d'uniformes de l'armée périssent dans un attentat qui frappe leur bus à Braq, dans la province de Hama (OSDH). - 21 fév: Au moins 53 morts, en majorité des civils, dans un attentat suicide qui dévaste une artère près du siège du parti Baas à Damas.

2012- 6 jan: Au moins 26 morts dans un attentat suicide à Midane, quartier historique du centre de Damas. - 10 fév: 28 morts et plus de 230 blessés dans un double attentat à la voiture piégée contre les sièges des renseignements militaires et des forces de l'ordre à Alep, grande métropole du Nord. Le pouvoir accuse des "gangs terroristes", l'opposition met en cause le régime. - 17 mars: 27 morts et 140 blessés dans deux attentats visant une direction de la police criminelle et un centre des renseignements au centre de Damas. - 10 mai: 55 morts et 372 blessés dans deux attentats quasi simultanés dans le quartier de Qazzaz (sud de Damas) devant un siège de la Sécurité. Régime et opposition s'accusent mutuellement. - 9 sept: 27 morts dans un attentat dans le quartier du stade municipal à Alep. - 3 oct: Au moins 48 morts, en majorité des militaires, et une centaine de blessés dans un triple attentat à la voiture piégée dans le centre d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). - 8 oct: Un double attentat suicide vise le siège provincial des services de renseignements de l'armée de l'air à Harasta, banlieue est de Damas: des dizaines de morts, selon l'OSDH, bilan démenti par une source de Sécurité. - 5 nov: Au moins 50 membres des forces pro-régime sont tués dans la province de Hama (centre). - 28 nov: 54 morts et 120 blessés dans un double attentat à la voiture piégée sur une place de Jaramana, localité de la banlieue de Damas favorable au régime.

(AFP)

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