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Palmarès«Un autre monde est possible!»

Au final d’une cérémonie plutôt embarrassante, Ken Loach a reçu la Palme d’or pour «Moi, Daniel Blake», pamphlet social vibrant.

par
Jean-Philippe Bernard
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Le réalisateur anglais vient de recevoir la deuxième Palme d'or de sa carrière. Il en a profité pour dénoncer les dégâts provoqués par le néolibéralisme.

Le réalisateur anglais vient de recevoir la deuxième Palme d'or de sa carrière. Il en a profité pour dénoncer les dégâts provoqués par le néolibéralisme.

VALERY HACHE, AFP
Il a lancé la fête avec le délicieux «Café Society». Le réalisateur qui ne vient à Cannes qu'à condition de ne pas figurer dans la compétition adore par ailleurs la Croisette et ses fastes. Chahuté par Laurent Lafitte lors de la cérémonie d'ouverture, il a toutefois promis de revenir très vite.

Il a lancé la fête avec le délicieux «Café Society». Le réalisateur qui ne vient à Cannes qu'à condition de ne pas figurer dans la compétition adore par ailleurs la Croisette et ses fastes. Chahuté par Laurent Lafitte lors de la cérémonie d'ouverture, il a toutefois promis de revenir très vite.

IAN LANGSDON/EPA
Pour fêter sa première apparition au Festival, à l'occasion de la présentation de «Money Monster» de Jody Foster, la blonde Julia s'est fendue d'une montée des marches hollywoodienne, sous l'œil ravi de M. Nespresso, son partenaire d'un film.

Pour fêter sa première apparition au Festival, à l'occasion de la présentation de «Money Monster» de Jody Foster, la blonde Julia s'est fendue d'une montée des marches hollywoodienne, sous l'œil ravi de M. Nespresso, son partenaire d'un film.

Joel Ryan

On n’a visiblement pas prévenu Houda Benyamina, réalisatrice franco-marocaine de «Divines», qu’elle ne participait pas à la «Nuit des Césars». Aussi, la jeune femme qui vient de décrocher la Caméra d’or récompensant le meilleur premier film se lance dans un interminable discours de remerciements en hurlant à maintes reprises «Cannes est à nous!»

C’est donc avec pas mal de retard que le jury présidé par George Miller entre dans le vif du sujet avec la divulgation de son attendu palmarès. Après avoir décerné une Palme d’honneur à un Jean-Pierre Léaud, qui n’avait lui aussi pas été informé qu’il fallait faire court, Miller et les siens déclarent que Shahab Hosseini mérite le Prix d’interprétation masculine pour sa prestation dans «Le client» d’Asghar Farhadi. Une récompense qui fleure bon le consensuel et qui vient mettre à mal la théorie voulant qu’un film présenté au dernier jour de la compétition reparte bredouille.

Hosseini, tout aussi surpris que nous, glisse: «Je remercie Dieu de m’donner l’occasion de vivre cette soirée», et s’éclipse. Le tempo s’accélère. Le Prix du jury revient sans qu’on s’en offusque à «American Honey», le tonique road movie de la Britannique Andrea Arnold. Arrive le moment de la meilleure actrice qui est, selon le jury, Jaclyn Rose pour son interprétation d’une pauvre commerçante harcelée dans «Ma’Rosa», du Philippin Brillante Mendoza. Là encore, même si le film et ses interprètes sont convaincants, on se dit qu’il y avait mieux à faire… Déjà honoré avec le prix décerné à son comédien principal, Asghar Farhadi décroche le Prix du scénario. On n’en dira pas plus, même si l’on n’en pense pas moins…

Le Prix de la mise en scène est décerné ex aequo à Cristian Mungiu pour «Baccalauréat» et à Olivier Assayas pour «Personal Shopper». Lequel remercie tout le monde sauf Kristen Stewart, son interprète principale! Récompensé avec le Grand Prix pour «Juste la fin du monde», Xavier Dolan, en larmes, offre à la cérémonie un vrai grand moment d’émotion et cite Anatole France: «Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.»

Note sociale

Arrive alors le clou du spectacle. Mel «Mad Max» Gibson rejoint George Miller pour donner la Palme d’or à Ken Loach, auteur de «Moi, Daniel Blake», pamphlet social touchant. Emu, le Britannique, dont c’est la seconde palme après «Le vent se lève» en 2006, remercie avec un discours puissant, qui clôt cette 69e édition sur une note sociale: «Ce monde dans lequel nous vivons se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes à l’orée d’un projet d’austérité conduit par des idées néolibérales qui risquent de nous mener à la catastrophe. Alors qu’une petite minorité s’enrichit de manière honteuse. Un autre monde est possible et nécessaire.»

L'édito

Depuis le temps, on devrait être prévenu: pendant une dizaine de jours, le Festival de Cannes célèbre le glamour, revendique le luxe et la démesure. Puis, au moment de fermer boutique, le jury, même s’il prend quelques bonnes décisions, nous fâche. En raison de cette sorte de condescendance qui le pousse à surcoter certains ouvrages ou certaines performances…

D’accord pour Xavier Dolan, d’accord aussi pour Ken Loach même si un prix «secondaire» aurait suffi. Mais comment croire un instant que les Prix d’interprétation décernés hier soir résultent d’une appréciation sincère, dépourvue de calcul? On s’énerve mais on a tort: comme le disent surtout ceux qui ne récoltent jamais rien, le principe de compétition est absurde. Parce que, aussi, la sélection de cette 69e?édition était fort belle. Et parce que les grands films, on les a vus: «Loving» du prodigieux Jeff Nichols, notre Palme de cœur, ou «Paterson» de Jim Jarmusch, De même qu’on a pu admirer des comédiennes et comédiens en état de grâce comme Kristen Stewart, Ruth Negra, Marion Cotillard, Joel Edgerton et bien d’autres. Ces moments de cinéma, on se réjouit que le grand public les découvre bientôt. Avant qu’on retourne à Cannes, pour s’émerveiller et s’énerver.

Jean-Philippe Bernard, Journaliste

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