Actualisé 04.06.2020 à 09:50

Un avocat de Tariq Ramadan renonce à le défendre

Paris

Visé par des accusations de conflit d'intérêts qu'il conteste, le défenseur se retire sans attendre la décision déontologique du bâtonnier.

L'avocat qui s'est retiré était accusé d'avoir été sollicité auparavant par l'une des femmes qui a porté plainte contre Tariq Ramadan (photo).

L'avocat qui s'est retiré était accusé d'avoir été sollicité auparavant par l'une des femmes qui a porté plainte contre Tariq Ramadan (photo).

AFP

L'avocat William Bourdon a annoncé jeudi à l'AFP qu'il renonçait à défendre l'islamologue suisse Tariq Ramadan devant la justice française Henda Ayari, la première des femmes à avoir porté plainte pour viol contre Tariq Ramadan fin octobre 2017, a saisi la commission de déontologie du barreau de Paris car, dans les premiers jours de l'affaire, elle avait sollicité les conseils de l'avocat français. Il y aurait donc possible conflit d'intérêt. Le bâtonnier a été saisi de l'affaire, mais l'avocat se retire avant même sa décision déontologique.

Me Bourdon avait préparé une note de conseils et un projet de communiqué pour Henda Ayari, mais elle n'avait pas donné suite. «Mon entretien avec Mme Henda Ayari avait été bref et strictement aucune confidence, ni secret, n'avait été partagé. Il n'existait par conséquent aucune contre-indication à la défense de M. Tariq Ramadan», se défend l'avocat, entré mi-mai dans l'équipe des conseils de l'islamologue inculpé en France depuis février 2018 pour «viol» et «viol sur personne vulnérable», pour des faits dénoncés par Henda Ayari et «Christelle». Deux nouvelles inculpations, pour des soupçons de viols sur deux femmes, en 2015 et 2016, ont été prononcées le 14 février.

Les conditions sereines ne sont plus réunies

«Mon choix de défendre M. Ramadan a été inspiré par la volonté de favoriser un traitement serein de la procédure à l'abri des toutes les manipulations et de tous les amalgames», se justifie l'avocat dans cette déclaration transmise à l'AFP. Or, «ces conditions ne sont malheureusement aujourd'hui plus réunies», estime Me Bourdon qui dénonce la diffusion, «de façon opportuniste», de la réclamation déontologique déposée par Me Francis Szpiner, avocat de Mme Ayari, «entraînant des publications comportant de graves contre-vérités et de regrettables confusions».

«Dans ces conditions, ne pas se retirer était susceptible de gêner la défense de M. Ramadan, qui plus est dans un dossier public et complexe, où tout semble être possible et permis dès qu'il s'agit d'atteindre la crédibilité de M. Ramadan et de sa défense», conclut le texte.

Autre avocat accusé

Un autre avocat récent du prédicateur, Ouadie Elhamamouchi, est aussi accusé de conflit d'intérêts par une des plaignantes, Mounia Rabbouj, qui a saisi le bâtonnier de Bobigny, en banlieue parisienne. Cette femme, la troisième à avoir accusé Tariq Ramadan de viols, faits pour lesquels il n'est pas poursuivi à ce jour, reproche à l'avocat de l'avoir démarchée avec insistance mi-novembre 2018.

(AFP)

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