Actualisé 16.06.2020 à 05:08

Un cas semblable à George Floyd s'est déroulé en 2018 à Lausanne

Vaud

Mike Ben Peter, un Nigérian de 37 ans, est décédé, après avoir été immobilisé au sol sur le ventre, au cours d'une interpellation musclée début 2018 à Lausanne à laquelle avaient participé six policiers. L'instruction est toujours en cours.

Un Nigérian de 37 ans est décédé début 2018 à Lausanne (VD), après avoir été maintenu au sol lors d'un contrôle de police. La procédure autour de cette affaire impliquant six policiers est toujours en cours.

Un Nigérian de 37 ans est décédé début 2018 à Lausanne (VD), après avoir été maintenu au sol lors d'un contrôle de police. La procédure autour de cette affaire impliquant six policiers est toujours en cours.

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Après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, le cas d'un Nigérian décédé en 2018 en Suisse dans des circonstances troubles après un contrôle policier, lors duquel il avait été immobilisé sur le ventre à terre, revient sur le devant de la scène.

George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, est mort le 25 mai à Minneapolis lors de son interpellation, asphyxié par un policier blanc qui s'était agenouillé pendant presque neuf minutes sur son cou.

Mike Ben Peter, un Nigérian de 37 ans, surnommé par les médias le «George Floyd suisse», a lui été immobilisé au sol sur le ventre, au cours d'une interpellation musclée début 2018 à Lausanne (VD) à laquelle ont participé six policiers. Il avait refusé de faire l'objet d'une fouille.

«Il a été maintenu en asphyxie positionnelle» pendant plusieurs minutes, assure Me Simon Ntah, avocat de la famille du défunt. Sa mort, quelques heures plus tard à l'hôpital, d'une crise cardiaque avait suscité une vague d'indignation.

Pour Me Ntah, il y a «d'énormes similarités» avec la mort de George Floyd, avec «une situation probablement un peu plus grave dans le cas de Mike Ben Peter puisqu'il y a un déchaînement de violence qui précède le plaquage ventral».

Mais «la différence», a-t-il dit à l'AFP, c'est qu'aux Etats-Unis «les faits ont été filmés et donc on arrive précisément à voir comment le genou a été placé sur le cou».

«Amalgames»

Deux ans après la mort de Mike Ben Peter, la procédure est toujours en cours. Hasard du calendrier, les médecins légistes ont été entendus par la justice quelques heures après le décès de Georges Floyd. Ils devraient l'être à nouveau avant la tenue probable d'un procès fin 2020 ou début 2021.

En pleine affaire Floyd, l'audience des légistes a rencontré un vif écho en Suisse. «La Suisse aussi a son George Floyd», ont titré plusieurs journaux, tandis que les manifestants contre le racisme lui rendaient hommage. «Battons-nous pour Mike Ben Peter», pouvait-on lire sur l'une des pancartes à Lausanne.

Odile Pelet, avocate d'un des policiers, rejette «les amalgames» entre les deux cas, soulignant que l'autopsie a formellement exclu que Mike Ben Peter soit décédé d'asphyxie.

«D'après les images de l'interpellation de Georges Floyd, les situations ne sont absolument pas comparables. Jamais un des six policiers n'a mis son genou sur le cou de Ben Peter», dit-elle.

Les experts légistes ont conclu à une cause multifactorielle du décès, dont le stress, l'obésité et des problèmes cardiaques.

«Les médecins légistes ont également évoqué la position ventrale mais sans pouvoir dire vraiment quel rôle elle pouvait jouer dans le décès», a relevé Me Pelet.

Interrogé, le directeur de la communication de la police cantonale vaudoise, Jean-Christophe Sauterel, n'était pas en mesure de s'exprimer sur l'affaire, mais a expliqué qu'en Suisse si une personne doit être maîtrisée au sol, la pression sera mise sur les bras ou sur les épaules. Les prises sur la tête et la nuque sont «totalement bannies».

Racisme

Dans les défilés contre la violence policière et le racisme anti-noir de ces derniers jours en Suisse, le nom de Mike Ben Peter n'a pas été le seul à résonner à côté de celui de George Floyd. Les médias ont rappelé que Hervé Mandundu et Lamine Fatty étaient décédés (respectivement en 2017 et 2016) pendant ou après une intervention policière dans le canton de Vaud.

«De la même façon que la vague #MeToo a permis des choses très très positives, il y a aujourd'hui, une vague de prises de conscience concernant le racisme dans la police», s'est réjoui Me Ntah.

De nombreux observateurs relèvent toutefois qu'il n'y a pas de racisme systémique au sein de la police suisse. Mais «le profilage racial demeure malheureusement une pratique largement répandue au sein de la police», accuse Nadia Boehlen, d'Amnesty.

Frédéric Maillard, analyste des pratiques policières, considère aussi qu'«il n'y a pas de police raciste et violente» en Suisse, car «au contraire, les hiérarchies appellent à la mesure». «Par contre, au sein des polices, il y a une couverture et une redevabilité entre policiers et trop peu de formation comportementale pour prévenir les abus et les excès de terrain».

(AFP)

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