Colombie – Un chef de l’ex-guérilla des Farc arrêté au Mexique
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ColombieUn chef de l’ex-guérilla des Farc arrêté au Mexique

Diplomate en chef de l’ex-guérilla marxiste colombienne, Rodrigo Granda a été arrêté au Mexique mardi, à la demande du Paraguay et non de la Colombie.

Rodrigo Granda à Bogotá, le 19 septembre 2019.

Rodrigo Granda à Bogotá, le 19 septembre 2019.

AFP

L’ex-guérilla colombienne des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) a dénoncé mardi l’arrestation au Mexique de l’un de ses dirigeants, à la demande de Bogotá auprès d’Interpol, selon ce mouvement, aujourd’hui un parti politique.

Rodrigo Granda, connu comme le diplomate en chef de l’ex-guérilla marxiste, a été arrêté à Mexico sur la base d’une «notice rouge» d’Interpol, ont affirmé les députés Carlos Lozada et Pablo Catatumbo, dirigeants du parti Comunes issu de l’accord de paix avec les ex-guérilleros en 2016.

«Ils ont détenu Rodrigo Granda à Mexico», a tweeté Carlos Lozada, qui a dénoncé «une violation claire» de cet accord de paix qui a mis fin à plus d’un demi-siècle de lutte rebelle. Le gouvernement colombien a toutefois affirmé que l’arrestation n’avait pas eu lieu à la demande de la Colombie, où Rodrigo Granda vit et circule librement, mais du Paraguay, où il est recherché.

Voyage autorisé

«Il voyageait accompagné de Rodrigo Londoño, président du parti, et d’autres camarades en délégation», a-t-il précisé sur un média colombien, affirmant qu’il se déplaçait avec l’autorisation du tribunal spécial pour la paix (JEP), institution colombienne issue de l’accord de paix et qui enquête sur les crimes commis pendant le conflit. Plusieurs des ex-leaders des Farc font l’objet d’enquêtes de la JEP, mais aucun d’entre eux n’a encore été condamné.

La délégation se rendait au Mexique à l’invitation du Parti du travail pour participer à une convention de formation de gauche, a précisé Rodrigo Londoño dans une vidéo. «J’en appelle à la communauté internationale pour qu’elle garantisse la sécurité de Rodrigo Granda», a lancé le chef de l’ex-guérilla, refusant cependant de «spéculer» sur l’arrestation de son compagnon d’armes.

Le président Iván Duque «continue d’attaquer le processus de paix, il a demandé à Interpol de réactiver la notice rouge contre Rodrigo Granda, leader du parti Comunes et signataire de l’accord de paix», a accusé, toujours sur Twitter, le parti Comunes. «Respectez ceux d’entre nous qui croient en la paix et faites votre devoir en nous laissant participer à la politique!» a commenté cette même formation.

Déjà arrêté en 2005

Dans la soirée, le ministre de la Défense colombien Diego Molano a réfuté ces accusations. Il a expliqué sur son compte Twitter que l’arrestation a eu lieu «à la suite d’une notice rouge émise par le Paraguay pour enlèvement, association de malfaiteurs et homicide volontaire».

Rodrigo Granda, 72 ans, vit habituellement en Colombie, où il circule librement avec l’assentiment des autorités. Il était l’un des négociateurs de la paix à La Havane, processus entamé en 2012 et qui avait abouti à l’accord de paix historique de 2016, suivi du désarmement des Farc. Il avait été déjà arrêté en 2005 lors d’une opération clandestine de l’armée colombienne au Venezuela.

Recrudescence de la violence

En 2018, un autre leader des ex-Farc et négociateur de l’accord de 2016, recherché aux États-Unis pour trafic de drogue, «Jesus Santrich», avait été arrêté. Libéré en 2019 sur ordre de la Cour suprême, il avait ensuite repris les armes, invoquant le non-respect de l’accord de 2016 par le président Duque.

Il est mort peu après au Venezuela lors d’une confrontation armée dont les acteurs restent non identifiés à ce jour. Rodrigo Granda avait alors évoqué un possible retour à la lutte armée. L’incident intervient un peu plus d’un mois avant le cinquième anniversaire de l’accord signé à l’époque entre la guérilla et le président Juan Manuel Santos, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2016.

La Colombie connaît ces derniers mois une préoccupante recrudescence de la violence dans plusieurs régions du pays, où sévissent de nombreux groupes armés, dont des dissidents des Farc qui rejettent l’accord de 2016 et ont repris les armes.

(AFP)

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