14.08.2020 à 08:15

Votations du 27 septembreUn comité critique une «acquisition inutile d’avions de luxe»

Pour les opposants à l’objet soumis au peuple fin septembre, l’achat de nouveaux avions de combat, d’un montant de 6 milliards, entraînera des coupes dans l’éducation et la sécurité sociale.

Acheter de nouveaux avions de combat pour 6 milliards de francs est un luxe inutile, estime vendredi le comité «Non aux milliards pour des avions de combat».

ATS-Keystone

Acheter de nouveaux avions de combat pour 6 milliards de francs est un luxe inutile, estime vendredi le comité «Non aux milliards pour des avions de combat». Selon lui, il en résultera des coupes dans l’éducation et la sécurité sociale.

Le peuple se prononce le 27 septembre. Pour le comité, l’achat de nouveaux avions est une fausse promesse de sécurité. Le scénario d’une guerre aérienne en Europe n’est pas réaliste. «Nous voulons une armée qui soit avec son temps et qui ne s’équipe pas pour les guerres d’hier», a lancé vendredi la conseillère nationale Marionna Schlatter (Verts/ZH) lors d’une conférence de presse.

Les véritables menaces sont la crise climatique, les cyberrisques ou les dangers tels que les pandémies. Les avions n’aident pas à faire face à ces dangers. Mieux vaut se préparer à des scénarios réalistes, a rappelé la Zurichoise. Il faut une armée de substitution qui protège les infrastructures. La Suisse n’a pas besoin de tanks et de lance-mines, a abondé Pierre-Alain Fridez (PS/JU).

Désastre écologique

Les avions sont par ailleurs hautement nuisibles à l’environnement, estime encore le comité. En une heure de vol, un F/A-18 consomme 4850 litres de kérosène, soit 12’220 kg de CO2 ou 120’000 tonnes par an.

L’impact sur l’environnement est comparable au transport de 230 passagers par un avion de ligne biréacteur durant une heure ou aux émissions engendrées par une voiture sur 100’000 kilomètres, soit 2,5 fois le tour de la planète.

Les milliards gaspillés pour l’achat de nouveaux avions devraient être mieux investis dans la lutte contre le réchauffement climatique ou la pénurie d’électricité. L’argent pourrait être investi dans des panneaux solaires et permettrait de franchir le tournant énergétique.

De l’avis du comité, cet achat aura des conséquences dramatiques dans d’autres domaines, comme l’éducation, la santé, la sécurité publique ou sociale ou encore la culture. La possibilité existe d’utiliser l’argent de l’achat dans d’autres domaines, a précisé Fabien Fivaz (Verts/NE).

Alternative

Des avions de combat légers seraient suffisants pour maintenir les capacités de la police aérienne. Mais le Département fédéral de la défense (DDPS) n’a pas examiné de concepts alternatifs, a critiqué M. Fridez.

Le M-346 FA de Léonardo, auquel s’intéressent l’Autriche et l’Italie, ferait parfaitement l’affaire. Il est certes moins rapide, mais son délai de décollage est notablement plus court. Il arrive donc sur site en même temps qu’un avion de chasse super-performant qui a besoin de quinze minutes pour chauffer le moteur. De plus, il reste plus longtemps en l’air et est moins polluant.

La Suisse est située dans une des régions les plus stables du monde et est entourée par une ceinture de démocraties stables. Les relations bilatérales sont excellentes, a souligné le Jurassien.

Les groupes qui voudraient attaquer la Suisse, auraient d’abord «affaire à l’OTAN», a-t-il rappelé. Et si l’OTAN est battue, «que pourrions-nous faire devant une telle forme armée?», a-t-il demandé. L’hypothèse est totalement irréaliste, a avancé M. Fridez.

En cas de guerre ou d’agression, les avions de chasse ne sont pas la bonne réponse. C’est à la défense sol-air d’entrer en jeu. Elle reste le premier pilier de défense. Selon le rapport de politique de sécurité 2016 du Conseil fédéral, il est peu probable que la Suisse soit directement menacée par une attaque armée au cours des années à venir.

Chèque en blanc

Pour le comité, cet achat est un chèque en blanc. Le jour de la votation, les électeurs ne connaîtront ni le nombre, ni le type d’avions, ni les coûts concrets de cet achat.

En 2014, le peuple avait refusé l’achat du Gripen pour 3,1 milliards de francs. Aujourd’hui, le Conseil fédéral souhaite dépenser 6 milliards pour de nouveaux jets. Si l’on prend en compte l’ensemble des coûts sur la durée de vie des avions, la facture s’élève à 24 milliards de francs. L’acquisition serait deux à trois fois plus chère que celle du Gripen.

Par ailleurs, le DDPS a investi 404 millions de francs en 2008 pour prolonger la durée de vie des F/A 18 jusqu’en 2035. Une nouvelle dépense de 450 millions est prévue en 2020 pour les porter au stade technique le plus avancé.

Les coûts dans le domaine de la défense et de la sécurité ont explosé, a souligné la députée Priska Seiler-Graf (PS/ZH). Entre 2014 et 2019, l’augmentation est de 49%.

(ATS/NXP)

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