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Votations du 24 novembreUn comité libéral part en guerre contre la fiscalité des familles

L'initiative de l'UDC sur la fiscalité des familles a un adversaire de poids à droite. Un comité libéral a lancé sa campagne vendredi contre le texte soumis au peuple le 24 novembre.

Pour le comité, l'UDC ne veut rien de moins que renvoyer les femmes aux fourneaux avec son initiative.

Pour le comité, l'UDC ne veut rien de moins que renvoyer les femmes aux fourneaux avec son initiative.

Keystone

Accorder une déduction fiscale aux parents qui gardent leurs enfants eux-mêmes ruinerait les efforts de conciliation entre vie familiale et professionnelle. Fort de cet avis, un comité libéral a lancé vendredi sa campagne contre l'initiative de l'UDC en votation le 24 novembre.

Le comité est conduit par le PLR et le PVL. Si le PBD est aussi de la partie, le PDC n'est représenté que par sa section féminine. Le parti lui-même, plus sensible à la défense d'un modèle de famille traditionnel, tranchera le 26 octobre.

Sa position n'est pas encore claire, a reconnu Babette Sigg, présidente de femmes démocrates-chrétiennes. La gauche, qui rejette aussi l'initiative, partira de son côté au combat.

Tirer de tous les côtés

La bataille ne sera pas facile, a fait valoir la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD), qui s'attend que l'UDC engage énormément de moyens dans la campagne. Ce qui lui a déjà permis de faire capoter en mars l'article constitutionnel sur la politique familiale.

Dès lors, mieux vaut que dans le camp du «non», chacun développe ses propres arguments. Afin de tirer de tous les côtés contre l'initiative, selon les propos de la libérale-radicale.

Retour aux fourneaux

Pour Babette Sigg, l'UDC ne veut rien de moins que renvoyer les femmes aux fourneaux, en subventionnant la famille traditionnelle. Or plusieurs modèles de vie coexistent.

Le plus répandu (50 à 60% des familles) est celui où l'homme travaille à plein temps et la femme à temps partiel. Seuls 3,5 à 5,5% des couples travaillent les deux à temps partiel et 10% les deux à plein temps.

En moyenne, l'enfant n'est gardé à l'extérieur qu'un ou deux jours par semaine. On est donc loin des scénarios à la RDA brandis par l'UDC, selon le conseiller national Bernhard Guhl (PBD/AG).

Créer une inégalité

Toutes les familles doivent être traitées sur un pied d'égalité. «L'Etat ne doit pas se mêler de la vie privée, de la manière dont nous voulons organiser notre vie et de comment nous éduquons nos enfants», a souligné Isabelle Moret.

La déduction accordée aux parents qui confient à des tiers, moyennant paiement (jusqu'à 2400 francs par mois), la garde de leurs enfants est justifiée car elle porte sur des frais qui réduisent le revenu disponible de ces couples. L'initiative ne fait quant à elle que privilégier fiscalement les familles traditionnelles.

Elle aboutit en outre à un non-sens puisqu'elle permettrait de déduire de l'argent qui n'a pas été véritablement dépensé. Cela équivaudrait à dédommager les abonnements généraux des CFF à ceux qui n'en possèdent pas, a critiqué Bernhard Guhl.

Pertes fiscales

Pis, les initiants ne peuvent pas dire à quel montant doit s'élever la déduction, si ce n'est qu'elle doit être au moins équivalente à celle prévue pour les parents qui confient la garde de leurs enfants à des tiers. Or dans ce cas, le montant déduit dépend des frais effectifs et du taux d'occupation des parents, a noté le bourgeois démocrate.

On pourrait offrir aux familles traditionnelles le maximum prévu (10'100 francs par an et par enfant pour l'impôt fédéral direct). Mais alors il faudra compter avec des pertes fiscales de l'ordre de 1,4 milliard de francs pour l'Etat, Confédération et cantons confondus, a lancé le conseiller national Beat Flach (PVL/AG).

Pour compenser, il faudra soit couper dans les prestations soit augmenter les impôts. Cela se fera aux dépens des familles et de la classe moyenne. Une autre solution serait de supprimer la déduction actuellement accordée pour la garde d'enfants. Mais ce serait réintroduire une discrimination à l'encontre des parents qui recourent aux crèches et autres écoles de jours, a averti l'Argovien.

Vie professionnelle

Ces familles contribuent aussi au financement des assurances sociales grâce à leur deuxième salaire, rappelle le comité. Selon lui, l'initiative fiscale contribuera par ses incitations fiscales à faire fuir du marché 50% du potentiel de main d'oeuvre: les femmes qui bénéficient d'une solide formation.

Et le retour à la vie professionnelle est compliqué, a souligné la conseillère nationale Tiana Moser (PVL/ZH) qui s'est inquiétée de la manière dont la Suisse allait affronter son manque de personnel de santé par exemple. «Je ne sais pas quelles tâches un homme ou une femme médecin peut reprendre après ne pas avoir pratiqué pendant des années».

(ats)

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