États-Unis - Un condamné à mort épargné in extremis en Oklahoma
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États-UnisUn condamné à mort épargné in extremis en Oklahoma

Bénéficiant d’un fort soutien, Julius Jones devait être exécuté ce jeudi soir. Mais le gouverneur de l’Oklahoma a commué sa peine capitale en perpétuité.

Julius Jones a toujours nié avoir tué un homme d’affaires blanc.

Julius Jones a toujours nié avoir tué un homme d’affaires blanc.

AFP

La mobilisation de millions de personnes a payé: les autorités de l’État américain d’Oklahoma ont renoncé jeudi à exécuter Julius Jones, un Afro-Américain de 41 ans condamné à la peine capitale pour un meurtre dont il s’est toujours dit innocent.

À moins de quatre heures de l’injection d’un cocktail létal controversé, le gouverneur républicain Kevin Stitt, soumis à une intense pression, a commué sa peine en détention à perpétuité. «Julius Jones ne pourra pas demander de nouvelles commutations, de grâce ou de remise en liberté conditionnelle jusqu’à la fin de sa vie», a-t-il toutefois précisé dans un décret mis en ligne sur le site internet de cet État conservateur et rural du sud des États-Unis.

«Erreur irréparable»

«Nous remercions le gouverneur d’avoir empêché une erreur irréparable», a commenté l’avocate du condamné Amanda Bass dans un communiqué, tout en notant avoir «espéré» qu’il suive «entièrement les recommandations du bureau des grâces».

Ce bureau, soulignant les doutes sur la culpabilité de Julius Jones, avait recommandé à deux reprises de commuer sa peine en prison à vie et de l’autoriser à déposer une demande de remise en liberté anticipée.«Je suis tellement reconnaissante à tous ceux qui se sont exprimés et ont aidé à sauver Julius. Merci au bureau des grâces et au gouverneur Stitt», a tweeté la star de télé-réalité Kim Kardashian, l’une des figures de la mobilisation en faveur du condamné.

Failles dans le dossier

Julius Jones a été condamné en 2002 à la peine capitale pour le meurtre d’un homme d’affaires blanc, Paul Howell, qu’il a toujours nié. Il assure avoir été piégé par l’auteur du crime, avoir été mal défendu par ses premiers avocats, et avoir fait l’objet de discrimination lors du procès.

Ses recours en justice ont tous été rejetés et la famille de Paul Howell, notamment sa fille, reste convaincue de sa culpabilité. Les failles dans le dossier ont fait l’objet d’une série documentaire et d’un podcast, et fait basculer en sa faveur une partie de l’opinion.

Mobilisation

À l’approche de la date fixée pour son exécution, des stars, des champions de sport et l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) aux États-Unis, mais aussi six millions et demi de signataires d’une pétition sur internet, avaient demandé au gouverneur Stitt d’intervenir.

Mercredi, des centaines de lycéens étaient sortis de leur établissement en Oklahoma pour protester et tenter de faire plier le gouverneur. Des manifestants avaient également campé près de sa résidence ces dernières nuits, selon la chaîne locale Koco.

Le gouverneur a finalement annoncé sa décision in extremis «après avoir prié et examiné les documents présentés par toutes les parties», selon un communiqué de presse.

Produit controversé

Au-delà des doutes sur sa culpabilité, l’exécution suscitait des interrogations, car Julius Jones devait recevoir un cocktail létal de trois substances soupçonnées de causer d’atroces souffrances.

L’Oklahoma a renoué le 28 octobre avec les exécutions, après six ans de pause, en faisant usage de ce protocole controversé. John Grant, un Afro-Américain de 60 ans, a été secoué par des vomissements et des convulsions après la première injection, ont rapporté les journalistes témoins de la scène.

Le protocole contesté combine un sédatif, le midazolam, et un anesthésiant, censés empêcher la douleur avant l’injection de chlorure de potassium à dose létale. Il avait été utilisé en 2014 pour exécuter Clayton Lockett, mais le condamné avait agonisé pendant 43 minutes dans d’apparentes souffrances.

(AFP)

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