Hockey sur glace - Un derby romand on ne peut plus ouvert
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Hockey sur glaceUn derby romand on ne peut plus ouvert

Dès ce mardi, FR Gottéron et GE Servette s’affrontent en quart de finale des play-off de National League. Bien malin celui qui peut désigner un favori entre les Dragons et les Aigles. On tente d’y voir plus clair.

par
Grégory Beaud
Daniel Winnik (à g.) et Reto Berra ont certaines clés de la série en mains.

Daniel Winnik (à g.) et Reto Berra ont certaines clés de la série en mains.

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Lundi dernier, GE Servette jouait un quitte ou double face à Lugano. En cas de défaite, les Aigles se seraient retrouvés dans un pré-playoff de tous les dangers (demandez aux Biennois ce qu’ils en pensent) face à Rapperswil. Victorieux facilement des Tessinois, les hommes de Pat Emond ont dû encore profiter d’un coup de pouce zougois pour assurer leur place dans le Top 6. Cela fait donc une dizaine de jours que les Grenat sont «en mode play-off», contrairement à des Fribourgeois qui avaient fait le nécessaire un rien plus tôt. Lundi dernier, les Dragons ont pu vivre une journée tranquille à Ambri-Piotta. Ce derby romand en quart de finale des play-off est une affiche qui, historiquement, sourit toujours aux Aigles. Cette saison 2020-2021 verra-t-elle une issue différente à cette série de play-off? Décryptage des forces et des faiblesses en présence.

Les gardiens

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Si l’on regarde les statistiques pures et dures de la saison régulière, Gauthier Descloux est de loin le meilleur des deux entre lui et Reto Berra. Avec 92,72% d’arrêts, il est le troisième meilleur gardien de la ligue. Mieux, le Fribourgeois des Vernets est le meilleur dans deux données moins connues mais ô combien intéressantes. Si un gardien moyen de la ligue avait paré le même nombre de tirs que lui, GE Servette aurait encaissé près de 20 buts de plus. Cette statistique est nommée «Goals Scored Above Average». A ce petit jeu, FR Gottéron aurait encaissé 3 buts de plus avec un gardien «ordinaire» de National League. Mais il y a mieux encore: les expected goals ou buts escomptés en français.

Expected goals: définition

Partons d’un principe simple. Chaque tir a, en moyenne, un pourcentage de chance de terminer sa course au fond du filet. Un joueur seul face à la cage vide aura en moyenne 100% de chance de marquer. Cela donne donc 1 but escompté (xG) pour son tir. Prenons le même joueur tentant sa chance depuis un angle impossible dans le coin de la patinoire avec un gardien. Il aura moins de 1% de chance de marquer. Cela se traduit par 0,01 xG.

Ces buts escomptés donnent ainsi une valeur moyenne à chaque tir en fonction de sa position sur la glace, de son type (slapshot, poignet, déviation, rebond, etc.) ou encore de la présence d’un défenseur ou non. Cette valeur est définie par l’historique des shoots semblables. Il ne s’agit, finalement, que d’une bête probabilité de marquer.

Si l’on additionne tous xG des tirs parés par le gardiens lors d’un match, cela donne un nombre de buts «escomptés» qu’aurait encaissé un gardien moyen. Les bons gardiens ne capitulent évidemment pas autant.

Après cette brève explication, revenons à nos gardiens. Sur la saison 2020-2021, Gauthier Descloux aurait dû, en théorie, encaisser 129 buts. Il a laissé filer… 100 pucks. Cet écart de 29 buts est un indicateur fiable de la qualité de la saison réalisée par le gardien des Aigles. Et Reto Berra? Il a capitulé à 127 reprises alors que la qualité des shoots aurait dû en résulter 140 buts encaissés. Là aussi, on peut parler d’une prestation très solide même si elle n’est pas au niveau de celle de Gauthier Descloux.

Immense avantage en faveur de GE Servette à la lecture de ces chiffres? Oui et non. Si le hockey pouvait se résumer à des chiffres, on serait tous millionnaires en paris sportifs. Ce n’est pas franchement le cas. Et dans cette incertitude liée au sport, il y a un élément important: l’expérience. Gauthier Descloux disputera ses premiers play-off alors que Reto Berra, du haut de ses 34 ans, sait où il met les jambières. Encore faut-il qu’il ait la mémoire suffisamment bonne. Ses dernières séries éliminatoires remontent à la saison 2012-2013, à Bienne.

Avantage: Fribourg, à l’expérience

Défense

Dans l’absolu, les Genevois paraissent mieux armés dans leur arrière-garde que les Fribourgeois. Avec 2,58 buts encaissés par rencontre pour le GSHC contre 2,96 pour leurs adversaires, les chiffres de la saison régulière confirment cette impression. Si l’on regarde le nombre de tirs reçus, la tendance est la même. En moyenne, GE Servette a concédé un corsi de 54,97 par 60 minutes (lire définition ci-dessous). Cette statistique donne un net avantage aux Aigles face aux Dragons, eux qui ont laissé plus de 60 tirs par match à leurs adversaires.

Corsi, définition

Pour éviter de perdre les moins férus de statistiques, un point «vocabulaire» s’impose. Qu’est-ce que le corsi? C’est une statistique qui peut se calculer pour une équipe ou pour un joueur. Elle peut être offensive (CF, corsi for) ou défensive (CA, corsi against) Elle totalise le nombre total de tirs réalisés (ou concédés), qu’ils soient cadrés, non-cadrés ou bloqués. Pourquoi est-ce intéressant? Elle permet de quantifier le volume de jeu d’une équipe/d’un joueur en comptant toutes les fois qu’il lui aura été possible de déclencher un tir ou tous les tirs concédés

Le corsi peut s’exprimer en valeur absolue ou en pourcentage. Soit on calcule le nombre de tirs par 60 minutes soit le pourcentage de tirs d’une équipe ou d’un joueur par rapport à ses adversaires (CF%). Historiquement, avoir un corsi positif – au-delà de 50% – est un élément prédictif du succès des équipes.

Il y a toutefois un gros bémol pour GE Servette. Avec les blessures de Jonathan Mercier et Marco Maurer, Pat Emond ne pourra pas compter sur deux tauliers de sa défense. Cela devrait le forcer à «tirer» davantage sur Henrik Tömmernes, Roger Karrer ou Simon Le Coultre. Avec des matches tous les deux jours, cette débauche d’énergie supplémentaire pourrait être un problème. Les Enzo Guebey et Sandis Smons seront-ils capables de jouer quelques minutes de qualité? FR Gottéron, de son côté, peut compter sur tout son personnel au moment d’entamer les séries. Ce pourrait faire la différence sur la longueur.

Avantage: Genève malgré les blessés

Attaque

C’est peut-être le point où l’écart semble le plus grand au premier abord. FR Gottéron paraît être beaucoup plus dépendant de sa ligne No 1 que GE Servette qui peut compter sur deux premières triplettes très homogènes. Mais GE Servette souffre actuellement des blessures de Tanner Richard et Noah Rod. Les deux hommes seront-ils prêts à tenir leur place? Et si oui, avec l’intégralité de leurs moyens? Dans ces conditions, la pression sera d’autant plus grande sur les leaders étrangers que sont Linus Omark, Daniel Winnik ou Eric Fehr.

Contrairement aux Aigles, les Dragons ne peuvent peut-être pas s’appuyer sur deux lignes de parade. Mais Christian Dubé peut compter sur quatre lignes plus équilibrées. Comme pour la défense, c’est sur cette profondeur supplémentaire que l’équilibre peut se rétablir. En plaçant Sandro Schmid en quatrième ligne et Nathan Marchon en deuxième, le coach fribourgeois ventile mieux ses joueurs de talent. Ces dernières semaines, les quatre lignes se montraient dangereuses. Sur le papier, GE Servette est tout de même mieux armé. Mais peut-être pas autant qu’imaginé d’instinct, non?

Et, au fait, c’est vrai cette histoire comme quoi Linus Omark n’est (ne serait) pas un joueur de play-off? Le Suédois va devoir prouver qu’il n’est pas qu’un joueur de beau temps.

Avantage: Genève

Situations spéciales

GE Servette a un légèrement meilleur box-play que Fribourg, mais les Aigles sont également bien plus indisciplinés que leurs adversaires. Si l’on ajoute à cela que les Dragons ont le meilleur power-play de la ligue, le GSHC serait bien inspiré de jouer intelligemment sous peine de se faire punir à la moindre occasion. Par chance pour les Grenat, FR Gottéron est l’équipe qui peine le plus à «gratter» des pénalités avec seulement 174 opportunités avec un ou deux hommes de plus sur la glace.

Avantage: Fribourg de peu.

Coach

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Les deux techniciens ont réalisé un beau travail cette saison. Christian Dubé a réussi à tirer le meilleur de son groupe par rapport à Pat Emond. Rappelons que lundi dernier, les Aigles tremblaient encore pour leur qualification en séries éliminatoires. Les deux techniciens ont l’un et l’autre deux saisons d’expérience à ce poste. Difficile de donner un avantage à qui que ce soit dans cette confrontation dans la confrontation.

Avantage: Egalité.

Conclusion

2-2, puck au centre. Cette rencontre entre Aigles et Dragons s’annonce passionnante de bout en bout. Historiquement, les Aigles ont souvent pris l’avantage sur les pensionnaires de la BCF Arena en séries éliminatoires. Bien qu’ayant l’avantage de la glace, FR Gottéron ne serait-il pas l’outsider de cette série? Si Genève était favori, ce serait probablement pour un souffle. 49% à 51% en faveur de la troupe de Pat Emond?

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