20.04.2017 à 07:02

Attentat déjouéUn dissimulateur et un délinquant voulaient agir

Les enquêteurs essaient de comprendre le parcours des deux hommes arrêtés, soupçonnés de préparer un attentat.

Clement Baur (g) et Mahiedine Merabet ont été arrêtés à Marseille mardi 18 avril 2017.

Clement Baur (g) et Mahiedine Merabet ont été arrêtés à Marseille mardi 18 avril 2017.

AFP

Un jeune converti déterminé, expert en dissimulation, associé à un codétenu multirécidiviste: les enquêteurs tentent de reconstituer le parcours de deux hommes soupçonnés d'avoir projeté une attaque «imminente» en France et arrêtés mardi à quelques jours de l'élection présidentielle française.

«Il a fallu du temps pour les localiser», reconnaît une source proche du dossier. Multipliant les alias, les téléphones et les cartes bancaires prépayées, les suspects de 23 ans et 29 ans ont déjoué un temps les recherches, qui s'étaient intensifiées après l'interception, le 12 avril, d'une vidéo d'allégeance ou de revendication destinée à des membres du groupe Etat islamique (EI).

Cette vidéo laissait supposer «l'imminence d'une action» violente, selon le procureur de la république, François Molins. La France a été frappée depuis 2015 par une série d'attentats djihadistes, qui ont fait au total 238 morts. Une vingtaine de tentatives d'attentat ont été contrecarrées depuis début 2016, selon le gouvernement.

Mardi matin, les deux jeunes hommes, fichés pour leur radicalisation islamiste, ont finalement été interpellés à la sortie d'un appartement de Marseille, qu'ils louaient depuis le 1er avril. Dans le logement, les enquêteurs ont retrouvé un arsenal important composé d'armes à feu et de plusieurs kilogrammes d'explosifs artisanaux.

Méfiants et déterminés

Aucune cible précise n'a pour le moment été identifiée, selon les autorités. Néanmoins, «des éléments, notamment la carte de Marseille (retrouvée dans l'appartement, ndlr) et l'instabilité des explosifs, amènent à penser qu'ils entendaient passer à l'acte à Marseille ou dans ses environs», selon une source proche de l'enquête.

Les responsables de la sécurité de plusieurs candidats à la présidentielle des 23 avril et 7 mai avaient été prévenus la semaine dernière de la dangerosité de ces jeunes gens, dont des photographies avaient été distribuées.

François Molins a décrit deux hommes «aussi méfiants que déterminés». Dans le duo, c'est le plus jeune qui semble avoir été en pointe. Il «n'a eu de cesse de changer de domiciliation et d'utiliser des alias», en particulier celui d'un djihadiste tchétchène de Verviers (Belgique).

Faux papiers

Condamné en janvier 2015 pour usage de faux documents, l'homme avait alors comparu à son procès sous une autre identité: «Il était incarcéré sous le nom d'Ismaïl Djabrailov», ont dit des sources syndicales à la maison d'arrêt de Sequedin, près de Lille.

C'est là qu'il rencontre son complice, un délinquant multirécidiviste (12 condamnations entre 2004 et 2013 pour des faits de vol aggravé, violences, trafic de stupéfiants), dont il partage la cellule pendant quarante jours. Selon son entourage, le second se radicalise au contact de son cadet, qui avait «beaucoup d'influence sur lui», a déclaré une source proche de l'enquête.

En mars 2015, les proches du plus jeune signalent sa disparition inquiétante, ses velléités de départ en Syrie et sa pratique radicale de l'islam, à laquelle il s'est converti à 14 ans au contact de la communauté tchétchène à Nice.

Fiché cette année-là, il apparaît alors dans une enquête belge sur «la mouvance djihadiste». «Signalé pour audition», «il n'y avait toutefois plus aucune trace de l'intéressé en Belgique depuis fin 2015», a écrit le parquet fédéral belge dans un communiqué.

Retrouvé par hasard

Le premier introuvable, c'est le second qui apparaît à son tour dans le viseur des autorités. Le 7 décembre 2016, il est absent de son domicile de Roubaix au cours d'une perquisition administrative. A sa place, les enquêteurs trouvent un homme qui présente une fausse identité et s'avérera finalement être le plus jeune.

La police ne peut notifier d'assignation à résidence à son complice, qui a quitté son domicile après la visite des autorités. Mais il donnera lui-même signe de vie aux policiers le 4 avril. Ce jour-là, le commissariat de Roubaix reçoit une enveloppe contenant un message manuscrit: «Je vous donne ma carte d'identité et ma carte (bancaire) (...) Je vais bientôt me rendre. On discutera (...), laissez-moi tranquille. Salut».

Cette démarche qui intrigue donne lieu à l'ouverture d'une enquête qui aboutira à l'interpellation des suspects 13 jours plus tard.

(ats)

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