Actualisé 13.11.2015 à 00:03

LibanUn double attentat fait plus de 40 morts

Un fief du Hezbollah a été pris pour cible par deux explosions dans le sud de la capitale. Le groupe EI revendique l'attaque.

Deux hommes ont fait détoner leurs ceintures explosives devant un centre commercial.

Deux hommes ont fait détoner leurs ceintures explosives devant un centre commercial.

Hasan Shaaban, Reuters

Plus de 40 personnes ont péri jeudi dans un double attentat suicide dans un fief du Hezbollah au sud de Beyrouth. Cette attaque, revendiquée en soirée par l'Etat islamique (EI), est la plus sanglante contre un bastion de ce mouvement libanais depuis son implication dans la guerre en Syrie voisine.

Elle a fait 41 morts et 181 blessés, selon un bilan provisoire de la Croix-Rouge libanaise. Le ministre de la Santé Waël Abou Faour a fait état de 43 morts et plus de 240 blessés, dont «beaucoup dans un état critique».

Jeudi en fin d'après-midi, deux hommes à pied ont fait détoner leurs ceintures explosives dans une rue commerçante bondée du quartier de Bourj al-Barajné, dans le sud de la capitale libanaise. L'armée a affirmé avoir trouvé «mort» un troisième «terroriste» qui n'a pas pu faire exploser sa ceinture.

Magasins pulvérisés

Le photographe de l'AFP a vu des corps ensanglantés dans des magasins pulvérisés et des flaques de sang au milieu de voitures détruites. Des secouristes et des civils transportaient des blessés. Les forces de sécurité tentaient de boucler la rue où se trouvaient de nombreux magasins et étals.

Il s'agit du premier attentat contre un fief du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth depuis juin 2014, lorsqu'un agent de sécurité avait été tué en empêchant une attaque. Auparavant, une série d'attaques avaient endeuillé des fiefs du Hezbollah à travers le pays.

Journée de deuil national

Le premier ministre libanais Tammam Salam a annoncé une journée de deuil national vendredi après l'attentat. L'attaque a été revendiquée en soirée par le groupe de djihadistes de l'EI, via un communiqué.

L'EI affirme avoir «réussi à faire exploser une motocyclette piégée garée contre un rassemblement de 'rafida' (terme péjoratif désignant les chiites) à Bourj al-Barajné (...) Après que des apostats sont accourus sur les lieux de l'attentat, un de nos combattants a fait détoner sa ceinture explosive au milieu du groupe».

Une «vengeance»

Le Hezbollah, engagé dans le conflit syrien aux côtés des forces du président Bachar al Assad, a promis après ces attaques de poursuivre la lutte contre les «terroristes». Et «cette bataille se poursuivra, ce sera une longue guerre», a commenté Hussein Khalil, un proche de la direction du mouvement chiite libanais.

Entre juillet 2013 et février 2014, il y a eu neuf attaques contre les fiefs du Hezbollah ou des régions fidèles à ce mouvement, la plupart revendiquées par des groupes extrémistes sunnites.

Ceux-ci avaient présenté leurs attaques comme une «vengeance» à la décision du Hezbollah d'envoyer des milliers de ses hommes combattre au côté de Bachar el-Assad contre les rebelles et les djihadistes, en grande majorité des sunnites.

Doublement contrôlé

Il y a moins d'un mois, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a de nouveau défendu son implication auprès du régime Assad en parlant d'«une bataille essentielle et décisive». Selon un bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 900 membres du Hezbollah ont trouvé la mort en Syrie. Le mouvement chiite n'a de son côté jamais fourni de chiffres.

Le Hezbollah, dont l'engagement dans ce conflit est loin de faire l'unanimité au Liban, se targuait jusqu'à présent de pouvoir garantir la sécurité de ses partisans dans les régions qu'il contrôle. L'accès aux quartiers chiites de la banlieue sud de Beyrouth est doublement contrôlé par des barrages de l'armée libanaise et ceux des miliciens du «Parti de Dieu».

Première réunion du parlement

Cette double attaque intervient le jour où le parlement libanais s'est réuni pour sa première session en plus d'un an. Cela a permis aux députés de voter des lois de finances vitales pour maintenir le fonctionnement de l'Etat.

Les questions politiques sensibles qui avaient empêché le parlement de se réunir jusqu'à présent ont été délibérément laissées de côté pendant cette session de 48 heures pour permettre l'adoption des lois sur les prêts de développement, l'émission de dette et les banques.

Plus de président depuis mai 2014

Le Liban n'a plus de président de la République depuis mai 2014, les députés n'arrivant pas à se mettre d'accord sur un candidat de consensus - qui doit nécessairement être chrétien en vertu de l'accord de partage du pouvoir.

Signe que la réunion du parlement ne marque pas la fin de la paralysie politique, le parti chrétien Kataeb s'est retiré au début de la session parlementaire pour protester contre le fait que des lois soient votées alors que le pays n'a pas de chef de l'Etat.

(ats)

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