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FranceUn enregistrement pirate de Sarkozy ravage la droite

Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy et personnalité sulfureuse, enregistrait des réunions de l'ancien président, sans qu'il en soit informé. La droite française accuse le coup après la publication d'extraits.

Patrick Buisson, ancien conseiller à l'Elysée lors de la présidence de Nicolas Sarkozy: l'homme à l'origine d'un nouveau scandale qui touche la droite française.

Patrick Buisson, ancien conseiller à l'Elysée lors de la présidence de Nicolas Sarkozy: l'homme à l'origine d'un nouveau scandale qui touche la droite française.

AFP

La publication dans la presse du verbatim de certains des enregistrements plonge la droite française dans la colère et la stupéfaction, alors qu'elle est déjà plombée par l'affaire Copé, à moins de deux semaines des municipales.

A l'origine de ce scandale inédit en France, une personnalité très controversée: Patrick Buisson, 64 ans, historien venu de l'extrême droite, qui était déjà accusé d'avoir droitisé à l'excès la campagne du président sortant. Aux yeux des modérés du grand parti de droite UMP, il avait contribué ainsi à la défaite de mai 2012 face au socialiste François Hollande.

Désordres préjudiciables.

L'affaire a été lancée par le journal satirique Le Canard enchaîné et le site d'information Atlantico, après une première mention dans l'hebdomadaire Le Point le 11 février.

La teneur de ces enregistrements, mélange d'analyses politiques et de réflexions relâchées propres au domaine privé, risque d'affaiblir Nicolas Sarkozy. L'ancien président masque de moins en moins son envie de revenir en politique.

De plus, à 18 jours d'élections municipales dont elle voulait faire le tremplin de sa reconquête, l'UMP est à nouveau confrontée à des désordres potentiellement préjudiciables. Le grand parti d'opposition est déjà plombé par une autre affaire récente, avec des soupçons de favoritisme pesant sur son président Jean-François Copé.

Les journalistes, «ces connards de chiens»

Le «Canard Enchaîné» consacre mercredi une page à une réunion tenue à l'Elysée pour préparer un remaniement ministériel le 26 février 2011. L'un de ses proches, Brice Hortefeux, devait ensuite être remplacé par Claude Guéant au ministère de l'Intérieur et Michèle Alliot-Marie par Alain Juppé au Quai d'Orsay. «Remplacer (le Premier ministre François) Fillon par (Jean-Louis) Borloo, c'est grotesque», déclare Sarkozy lors de la réunion. «Y'a qu'une seule personne qui pourrait remplacer Fillon aujourd'hui, c'est Juppé. Je m'entends très bien avec Alain...Même si Fillon n'est pas décevant, il est comme on le sait.»

Enregistrements Buisson : "Fillon n'est pas...par Europe1fr

Après l'enregistrement de l'allocution dans laquelle il annonce aux Français le remaniement, l'ex-président revient: «'On n'a pas entendu ces connards de chiens qui aboyaient' (dans les jardins élyséens)?». «Buisson spirituel: 'Tu parlais des journalistes?' Puis courtisan: 'C'était très bien! Tu avais les bonnes intonations. Tu as bien détaché les phrases importantes. Faut pas y toucher», raconte Le Canard enchaîné.

Le site Atlantico, réputé proche de l'ex-président, publie quatre extraits sonores du même jour, mêlant conversations politiques et privées.

Bachelot «ne dit que des conneries»

Dans ces enregistrements, Buisson et le publicitaire Jean-Michel Goudard, conseiller en communication, ne se privent pas de commentaires acerbes. «C'est dur, hein?», lâche notamment Buisson à propos de la présence de Carla Sarkozy à Versailles. «Ah t'es amusant. Si je la connaissais pas un peu mieux depuis la télé j'aurais trouvé ça...lamentable...interventions percutantes quand même hein», répond Goudard.

Buisson, se plaint aussi à propos du remaniement de ne pas avoir «réussi à entraîner la tête» du ministre de la Justice Michel Mercier, qu'il qualifie de «totalement calamiteux». «Il y a plus calamiteux encore», assène Goudard, en nommant la ministre de la Santé Roselyne Bachelot qui, selon lui, «ne dit que des conneries».

Les deux hommes évoquent leur influence sur le chef de l'Etat. Jean-Michel Goudard affirme que le président ne prend aucune décision sans eux: «Quand il a discours bouclé, il veut encore rajouter un truc qui rassemble, le rassemblement etc. Entre toi et moi… ça n'a rien à foutre là...». Ce à quoi répond Buisson: «Mais rien à foutre, et l'intégration non plus. Au moment où il en arrive cinq cent mille de plus et on n'a pas intégré les six millions qu'on a».

Enregistrements Buisson : "Il est gentil Nicolas"par Europe1fr

«Une forme de viol»

Patrick Buisson est aujourd'hui accusé d'avoir commis «une forme de viol» par Henri Guaino, l'ancienne «plume» de Nicolas Sarkozy, sur France Info.

Christiane Taubira, ministre de la justice de François Hollande, s'est dite elle-même «atterrée» par cette «déloyauté». Elle a dénoncé mercredi une atteinte à la «morale publique» et «aux institutions».

«Document de travail»

L'avocat de Patrick Buisson, Gilles-William Goldnadel, a reconnu mardi la véracité des enregistrements, mais a plaidé les «documents de travail». Dans un communiqué transmis par son avocat, Patrick Buisson se défend: «En tant qu'intervenant essentiel de ces réunions», il «ne pouvait prendre des notes écrites et utilisait ces enregistrements pour préparer la réunion suivante».

Ces derniers «étaient détruits au fur et à mesure sauf manifestement quelques-uns qui lui ont été dérobés et dont il est fait présentement un usage extravagant et pervers», affirme-t-il.

Patrick Buisson est impliqué dans une autre affaire: un juge enquête sur la régularité de contrats conclus sous la présidence de Nicolas Sarkozy, sans appel d'offres, entre l'Elysée et neuf instituts de sondage, dont la société de conseil de M. Buisson, Publifact.

(ats)

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