Procès de l’inceste à Yverdon (VD) – Un fils du prédateur sexuel est accusé de viol
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Procès de l’inceste à Yverdon (VD)Un fils du prédateur sexuel est accusé de viol

En mars 2018, un père de huit enfants écopait de 18 ans ferme pour les avoir abusés et/ou maltraités avec la complicité de sa femme. Le 7 décembre, un de leurs garçons répondra de contrainte sexuelle et de viol.

par
Evelyne Emeri
29 mars 2018, jour du verdict: le père de famille arrive au Tribunal d’Yverdon (VD). Il écope de 18 ans ferme pour avoir violé et/ou maltraité ses huit enfants durant onze ans. En appel, le Tribunal cantonal confirmera la peine. Dans quelques jours, c’est l’un de ses fils qui sera sur le banc des accusés. Petite victime devenue bourreau?

29 mars 2018, jour du verdict: le père de famille arrive au Tribunal d’Yverdon (VD). Il écope de 18 ans ferme pour avoir violé et/ou maltraité ses huit enfants durant onze ans. En appel, le Tribunal cantonal confirmera la peine. Dans quelques jours, c’est l’un de ses fils qui sera sur le banc des accusés. Petite victime devenue bourreau?

lematin.ch/Evelyne Emeri

Un père pédophile, une mère complice à la main leste, elle-même molestée et violée par son époux. Et huit enfants en enfer, trois filles et cinq garçons, nés entre mars 1996 et janvier 2014. Durant onze ans (!), de 2004 à 2015, la fratrie a subi les pulsions exacerbées et la cruauté sans limite de ses parents: viols, contraintes sexuelles, coups jusqu’à la mise en danger de leur vie, relations sexuelles entre eux, pornographie (films), carences affectives, graves manquements éducationnels, menaces, emprise, humiliations, absence d’hygiène, sous-alimentation, logements dépotoirs… Et une sacro-sainte loi du silence, vissée par un climat de psychoterreur.

Sévices quotidiens

Tous n’ont pas vécu les mêmes sévices. Mais tous ont grandi dans la sexualité débridée des deux Vaudois de la vallée des Ormonts, eux-mêmes cabossés et biaisés depuis leur enfance. Tous, quotidiennement proies directes ou indirectes de leurs exactions abjectes. La faiblesse d’esprit et le petit quotient intellectuel des parents ne les ont pas empêchés de s’acharner et de fracasser la chair de leur chair pendant de si longues années. L’infamie était telle et le secret si bien gardé que les bambins étaient complètement désinhibés au point de «faire l’amour» entre eux ou de gâter papa pour pouvoir jouer sur l’ordinateur. Une normalité amorale pour unique référence.

Ravages désastreux

En mars 2018, nous l’avions nommé «Le procès de l’indicible inceste» tant les actes étaient effroyables, irracontables dans leurs détails. C’est à ce jour la plus grosse affaire de maltraitance que la Suisse ait jamais connue. Avec des ravages désastreux sur chaque enfant qui souffre, notamment et à des degrés variables, de troubles psychologiques et du comportement, de déficience mentale et de retard du développement. Ce fut aussi la faillite de tout un système, étatique et judiciaire. Celui des services sociaux du canton de Vaud, du Service de protection de la jeunesse (SPJ) et des Justices de paix qui suivaient la famille depuis la naissance de l’aînée, salvatrice dénonciatrice en 2015. Le SPJ et la justice ont été vertement fustigés par le rapport Rouiller du nom de l’ancien président du Tribunal fédéral, mandaté par le Conseil d’État dès le verdict connu.

Victime devenue bourreau?

La condamnation du père incestueux à 18 ans de prison ferme – et celle de la mère complice à 3 ans dont six mois ferme - fut une première étape majeure pour les enfants. La justice les a crus. Un soulagement, certes. Le plus dur restait à faire: se (re)construire. La justice précisément se voit contrainte aujourd’hui de juger l’un des garçons de cette fratrie disloquée. La petite victime serait-elle devenue tristement bourreau? Le jeune homme de 19 ans comparaîtra le 7 décembre devant le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois - le même qui a condamné ses parents - pour viol et contrainte sexuelle, subsidiairement pour actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance.

Plaignante tétanisée

Il est accusé de s’en être pris à une résidente de 16 ans dans le foyer où ils séjournaient tous les deux: le même foyer qui a suivi sa propre famille de 2004 à 2012 à titre d’assistance socio-éducative. Ainsi, une nuit d’août 2020, vers 19h, il serait entré dans sa chambre, l’aurait déshabillée et caressée, puis aurait tenté de la violer. N’y parvenant pas, il aurait quitté les lieux. Le prévenu y serait retourné vers minuit et aurait répété les mêmes gestes. Cette fois-ci, il se serait déshabillé lui aussi, couché sur elle et l’aurait violée malgré la demande de la victime présumée qu’il s’arrête. Les contraintes sexuelles ne se seraient pas limitées à cela. L’accusé l’aurait encore sodomisée et obligée à lui prodiguer une fellation. En état de sidération, tétanisée, la jeune fille dit avoir été dans l’incapacité de réagir.

Détenu et libéré

Elle a déposé une plainte pénale quelques jours plus tard par le biais de sa curatrice et avocate. Le 23 août 2020 au lendemain des faits dénoncés, le Vaudois, majeur depuis deux mois, était placé en détention préventive jusqu’au 18 novembre 2020. Depuis sa libération conditionnelle, il est soumis à des mesures de substitution pour des motifs de sûreté: il vit dans un autre foyer spécialisé; il est astreint à un suivi psychiatrique, de même qu’à un traitement spécifique sur la sexualité; interdiction lui est faite de contacter la plaignante; enfin, une injonction pour le foyer de l’accompagner à ses rendez-vous médicaux a été ordonnée, idem pour les thérapeutes qui doivent annoncer au parquet toute absence à un rendez-vous.

Quelle juste peine?

Le prévenu a été soumis à une expertise psychiatrique, complétée par la suite. Si elle l’estime coupable d’abus sexuels, la Cour correctionnelle d’Yverdon devra tenir compte de son épouvantable parcours de vie et, partant, de son degré de responsabilité pénale pour déterminer la juste peine, tout en évaluant les conséquences pour la jeune fille. Le 7 décembre, "Le procès de l’indicible inceste" s’invitera inéluctablement en salle d’audience. Et rappellera une fois encore l’ampleur de l’ignominie, dix-huit ans après les premiers assauts perpétrés sur l’aînée de cette fratrie innocente.

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