Actualisé 28.05.2017 à 07:19

Un Front antichasse va donner du fil à retordre aux chasseurs romands

Activisme

Des opposants au tir du gibier se sont rendus au Salon de la chasse et de la pêche à Martigny (VS) samedi dernier pour une démonstration pacifique.

par
Camille Krafft
Les organisateurs du Salon Passion Nature de Martigny ont accueilli avec bienveillance les activistes samedi 20 mai.

Les organisateurs du Salon Passion Nature de Martigny ont accueilli avec bienveillance les activistes samedi 20 mai.

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Visage découvert, une trentaine d’activistes antichasse a mené une action symbolique au premier Salon de la chasse et de la pêche Passion Nature à Martigny (VS), samedi 20 mai. Parmi eux se trouvaient des membres de la Fondation Mart (Mouvement pour les animaux et le respect de la terre), active sur le terrain depuis 1999, certains portaient aussi l’acronyme du Front antichasse (FAC), créé fin 2016. Présent sur les réseaux sociaux, ce groupement informel et spontané compte déjà quelque 1500 followers sur Facebook. Actif depuis quelques mois seulement, il devrait donner du fil à retordre aux disciples de Diane dès le début de la saison de chasse, cet automne.

Créé sur le modèle des Hunt Saboteurs, association qui lutte depuis cinquante ans contre le tir du gibier en Grande-Bretagne, le FAC se décrit comme «un front d’actions directes qui a pour but d’entraver et de saboter la chasse par tous les moyens possibles sans pour autant s’en prendre physiquement à un être vivant». Pour peu qu’il suive cette charte de non-violence, chacun peut perpétrer des actions, même illégales, au nom du FAC.

«Les actions du FAC consistent à saboter les activités des chasseurs par tous les moyens possibles, comme le font les Hunt Saboteurs: démonter des miradors et autres installations, sprayer du poivre sur le sol pour éliminer les traces des animaux ou encore suivre les chasseurs avec des cloches, des instruments de musique ou des klaxons pour faire fuir les bêtes», explique Lionel, fondateur du FAC. L’homme s’est exposé à visage découvert à Martigny, mais ne souhaite pas voir son nom publié, pour ne pas avoir à gérer une avalanche de réactions.

Pourquoi utiliser comme emblème une tête de mort si l’approche est pacifique? «Les chasseurs utilisent toujours des animaux vivants comme symbole. Nous avons donc choisi une tête de mort pour montrer qu’ils ne sont pas des amis de la nature, contrairement à ce qu’ils prétendent. Ils la tuent.»

Les militants signent leurs actions de l’acronyme FAC et postent parfois des photos des déprédations sur Facebook. Crédits photo: Facebook

Les militants signent leurs actions de l’acronyme FAC et postent parfois des photos des déprédations sur Facebook. Crédits photo: Facebook

Joggeurs et cueilleurs

Selon Lionel, ceux qui revendiquent des actions au nom du FAC sont de tout bord et de tout âge – il y a même des retraités. Certains sont des activistes de la cause animale, mais d’autres sont de simples «promeneurs, joggeurs ou cueilleurs de champignons qui en ont marre que les forêts soient prises en otage par les chasseurs. Ils sabotent notre passion, nous sabotons la leur. Quand nous cassons un mirador, il s’agit pour nous de désobéissance civile. De notre point de vue, nous nettoyons les forêts.» L’action du Salon de la chasse et de la pêche, où des membres du FAC se sont exposés pour la première fois en public, s’est déroulée dans le calme. «Nous avions payé nos entrées et n’avions pas l’intention de causer un esclandre, explique Lionel. Notre idée était avant tout de sensibiliser le public: on nous fait croire que le but de la chasse est de réguler la faune, mais c’est faux. Les vrais régulateurs de la nature, ce sont les lynx et les loups. Les chasseurs, eux, tuent par plaisir.»

Les activistes n’ont-ils pas pris un risque en s’affichant à visage découvert, alors que certaines actions revendiquées par le FAC sont illégales? «Les chasseurs nous reprochent de ne pas nous montrer. Nous voulions prouver que nous n’avons pas peur d’eux.» Président du Salon Passion Nature, qu’il a financé, l’homme d’affaires valaisan Jean-Pierre Seppey a accueilli avec bienveillance les activistes au sein de la manifestation: «Au cours du salon, nous avons nous-mêmes organisé des débats contradictoires, notamment avec le WWF. Ces militants ont le droit d’exprimer leur point de vue, pour autant que tout le monde se respecte. Je les invite du reste à revenir l’année prochaine.»

L’ancien conseiller d’État vaudois libéral Charles-Louis Rochat, qui préside la Diana romande, n’est pas étonné d’apprendre la création d’un Front antichasse en Suisse romande: «Cela rejoint les mouvements animaliste, véganiste et antispéciste. La tendance dans notre société est à un renforcement des devoirs de l’homme vis-à-vis de l’animal.» Consciente de cette évolution, la Diana a ainsi invité à sa dernière assemblée statutaire un conférencier chargé d’aborder la thématique «Relation homme-animal… que de changements!»

«Selon nous, l’action de tuer une bête n’est pas anodine, précise Charles-Louis Rochat. Mais nous croyons en une pyramide au sommet de laquelle se trouve l’être humain, avec ses droits et ses devoirs. Nous estimons que nous n’avons pas à ressentir une quelconque culpabilité dans le cadre de la loi et de l’éthique. Ces activistes sont excessifs, et tout ce qui est excessif est insignifiant. Ils en veulent davantage aux chasseurs qu’à la chasse. Nous nous défendrons par tous les moyens légaux possibles.»

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