Japon – Un Genevois découvre de rares coraux, déjà menacés
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JaponUn Genevois découvre de rares coraux, déjà menacés

Des récifs ont été trouvés à une grande profondeur, peut-être une des clés pour la survie de l’espèce dans la région. Hélas, un parc pour navires les met en péril.

par
Michel Pralong
Une communauté de coraux fragiles située sur le site servant de parking pour navires de construction.

Une communauté de coraux fragiles située sur le site servant de parking pour navires de construction.

Frédéric Sinniger

L’archipel des Ryukyus, dans le sud du Japon, abrite une riche faune corallienne. Les récifs étudiés jusqu’à présent étaient essentiellement à de faibles profondeurs, pas au-delà de quelques mètres sous la surface. Mais des scientifiques du centre de recherche sur la biosphère tropicale (TBRC) de l’université des Ryukyus à Okinawa, viennent d’en découvrir beaucoup plus bas, jusqu’à 80 mètres de profondeur.

«Trouver une telle diversité de communautés à ces profondeurs et sur une si petite zone géographique était vraiment inattendu et cela montre le potentiel de cette région pour la conservation de la diversité des coraux», explique le principal auteur d’une étude parue dans «Galaxea», Frédéric Sinniger. Qui est un chercheur suisse ayant fait toutes ses études à Genève et qui travaille aujourd’hui au TBRC en plus de faire partie de la communauté des explorateurs National Geographic.

Les coraux se situant au-delà de 30 mètres sont souvent appelés «mésophotiques», car ils reçoivent peu de lumière à cette profondeur. Ces profondeurs peuvent servir de refuge pour les espèces de coraux des récifs situés au-dessus et qui souffrent durant les pics de températures extrêmes observés de plus en plus fréquemment en raison du réchauffement climatique. En dessous, les températures sont en effet plus basses.

Des abris pour des organismes uniques

Au-delà de ce potentiel de refuge, ces écosystèmes abritent aussi des communautés d’organismes uniques, trouvés nulle part ailleurs. Actuellement, on connaît très peu de choses sur ces coraux profonds qui se trouvent au-delà des profondeurs facilement accessibles en plongée sous-marine. «Découvrir autant de coraux dans cette zone restreinte ouvre de nombreuses portes pour la suite des recherches visant à comprendre comment ces coraux profonds interagissent avec les écosystèmes de surface» s’enthousiasme Saki Harii, professeur associée au TBRC qui a supervisé cette recherche.

Encore faudra-t-il pouvoir les mener, ces recherches. Car ces récifs, situés autour de l’île de Sesoko dans le nord d’Okinawa, sont déjà en partie menacés. Un des sites étudiés est à présent utilisé comme parking pour navires où des dizaines de barges de construction jettent leur ancre chaque jour. «Si on ignore l’existence de ces coraux, on ne peut pas les protéger. On est seulement au début de nos explorations mains maintenant que l’on sait que ces coraux sont là, il est urgent d’entamer des discussions avec tous les utilisateurs de ces sites et avec le gouvernement pour trouver des solutions permettant de concilier les intérêts économiques et la protection de ces récifs profonds uniques. Il est probable que des situations similaires se produisent à travers le monde là où les coraux peuvent se développer au-delà des profondeurs où ils sont facilement observables» relève Frédéric Sinniger.

La publication de cette étude est donc un premier pas pour informer le public de l’existence de ces coraux. Reste maintenant à poursuivre le travail scientifique afin d’identifier chaque espèce de corail et étudier leur rôle écologique dans les environnements côtiers.

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