05.08.2020 à 09:23

CroatieUn geste de réconciliation, 25 ans après la fin de la guerre

Pour la première fois, un responsable de la minorité serbe a participé aux commémorations croates de la fin de la guerre d’indépendance mercredi.

Boris Milosevic est le premier représentant politique des Serbes de Croatie à assister à la cérémonie annuelle à Knin.

Boris Milosevic est le premier représentant politique des Serbes de Croatie à assister à la cérémonie annuelle à Knin.

KEYSTONE

Un haut responsable de la minorité serbe en Croatie s’est joint mercredi à la célébration du 25e anniversaire de la fin de la guerre d’indépendance, un geste inédit de réconciliation entre Croates et Serbes dont les relations restent fragiles.

Geste symbolique

L’opération baptisée «Tempête» (Oluja) est célébrée en Croatie comme une victoire historique ayant conduit à la fin du conflit (1991-95) avec les Serbes de Croatie. Mais elle est considérée en Serbie, qui a soutenu politiquement et militairement les Serbes de Croatie, comme une opération d’épuration ethnique ayant forcé au départ les populations serbes de Croatie.

Boris Milosevic, vice-Premier ministre du gouvernement croate, sera le premier représentant politique des Serbes de Croatie à assister à la cérémonie annuelle à Knin, ancien bastion des indépendantistes serbes, prise par les forces croates il y a un quart de siècle.

Le geste est symbolique, témoignant d’une volonté des deux côtés, Croates et Serbes de Croatie, d’améliorer leurs relations restées très fragiles après la fin du conflit. La minorité serbe représente 4,5% des 4,2 millions d’habitants du pays.

KEYSTONE (Archives)

«Nous regrettons toutes les victimes, particulièrement les victimes civiles et non seulement les Croates, mais aussi les Serbes et les autres», a déclaré le Premier ministre Andrej Plenkovic lors de la cérémonie.

«Le droit légitime à la défense ne peut être une excuse pour les méfaits», a-t-il ajouté qualifiant les crimes de guerre commis par les forces croates lors de cette opération de «vilaine cicatrice sur le visage juste» de la guerre d’indépendance.

Boris Milosevic, dont la grand-mère a été tuée au lendemain de l’opération Tempête, a, de son côté, salué «un message de paix et de réconciliation». «Je suis convaincu que ceci est un premier pas», a-t-il déclaré à la presse à Knin.

Un autre geste symbolique sera fin août la présence du ministre croate de la Défense Tomo Medved à une cérémonie à la mémoire de six civils serbes tués après la fin de l’opération «Tempête».

«Éhontée»

En Serbie, des personnalités politiques et les tabloïds pro-gouvernementaux ont qualifié d’«éhontée» la décision de Boris Milosevic.

«Nous ne voulons pas célébrer la tragédie du peuple serbe et la Serbie n’acceptera jamais l’humiliation», a commenté le président serbe Aleksandar Vucic lors d’une commémoration organisée à la mémoire des victimes de l’opération «Tempête» mardi soir à Sremska Raca sur le pont sur la rivière Sava reliant la Serbie à la Bosnie.

Sur ce pont, par lequel sont passés la majorité des Serbes fuyant la Croatie, Aleksandar Vucic et Milorad Dodik, membre serbe de la présidence bosnienne, ont inauguré une plaque commémorative.

Quelque 20’000 morts

Le conflit de 1991-95, qui a fait quelque 20’000 morts, a éclaté lorsque la Croatie a proclamé son indépendance à laquelle se sont opposés les Serbes de Croatie.

Les rebelles serbes ont occupé un tiers du territoire croate forçant plus de 500’000 Croates et autres non-Serbes à fuir leurs foyers.

Après l’opération «Tempête», des centaines de civils serbes, âgés pour la plupart, ont été tués et quelques 200’000 personnes ont fui la Croatie.

Depuis, environ la moitié est retournée vivre en Croatie.

(AFPE/NXP)

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