Golf: Un golf qui cultive l’excellence
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GolfUn golf qui cultive l’excellence

Perché à 1500 mètres d’altitude, le parcours de Crans-sur-Sierre nécessite une minutie particulière. Et une remise en question constante pour développer et faire rayonner l’un des moteurs de la station, l’Omega European Masters, qui débute jeudi sur le Haut-Plateau valaisan.

par
Jerôme Reynard

Il est 5 h 45. Le jour se lève et laisse apparaître un épais voile de brume sur Crans-Montana. Devant l’entrepôt de l’équipe d’entretien du golf, les voitures défilent. Quinze minutes plus tard, les 18 employés – trois à l’année et une majorité de saisonniers – seront prêts à rejoindre le parcours au volant de leurs différentes machines.

En l’absence du greenkeeper, c’est l’adjoint du chef, Ronald Dumoulin, qui donne le programme de la matinée à ses collègues, réunis autour d’une grande table, café en main. Pas le temps de papoter: directives, enfilage de bottes et départ. «On ne peut pas traîner. Le but est d’être en avance sur les premiers golfeurs, histoire de ne pas les déranger et de pouvoir travailler rapidement», souligne le boss ad interim, paysagiste de formation. «À la base, je ne connaissais rien au golf. J’ai appris sur le tas, durant mes 15 ans d’expérience dans ce domaine. C’est pareil pour la plupart de mes camarades. On a des menuisiers, des mécanos, des serveurs… En Suisse, la formation pour devenir greenkeeper n’existe pas. Mais bon, ce n’est pas un boulot très compliqué. Le tout, c’est d’être consciencieux.»

Le facteur neige

En saison, les départs et les fairways sont tondus tous les deux jours; les greens à fréquence quotidienne, en variant les sens afin d’obtenir un gazon des plus réguliers. Les positions de drapeau sont modifiées quatre fois par semaine, dans l’intérêt des joueurs et pour éviter le piétinement du sol. Les détails font la différence. D’autant plus à 1500 mètres d’altitude, sur une zone où on skie et on luge pendant l’hiver. Cette année, il a fallu attendre le 18 mai pour ouvrir la totalité du parcours. «On a passé un mois et demi à déneiger au printemps, en enlevant par endroits une couche de plus d’un mètre», explique Ronald Dumoulin.

La minutie a été de mise. «On ne peut pas se permettre d’abîmer le terrain. Sur certains greens, on est restés cinq jours, poursuit l’ouvrier. C’est notre challenge annuel: on a beau traiter le parcours avant l’hiver, on ne sait jamais comment on va le retrouver parce qu’il est impossible de prédire à quel point il va neiger. Et puis, on a davantage de soucis de maladie du gazon qu’en plaine. On compose avec les aléas de la météo et on essaie de booster la nature.»

Pour l’European Masters

C’est que le terrain doit être parfait pour le moteur du Golf Club Crans-sur-Sierre et de la station en période estivale, l’Omega European Masters, prestigieux rendez-vous dont l’édition 2018 démarre ce jeudi sur le Haut-Plateau. «C’est le plus vieux tournoi d’Europe qui se dispute sur le même parcours (depuis 1923), relève Yves Mittaz, directeur de l’événement. Il y a une grande histoire et l’impact des images télévisées est énorme, avec un panorama somptueux. C’est un véritable outil de promotion alors il faut être en mesure d’assurer la qualité.»

Durant la semaine de l’Open valaisan, les effectifs doublent et le travail se spécialise. «On change les positions de drapeau et on tond l’ensemble des zones tous les jours, avec une prime pour les greens, coupés et roulés jusqu’à quatre fois par jour pour gagner en dureté et en vitesse, détaille Ronald Dumoulin. C’est fondamental de garder le terrain dans un état identique toute la semaine.»

12 millions dépensés

Si le mot d’ordre est «qualité», remise en question et renouvellement viennent juste après. «C’est la base de tout business quand on aspire à grandir», appuie Yves Mittaz. Crans-sur-Sierre voit d’ailleurs gentiment le bout du programme de reconstruction complète de son golf, entamée en 2011. «Pour pérenniser une telle manifestation, il faut contenter les sponsors, le public ainsi que les joueurs. En augmentant les niveaux d’excellence, d’attractivité et de compétitivité du parcours.»

Douze millions de francs – financés par le tournoi – ont été investis en sept ans. Zones d’hospitalité, arène naturelle pour les spectateurs, nouveaux obstacles pour les golfeurs, mais aussi toutes sortes de travaux participant à l’amélioration du gazon. «Pour avoir un parcours de qualité, plusieurs choses sont nécessaires, liste le directeur de l’Omega European Masters. De la bonne terre, végétale, avec beaucoup de sable pour garantir l’infiltration de l’eau et la solidité de la pelouse avec des racines profondes. Des systèmes de drainage et d’arrosage efficaces. Des moyens pour l’entretien, que ce soit au niveau des machines ou du personnel. Et un climat favorable. À Crans, on a la chance d’avoir peu d’humidité et du soleil durant l’été, mais il a fallu développer tous les autres aspects, en refaisant certains sols et en rénovant les différents systèmes de gestion de l’eau. Je vous rappelle que ce golf a été aménagé sur des pâturages. Il nous reste encore à retoucher les trous 12, 14, 15 et 16 cet automne, puis le 18 (un ambitieux projet avec un nouvel amphithéâtre naturel est en route), et on aura une base performante pour les 30 prochaines années.»

Retour sur investissement

Qui dit parcours de qualité et compétitif dit donc sponsors, public et joueurs séduits. D’autant plus quand, une fois les travaux bouclés, une plus grande part des bénéfices de la manifestation pourra être investie dans le développement du tournoi en lui-même. «Avec tous les aménagements que nous sommes en train d’effectuer, l’objectif devient aussi d’avoir un terrain impeccable dès le début de l’été, continue Yves Mittaz, pour satisfaire les membres et les visiteurs lambda également.» Et pour ouvrir à l’Omega European Masters davantage de portes dans le calendrier du circuit européen.

Actuellement, l’Open valaisan doit composer avec la concurrence des play-off de la FedExCup et ses millions de dotation sur le tour américain. Un grand raout qui prive d’office Crans-Montana des meilleurs joueurs européens. Si, bonne nouvelle, la FedExCup n’entrera plus en collision avec l’Omega European Masters la saison prochaine (elle a été avancée et se terminera fin août), impossible de prévoir de quoi sera fait l’agenda de 2020 – année olympique et de Ryder Cup – ni la suite. «Notre date nous convient pour le court terme, note le directeur. Mais il y a tellement d’inconnues pour le moyen et le long terme qu’il vaut mieux être en mesure de proposer un terrain en parfait état dès le mois de juillet, pour se laisser des possibilités de bouger dans le calendrier. Et ça, ça n’était pas envisageable sans les travaux que nous sommes en train de faire.»

Un parcours plus attractif, davantage de ressources financières et de flexibilité dans les dates. Voilà qui contribuerait à attirer plus de cadors ainsi que le prestige et les retombées qui vont avec. Cela semble aussi être le prix à payer pour continuer à grandir sur une planète golf toujours plus instable. «Beaucoup de tournois européens tirent la langue. Aux États-Unis, je me demande ce que ça va donner quand Tiger Woods ne jouera plus, s’interroge Yves Mittaz. Je ne serais pas surpris qu’on aboutisse un jour à un seul circuit, mondial, à l’image du tennis.»

Si ce virage est pris, il s’agira pour Crans-Montana de l’aborder en bonne position. C’est le chemin qu’il prend.

Le parcours sous l’œil de Raphaël Jacquelin. Le professionnel français (4 titres sur le tour européen) dissèque les 18 trous de Crans-sur-Sierre.

Trou No 1

«Un très joli trou en descente pour commencer. Habituellement, il se joue en par 5, mais, durant l’Omega European Masters, on le joue en par 4. Principale difficulté: la longueur, donc.»

Trou No 2

«On retrouve un par 4, en montée. Sur ce trou, c’est vraiment la mise en jeu, étroite et défendue par un grand bunker sur la droite, qui est compliquée. En cas de bon départ, le deuxième coup est plutôt simple.»

Trou No 3

«Un par 3 en légère descente, où on joue entre fer 8 et fer 6 au départ. Un long trou, avec un green très étroit, qui requiert une grande précision pour envoyer la balle à proximité du drapeau.»

Trou No 4

Un par 4 en descente, où la mise en jeu est délicate car à l’aveugle, avec un bunker sur la gauche, depuis lequel il n’y a quasipas d’angle pour le green à cause des arbres, et un hors limite à droite. Danger!»

Trou No 5

«Un petit par 4. On tape généralement un bois 3 ou un fer 2 au départ puis un sand wedge derrière. Le placement est primordial, car la forêt de droite peut masquer le green pour le second coup.»

Trou No 6

«Une opportunité de birdie à saisir, sur un par 4 assez simple, où on place un coup de fer 5 sur le fairway pour se laisser un petit coup de sand wedge vers le green. Un green refait avec de jolies pentes.»

Trou No 7

«Le trou signature du parcours, avec un panorama somptueux. Et encore un trou à birdie, puisqu’on tente d’atteindre le green de ce par 4 en un coup. Mais gare au hors limite à droite et aux différents bunkers.»

Trou No 8

«Un par 3 qu’on aborde avec un fer 8 ou un fer 7. La difficulté de ce trou, c’est le green, avec deux plateaux très étroits. Dès qu’on le rate, on se retrouve avec une approche presque impossible.»

Trou No 9

«Un par 5 en montée pour boucler l’aller. Le trou est ouvert, bienvenu pour les gros frappeurs qui aspirent à toucher le green en 2 coups. Pour les autres, c’est un trou de placement. Sans réelle difficulté.»

Trou No 10

«Un petit par 4 avec un lac sur la gauche pour nous dissuader d’attaquer le drapeau dès le départ. Mais le coup délicat de ce trou, c’est le deuxième, en descente, où il est toujours difficile de contrôler la profondeur.»

Trou No 11

«Un long par 3, que l’on attaque avec un fer 6 ou un fer 5 voire un fer 4, selon les conditions de vent. Le green est difficile à toucher car petit. Et il comporte beaucoup de pentes. Vigilance, donc, sur ce trou.»

Trou No 12

«Un par 4 avec un second coup en descente, soit compliqué à estimer, à nouveau. Et avec un green dont la pente a tendance à ramener les balles vers l’obstacle d’eau situé devant. Danger, ici aussi.»

Trou No 13

«Un très joli par 3 avec de l’eau sur la gauche. Il peut y avoir des positions de drapeau très difficiles à proximité de l’obstacle mais, en même temps, il y a de la place à droite. A chacun de choisir son option.»

Trou No 14

«Un par 5 très droit, en descente. Tout dépend de la mise en jeu. Si elle est bonne, on peut être agressif et attaquer le green en deux coups. Sinon, un coup de placement devant l’eau est nécessaire.»

Trou No 15

«Un autre par 5, cette fois en montée, avec un deuxième coup à l’aveugle. On prend des repères avec les sapins de derrière pour trouver le green. Un green par ailleurs très bien défendu par les bunkers.»

Trou No 16

«Un long par 3, un très long par 3, un trop long par 3… Avec un green très difficile, composé de deux plateaux bien marqués. Il ne faut pas être gourmand. On vise le milieu du green et on voit ce qu’il se passe.»

Trou No 17

«Un petit par 4, avec un fer 2 au départ pour se laisser un coup de fer 8 au maximum derrière. Mais sur ce trou il y a des bunkers partout et un green avec deux plateaux. Piégeux.»

Trou No 18

«Un par 4 avec un fairway en travers, qui emmène les balles vers les bunkers. A nous de contrer la pente avec un effet droite-gauche dans notre trajectoire. Si on est bien placé, le deuxième coup est plutôt facile.»

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