Genève: Un «Google de la sécurité» contre l'extrémisme

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GenèveUn «Google de la sécurité» contre l'extrémisme

L'ambassadeur Christian Dussey a fait du thème de l'extrémisme violent l'un des chantiers du Centre de politique de sécurité (GCSP) de Genève, devenu un véritable «Google de la sécurité».

Christian Dussey a dirigé le centre de crise du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de 2008 à 2012.(Archives)

Christian Dussey a dirigé le centre de crise du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de 2008 à 2012.(Archives)

Keystone

«Il y a 20 ans, lorsque j'étais au service de renseignement, le seul poste d'analyste sur le terrorisme avait failli être supprimé».

Au coeur de la Maison de la Paix, le directeur arrivé en 2013 à la tête de l'institution financée par la Suisse déambule d'étage en étage. «Je dois être le seul ambassadeur sans bureau», glisse celui qui a dirigé le centre de crise du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de 2008 à 2012.

Chaque jour, il change de salle avec son seul ordinateur portable comme outil, au contact du chercheur comme du petit collaborateur. Une petite révolution qui se retrouve partout. Les bureaux sont tous exposés par d'importantes vitres vers l'intérieur et l'extérieur. Loin d'un bunker ou d'un camp retranché, le site fait davantage penser aux concentrés d'innovation de la Silicon Valley.

Salles de cours modulables, murs tagués de citations, de graphiques ou de réflexions sur la sécurité ou encore étage consacré au débriefing concentré de 10 à 15 minutes: tout invite à trouver des solutions inédites. Face au nouvel environnement de sécurité internationale, M. Dussey a doublé le nombre de cours proposés et la composition des participants.

Romanciers aux côtés de militaires

Aux militaires et aux diplomates sont venus s'ajouter des romanciers, des journalistes ou des banquiers. Un romancier qui explore de nouveaux modes d'échanges entre diplomates, plus artistiques, le dispositif a de quoi étonner certains. M. Dussey revendique au contraire ce mélange et veut encore le renforcer.

Une situation qui permet aussi à des ressortissants de pays ennemis à réfléchir ensemble. Américains et Nord-Coréens se sont côtoyés au GCSP de manière inédite, parfois critiquée par certains parlementaires, jusqu'à ce qu'une activité provoque une polémique.

L'utilisation d'armes suisses par deux étudiants nord-coréens lors de tirs dans un stand, hors des programmes de formation, éloignera les participants de cet Etat asiatique des salles genevoises.

Autre changement récent: la structure de financement doit passer de 10 à 20 millions de francs d'ici 2020. La Fondation financée par la Suisse va davantage fonctionner comme les laboratoires d'idées anglo-saxons, où la qualité des formations, des recherches, des conférences et des intervenants attire les fonds.

Lancé par Adolf Ogi

Une culture entrepreuneuriale que M. Dussey assume. L'interaction entre des profils si différents permet «d'offrir autre chose qu'un cours qui pourrait être suivi depuis chez soi», estime-t-il.

S'agissant des thématiques, la cybersécurité, la prévention de la radicalisation, les enjeux de la santé et du changement climatique sur la sécurité et une vingtaine d'autres questions actuelles sont sur la table. Un environnement qui tranche avec celui du milieu des années 90 au moment des débuts du centre.

Sollicité pour envoyer des soldats suisses, le conseiller fédéral Adolf Ogi avait défendu alors l'idée du GCSP comme contribution alternative à la sécurité collective. Depuis, le centre étend son ouverture vers d'autres partenaires.

Autre acteur sur la sécurité

Actuellement, 49 pays font partie du Conseil de fondation. Des synergies ont été conclues, notamment avec un centre qui se penche sur la manière d'adapter le leadership au monde actuel. Objectif: pousser les participants à intégrer les différences culturelles sur la sécurité dans leur réflexion ou leur capacité.

Mais le GCSP n'est pas le seul acteur établi à Genève et financé par la Suisse à avoir investi le champ de la prévention contre la radicalisation. L'un de ses anciens dirigeants pilote le Fonds mondial pour l'engagement de la communauté et la résilience (GCERF).

Lancé il y a deux ans, la Fondation a avancé vers de premières contributions en 2016 au Nigeria, au Mali ou au Bangladesh. D'autres doivent suivre en 2017 au Kenya, au Kosovo et en Birmanie. Là aussi, la période est à la coopération avec de nouveaux acteurs de la sécurité et du développement, mais aussi du secteur privé.

(ats)

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