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ÉVÉNEMENTUn Harper happé par Musselwhite

La star à guitare et la légende de l’harmonica transforment ce soir le Strav en delta du Mississippi. Attention, miracle blues.

par
Fred Valet
DR

«Ne merde pas!» Voilà ce que s’était répété en boucle Ben Harper alors qu’il grimpait sur scène aux côtés de sieur John Lee Hooker il y a pile vingt ans. S’il n’a pas «merdé» — son compte en banque peut l’attester — la star tatouée nous a fait un peu peur. Après dix albums en dents de scie, tiraillé entre accroches populaires et excursions subtiles dans les fondamentaux du blues ou du gospel, il faut dire que l’on avait perdu Ben Harper de vue depuis quelques années. C’est un peu de sa faute, aussi. A force de gaver sa guitare d’une affable distorsion et de cracher sur de larges scènes des refrains parfois gras du bide, l’homme à la Weissenborn sur les genoux semblait lui aussi sur les rotules. «Bienvenue dans le monde cruel», chantait-il dans son premier album. Miracle, il a suffi que sa relation avec la major EMI vole en éclats en 2012 pour que, après une compilation contractuelle, le Californien de 43 ans s’autorise un peu d’eau fraîche sur le visage. Et c’est l’harmoniciste Charlie Musselwhite qui lui a tendu la serviette à côté du lavabo. Les deux bluesmen, copains comme cochons depuis qu’ils ont partagé une séance de studio pour accoucher du morceau «Burnin’Hell» de John Lee Hooker (tiens, encore lui), partagent la vedette dans un album chimérique sorti en début d’année. Ils se l’étaient juré il y a dix ans. Ils l’ont enfin craché. Le bien nommé «Get Up!» dévoile un Harper libre et nouvellement inspiré. Du blues, enfin! Et les deux compères le savent: «On ne peut pas faire de blues quand on ne revient pas de loin», raconte souvent Mussel­white, papy bonnard de 68 ans, lorsqu’il évoque le meurtre de sa maman, son passé à se chercher au fond des bouteilles de mauvaise gnôle et à dormir sur les trottoirs du Mississippi. L’esbroufe est bannie. Comme les effets de style ou de son, rien. Et, pourtant, tout. Une expédition menée à deux sur des compositions de Ben Harper qui sonnent comme des standards revisités.

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