Football: Un humaniste révolutionnaire
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FootballUn humaniste révolutionnaire

Ex-joueur devenu président du Liberia, George Weah a toujours été imprégné du sens du collectif. À Paris, il distribuait les plateaux-repas de ses coéquipiers aux SDF.

par
Julien Caloz
George Weah a été élu président du Liberia jeudi avec 61,5% des voix.

George Weah a été élu président du Liberia jeudi avec 61,5% des voix.

AFP

Lorsqu’il jouait encore au football, George Weah avouait une admiration sincère pour le Néerlandais Ruud Gullit, qui dédia son Ballon d’or 1987 à Mandela. Le Libérien voyait en Gullit un «révolutionnaire humaniste», et sans doute se retrouvait-il lui-même dans cette description, comme le souligna un article de L’Humanité en 1995. À cette époque, Weah était un joueur du PSG, mais pas seulement: il était aussi un homme soucieux de réduire les inégalités. «Quand on rentrait de déplacement, il faisait arrêter le bus d’équipe à la station RER de Saint-Germain-en-Laye. Il donnait aux SDF les plateaux-repas auxquels nous n’avions pas touché», raconta un jour le gardien Bernard Lama.

Lors de son séjour parisien, alors qu’il n’avait pas 30 ans, Weah étendait souvent son action par-delà les terrains. «Dans sa maison, à midi, tous les Africains venaient lui exposer un problème, lui demander de l’aide pour un titre de séjour, un passeport… On aurait dit un consulat!» retrace son ancien coéquipier Oumar Dieng, dans L’Équipe, ajoutant que Weah faisait carrément tourner à lui seul l’ambassade du Liberia à Paris.

«Il payait l’eau, l’électricité, les ordinateurs, les salaires des fonctionnaires libériens, et il faisait même leurs courses car il y avait une petite cuisine.» Très attaché à son pays («il en parlait tout le temps», raconte à Europe 1 Michel Denisot, ancien dirigeant du PSG) alors déchiré par la guerre civile, Weah demandait à Nike de remplir l’avion d’équipements de foot pour les enfants lorsqu’il rentrait au Liberia. Sans doute lui revenait en mémoire ses années adolescentes dans un bidonville de Monrovia où, couvé par sa grand-mère après avoir été abandonné par ses parents, il aidait son club en vendant sucettes et pop-corn pour 16 dollars par mois.

Le «président des pauvres»

Toute la trajectoire de George Weah semble avoir été impregnée d’un grand souci des autres. Transféré au Milan en 1995 avec un gros chèque et, la même année, un Ballon d’or, Weah publiera dans Tuttosport un plaidoyer pour la paix dans son pays et réclamera l’intervention d’une force de l’ONU, ce qui lui vaudra l’incendie de sa maison au Liberia. Rien cependant ne ralentira l’action politique de ce grand homme qui, sitôt après avoir mis un terme à sa carrière de joueur, rentrera au pays pour y fonder un parti politique et poursuivre son combat jusqu’à devenir, le 28 décembre 2017, ce «président des pauvres» qu’il ne cessa jamais vraiment d’être.

Mini Bio

NAISSANCE Il voit le jour le 1er octobre 1966, à Monrovia, au Liberia.

FOOTBALLEUR Attaquant, il marque l’histoire de Monaco, Paris et du Milan AC. Ballon d’or 1995, il arrête en 2003.

HOMME POLITIQUE Il lance son propre parti en 2004. Battu aux élections présidentielles de 2005 et de 2011, il triomphe en 2017.

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