Sexe: Un implant pour des érections télécommandées
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SexeUn implant pour des érections télécommandées

Une start-up de l’EPFL développe un dispositif innovant pour traiter les troubles érectiles. Les premiers tests se révèlent prometteurs.

par
Pascale Bieri
À terme, cet implant pourrait également intéresser des personnes désireuses de ne plus avoir recours à la petite pilule bleue pour être performants.

À terme, cet implant pourrait également intéresser des personnes désireuses de ne plus avoir recours à la petite pilule bleue pour être performants.

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Déclencher une érection via une télécommande. C’est ce que promet la start-up Comphya, basée à l’EPFL, pour venir en aide aux hommes qui souffrent de troubles érectiles (350 000 en Suisse, 150 millions dans le monde). Elle a conçu un implant qui vient d’être testé avec succès sur 24 patients. Et qui intéresse déjà de nombreux investisseurs.

«Les premiers résultats dépassent nos espérances», se réjouit Mikaël Sturny (29 ans), un des trois cofondateurs de la micro-entreprise. «Le défi principal était de parvenir à stimuler les nerfs qui innervent le pénis dans chacune des situations. Ce que nous sommes parvenus à faire dans tous les cas…» L’idée d’une telle prothèse n’est pas nouvelle. En revanche, c’est sa mise en application qui, jusque-là, posait problème car les nerfs situés dans cette région sont microscopiques. Pour contourner la difficulté, les chercheurs ont donc conçu un patch comprenant 24 électrodes, implanté dans la région pelvienne (entre la vessie et la prostate) – et qui couvre toute la zone. Il est relié à un générateur d’impulsion (style pacemaker) situé sous la peau, dans l’abdomen.

Le tout est activé par deux télécommandes. La première est destinée au médecin. Elle définit quelles électrodes doivent être actionnées pour pouvoir déclencher une érection (chaque individu étant différent). La seconde est pour le patient, avec juste deux boutons: «on» et «off». À lui de les actionner, quand et pour la durée qu’il désire… Les premiers essais de ce dispositif baptisé provisoirement CaverSTIM se sont déroulés, durant une quinzaine de minutes chacun, au cours d’interventions chirurgicales réalisées sur des patients devant ou ayant subi une ablation de la prostate. «Ils ont tous montré une réponse pénienne immédiate. C’est-à-dire un gonflement visible du pénis ainsi qu’une variation de sa circonférence», explique encore Mickaël Sturny. Dans un premier temps, l’implant s’adresse en effet à des patients qui ont subi une ablation de la prostate, ainsi qu’à des hommes atteints d’une lésion de la moelle épinière. «Environ 30% de patients qui souffrent de troubles érectiles ne répondent pas à des traitements par voie orale comme le Viagra», précise Rodrigo Fraga da Silva, un des autres membres du trio.

Les développeurs de ce Viagra électronique: le Pr Nikos Stergiopulos, Mikaël Sturny et le Dr Rodrigo Araujo Fraga Da Silva.

Les développeurs de ce Viagra électronique: le Pr Nikos Stergiopulos, Mikaël Sturny et le Dr Rodrigo Araujo Fraga Da Silva.

Dispositif gonflable

Les traitements actuels pour de tels cas consistent en des auto-injections d’un vasodilatateur (prostaglandine E) directement dans le corps caverneux ou, en cas d’échec, des prothèses péniennes dont la mise en place est qualifiée par les spécialistes d’invasive et d’irréversible. Il s’agit d’un dispositif gonflable ou semi-rigide équipé d’implants externes ou internes. Reste que, à terme, cet implant pourrait également intéresser des personnes désireuses de ne plus avoir recours à la petite pilule bleue pour être performants. À une condition toutefois, que le problème soit d’origine nerveuse. Cela étant, Mikaël Sturny n’exclut pas que, dans un deuxième temps, la start-up travaille sur un développement pour des problèmes d’ordre vasculaire.

Sur le marché d’ici à deux ans

En attendant, elle est encore à la recherche de financiers pour compléter son budget de développement et passer à la phase définitive de son implant actuel. «Nous avons encore besoin d’environ 3 millions», précise Mikaël Sturny, qui est actuellement aux États-Unis pour rencontrer des investisseurs intéressés. Quant aux prochains essais, en conditions réelles, ils sont prévus courant 2019 sur une vingtaine de patients. Puis, si tout se déroule comme prévu, les créateurs du dispositif envisagent de le mettre sur le marché entre fin 2020 et début 2021.

Ce qu’en disent les experts

Alors, ce nouveau dispositif va-t-il révolutionner la vie de milliers, voire centaines de milliers ou millions d’hommes? Il est trop tôt pour le dire. Toutefois, le Pr Christophe Iselin, responsable de l’urologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) juge le projet intéressant: «C’est une idée novatrice, qui répond à un besoin puisqu’il y a de plus en plus d’hommes vieillissants. Mais c’est un début, il faut maintenant des études bien conduites pour savoir si un tel dispositif peut être réellement efficace et ne pas avoir qu’un effet placebo.»

LeDr Francesco Bianchi-Demicheli, spécialiste en médecine sexuelle aux HUG, abonde dans le même sens. «C’est très réjouissant de voir que les hautes technologies entrent dans le domaine de la sexualité. Pendant longtemps, on n’a abordé les problèmes que sous un aspect psychologique, puis est arrivé la pharmacologie, et maintenant voici un angle technologique… C’est une nouvelle approche séduisante.»

Toutefois, le Dr Bianchi-Demicheli relève qu’il y a encore beaucoup à faire: «Pour le moment, les chercheurs disent avoir observé chez les patients une «réponse pénienne immédiate, avec un gonflement visible du pénis et une variation de sa circonférence». Ça ne veut pas dire grand-chose. Pour avoir une érection permettant une relation sexuelle satisfaisante, il faut que la tuméfaction soit au moins de 75%. Une simple érection visible n’est pas suffisante… De plus, il y a également des questions qui se posent sur l’acceptation d’un tel dispositif, sur la gêne qu’il peut occasionner durant le rapport. Cela étant, toute nouveauté peut poser des questions et des inquiétudes. Au départ, de nombreuses personnes étaient réticentes à l’idée de prendre une pilule. Et aujourd’hui, on sait ce qu’il en est.»

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