Nouvelle-Calédonie - Un indépendantiste kanak à la tête du gouvernement, une première
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Nouvelle-CalédonieUn indépendantiste kanak à la tête du gouvernement, une première

L’élection de Louis Mapou jeudi en Nouvelle-Calédonie met fin à une crise institutionnelle de plus de cinq mois.

Un indépendantiste a été élu jeudi à la présidence du gouvernement collégial de Nouvelle-Calédonie, une première depuis l’accord de Nouméa de 1998 qui intervient à quelques mois du troisième et dernier référendum d’autodétermination prévu le 12 décembre.

«C’est un honneur et un privilège. On doit porter un héritage qui est lourd, celui de notre figure de proue, Jean-Marie Tjibaou», a déclaré Louis Mapou après son élection, rendant ainsi hommage au dirigeant kanak assassiné en 1989.

Louis Mapou, 62 ans, a obtenu six votes parmi les onze membres du gouvernement: les trois voix de son parti l’UNI-FLNKS (Union nationale pour l’indépendance) et les trois voix de l’autre branche du FLNKS, l’Union Calédonienne (UC). Le loyaliste Thierry Santa, président sortant, a remporté quatre suffrages et le membre du gouvernement issu du parti de centre droit, Calédonie ensemble, a voté blanc.

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a adressé «ses félicitations républicaines» à Louis Mapou et l’a invité pour une rencontre prochainement à Paris ou en visioconférence pour évoquer, entre autres, la crise sanitaire et «les difficultés structurelles des finances publiques calédoniennes».

Crise institutionnelle

Cette élection, remportée pour la première fois par un kanak, met fin à une crise institutionnelle de plus de cinq mois durant laquelle le 17e gouvernement de l’accord de Nouméa, élu le 17 février, n’a pu entrer en fonctions car les frères ennemis du FLNKS --l’UNI et l’UC-- se disputaient la présidence. Un accord a été trouvé la semaine dernière. Dans l’intervalle, l’exécutif sortant a expédié les affaires courantes.

Faute de candidat, la vice-présidence – qui par tradition revient au camp adverse - n’a pas été attribuée. En raison de cette vacance, l’exécutif entrera pleinement en fonction d’ici une semaine au plus tard.

Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement, a expliqué que son parti Avenir en Confiance (AEC, non indépendantiste) ne briguait pas ce poste car le FLNKS «a rompu les équilibres institutionnels» en faisant chuter le gouvernement de Thierry Santa le 2 février. «Nous ne sommes pas caution de la politique qui pourrait être mise en œuvre dans les prochains mois», a-t-elle fait valoir, déplorant en outre que «la frange la plus radicale des indépendantistes avait pris le pas sur les modérés que représentait» le candidat de l’UC.

Louis Mapou, qui appartient à l’aile gauche du FLNKS, est issu d’une formation d’inspiration marxiste, le Palika créé en 1976 soit quelques années après l’émergence de la revendication indépendantiste kanak.

Proximité

«Presque comme un fait exprès, nous arrivons au moment le plus difficile que traverse la Nouvelle-Calédonie depuis ces trente dernières années», a déclaré le nouveau chef de l’exécutif en référence à la crise des finances publiques et à l’important déficit des comptes sociaux. Selon lui, ces deux dossiers seront ses urgences, avec la réouverture des frontières «d’ici à la fin de l’année». La Nouvelle-Calédonie, exempte de Covid-19, a mis en place depuis mars 2020 un sas sanitaire et a drastiquement réduit sa desserte aérienne.

Appelant «la Nouvelle-Calédonie à faire une introspection économique, politique et sociale», le leader kanak a également inscrit sur sa feuille de route la lutte contre les inégalités, contre la dérive d’une partie de la jeunesse kanak et contre les violences faites aux femmes. Dans ce but, il a assuré vouloir diriger «un gouvernement de proximité» et «se projeter au-delà du référendum dans un cadre apaisé et serein».

Les deux premiers référendums sur l’indépendance organisés en novembre 2018 et en octobre 2020 ont été remportés par les pro-France avec respectivement 56,7% et 53,3% des suffrages. Lors de récents échanges à Paris, à l’invitation du Premier ministre Jean Castex et de Sébastien Lecornu, il a été décidé que le référendum du 12 décembre serait suivi, quel qu’en soit le résultat, d’une période de transition jusqu’à «un référendum de projet» avant le 30 juin 2023.

(AFP)

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