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SyrieUn journaliste français a été tué à Homs

Gilles Jacquier, de France 2, faisait partie d'un groupe de journalistes en reportage dans la ville. C'est le 1er reporter occidental tué en Syrie. Par ailleurs, Bachar al Assad reste lui intraitable.

Le journaliste Gilles Jacquier avait déjà été grièvement blessé lors de la couverture du conflit palestinien en 2002.

Le journaliste Gilles Jacquier avait déjà été grièvement blessé lors de la couverture du conflit palestinien en 2002.

AFP

Un journaliste français a été tué mercredi alors qu'il se trouvait en reportage à Homs, dans le centre de la Syrie. Il s'agit de Gilles Jacquier, grand reporter sur la chaîne de télévision publique France 2, a annoncé la chaîne à Paris.

Selon un photographe de l'AFP qui se trouvait sur place, un obus est tombé sur un groupe de journalistes qui se trouvait en reportage dans cette ville, haut lieu de la contestation contre le régime.

Il s'agit du premier journaliste occidental tué en Syrie depuis le début de la révolte contre le régime, le 15 mars. Il y a également plusieurs blessés dans le groupe mais leur nombre n'a pu être précisé. L'un d'entre eux est un journaliste belge qui a été blessé à un oeil.

Le ministère de l'information syrien a indiqué qu'il était au courant d'un incident impliquant des journalistes étrangers à Homs mais qu'il n'avait pas d'autres détails. Homs est un des foyers de l'insurrection contre le régime du président syrien Bachar al-Assad. La répression de la contestation a fait, selon une estimation de l'ONU, plus de 5000 morts.

En mission pour Envoyé Spécial

Gilles Jacquier était grand reporter à France 2 et avait reçu le prix Albert-Londres en 2003, a indiqué France 2. Il était "en mission autorisée par le gouvernement syrien" avec un autre journaliste de France 2, pour un reportage destiné au magazine de la rédaction "Envoyé spécial", a précisé son employeur dans un communiqué.

"Gilles était un des meilleurs de France 2, un homme hors norme; on est tous sous le choc; il va beaucoup, beaucoup nous manquer", a déclaré Thierry Thuillier, directeur de l'information du groupe France Télévisions. "Il était à Homs avec Christophe Kenck, JRI, avec des visas délivrés par les autorités syriennes; ils n'étaient pas des clandestins; j'espère qu'on saura vraiment ce qui s'est passé", a-t-il ajouté.

Grand reporter à France 2 depuis 1999, Gilles Jacquier a couvert la guerre en Irak, en Afghanistan, au Kosovo et en Israël. Il a réalisé de nombreux reportages pour "Envoyé Spécial". Il avait débuté à France 3 Lille en 1991, avant de passer à la rédaction nationale de France 3 en 1994.

Il avait obtenu le prix Albert-Londres en 2003 avec Bertrand Coq, également grand reporter à France 2, pour des reportages sur Naplouse réalisés pendant la deuxième Intifada et sur l'opération Rempart menée par l'armée israélienne en avril 2002.

Bachar al Assad inflexible

De son côté, le président syrien Bachar al-Assad s'est montré intraitable mercredi. Dans un rare déplacement du genre, le président, détendu, col de chemise ouvert, s'est adressé à une foule de ses partisans rassemblés place des Omeyyades à Damas en agitant des drapeaux syriens, a montré en direct la télévision officielle.

«Je suis venu pour puiser la force auprès de vous. Grâce à vous, je n'ai jamais ressenti la faiblesse», a lancé M. Assad qui continue de se targuer du soutien de son peuple. «Nous triompherons sans aucun doute du complot. Leur complot approche de sa fin», a-t-il dit du haut d'une tribune. Asma Assad, son épouse, était présente sur les lieux, souriante et décontractée.

Le président syrien a aussi salué l'armée dont les chars ont été envoyés dans les villes pour réprimer la révolte. Depuis le début, le régime refuse de reconnaître la contestation qui a pris de l'ampleur au fils des mois et affirme lutter contre des «gangs armés terroristes» accusés de semer le chaos en Syrie.

Thèse du complot

Maintenant une attitude intransigeante, le président syrien s'enferme dans la thèse du «complot» international et semble écarter tout compromis avec l'opposition et les militants pro-démocratie qui réclament son départ. Pour se maintenir au pouvoir, il compte sur les divisions de l'opposition accusée d'être «complice de l'étranger», des Arabes et de la communauté internationale, selon des analystes.

Mardi, dans un discours télévisé à l'université de Damas, il a accusé des pays étrangers de «comploter» contre son pays et promis de frapper les «terroristes» d'une main de fer. M. Assad a en outre lancé une attaque en règle contre la Ligue arabe, dénonçant son comportement «lâche» envers son pays, qui a été suspendu de l'organisation panarabe et fait l'objet de sanctions économiques arabes.

La Ligue arabe a néanmoins dépêché une mission d'observateurs en Syrie après le feu vert donné par le pouvoir qui a dit avoir accepté le protocole régissant cette mission et prévoyant un arrêt des violences, le retrait des chars des villes et le déplacement libre des médias étrangers.

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