États-Unis: Un laboratoire de l’horreur «digne de Frankenstein»
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États-UnisUn laboratoire de l’horreur «digne de Frankenstein»

Un centre médical est accusé d’avoir découpé les corps de défunts donnés pour la science pour les revendre frauduleusement.

par
Renaud Michiels
Le FBI en action, lorsqu'il avait découvert l'horreur à l'intérieur du Centre de ressources biologiques, en Arizona.

Le FBI en action, lorsqu'il avait découvert l'horreur à l'intérieur du Centre de ressources biologiques, en Arizona.

CNN

Amas de membres, expériences dignes de Frankenstein, morbide liste de prix: l’insoutenable perquisition d’un laboratoire de l’Arizona a eu lieu en 2014. Mais rien n’avait filtré. Or dans le cadre d’une nouvelle procédure judiciaire, le témoignage d’un des agents du FBI qui était sur place vient de fuiter. Et l’Amérique découvre l’horreur.

Le laboratoire en cause est le Centre de ressources biologiques (BRC) de Phoenix. Des familles lui confiaient le corps d’un proche défunt, persuadées qu’il serait utilisé pour la recherche médicale uniquement. «C’est une histoire d’horreur. C’est tout simplement incroyable», a lâché Troy Harp sur CNN. En 2012 puis 2013, à la demande du BRC, il avait fait don des dépouilles de sa grand-mère puis de sa mère. Il espérait des avancées contre la leucémie ou les cancers.

Une «blague morbide»

Mais en pénétrant dans le laboratoire, le FBI a fait face à l’inimaginable. Des bouts de corps partout. Des conditions d’hygiène abominables. Ils sont tombés sur des seaux ou glacières remplis de bras, de têtes, de pénis. Sur des corps ou membres entassés les uns sur les autres, sans aucun moyen pour les identifier.

Il y avait aussi des flaques de sang ou d’autres fluides corporels sur le sol de chambres froides. Accrochée à un mur ils ont vu le résultat de ce qui a été décrit comme une «blague morbide»: une tête de femme cousue sur un torse d’homme. Digne de «Frankenstein», selon l’agent du FBI.

1100 dollars pour une jambe

Outre ces visions terribles, les agents avaient découvert… une liste de prix. Le laboratoire faisait manifestement de gros profits en vendant des corps ou morceaux de cadavres. Pour un corps sans tête, c’était 2900 dollars. 2400 pour un torse avec une tête. 1100 pour une jambe. 950 pour une colonne vertébrale. 400 dollars pour un bassin. 375 pour un genou.

Ces «produits» étaient habituellement frauduleusement vendus à des instituts de recherche. Mais aussi pour des expériences au département américain de la Défense, selon la plainte citée par CNN. «Ces corps ont littéralement été utilisés comme des mannequins de crash-tests: ils ont subi des impacts, des chocs, des blessures par balles et explosion», est-il détaillé.

Une première condamnation

Atteinte à la paix des morts, commerce frauduleux, tromperies, fausses déclarations: les agissements du laboratoire duraient depuis 2007, selon les médias américains.

La descente du FBI avait mené à la condamnation en 2015 du propriétaire du centre, Stephen Gore. Il avait plaidé coupable de «contrôle illégal d’une entreprise» et avait écopé d’un an de prison avec sursis et d’une période de probation de quatre ans.

Des cendres, mais de qui?

Mais depuis, en découvrant peu à peu la réalité, une trentaine de personnes qui avaient cru donner le corps d’un proche pour la science mènent une seconde action, au civil cette fois. Le procès se tiendra dès le 21 octobre. Stephen Gore, les anciens cadres du centre ou leurs avocats n’ont pas répondu aux sollicitations des médias américains.

Troy Harp avait reçu les cendres de sa mère et sa grand-mère, restituées après les prétendues expériences pour faire avancer la lutte contre les maladies. Aujourd'hui, il n'est plus sûr de rien. «On ne sait même plus qui est dans les urnes», commente-t-il sur CNN au nom des plaignants. «Aucun d’entre nous ne le sait.»

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