Motocyclisme - Un marché sordide autour de Jason Dupasquier
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MotocyclismeUn marché sordide autour de Jason Dupasquier

Les parents du jeune pilote fribourgeois, victime d’un accident mortel lors des essais du GP d’Italie, doivent faire face à une nouvelle épreuve: se défendre contre des marchands du temple sans scrupules, qui profitent de leur drame.

par
Jean-Claude Schertenleib
Un étendard à l’effigie de Jason Dupasquier lors de ses obsèques, le 8 juin à Bulle.

Un étendard à l’effigie de Jason Dupasquier lors de ses obsèques, le 8 juin à Bulle.

20min/Vanessa Lam

«Depuis quelques jours, des sites de vente en Suisse, mais surtout à l’étranger, proposent toute une série d’articles en utilisant le numéro (ndlr: 50) et l’image de Jason; cela, bien sûr, sans la moindre autorisation de notre part.» Philippe Dupasquier, le papa du jeune pilote disparu, est écœuré. Et il dénonce bien sûr ce marché sordide.

Des mugs Jason Dupasquier à des «posters sur toile et décoration murale moderne», en passant par des «memory card» magnétiques, différents T-shirts et autres habits, autocollants et pire – un des sites basés aux États-Unis renvoie à un autre site pour personnes adultes! -, il n’y a aucune limite au vice mercantile. On ne parlera même pas de respect, un terme dont on connaît de moins en moins la signification.

Capture d’écran
Capture d’écran

Philippe Dupasquier, encore: «Je peux comprendre que des fans désirent honorer la mémoire de Jason, mais pas de la sorte.» La famille a donc réagi: «Nous avons déposé le logo de Jason et nous avons immédiatement prévenu les sites concernés, en leur rappelant que tous les droits d’image nous appartiennent. Dans ce dossier, nous sommes aidés par des spécialistes de ce genre d’affaires, en Suisse, en Europe et aux États-Unis», précise le papa de Jason.

«Nous ne sommes pas contre, bien au contraire, que des gens honorent la mémoire de notre fils, mais pas que cela devienne une affaire financière»

Philippe Dupasquier, père de Jason Dupasquier

Une adresse officielle – www.ja50n.ch – a été créée en urgence, d’autres noms potentiels de sites qui utiliseraient les mentions Jason Dupasquier, son numéro et son logo personnel, ont été achetés pour les bloquer: «Je le répète, nous ne sommes pas contre, bien au contraire, que des gens honorent la mémoire de notre fils, mais pas que cela devienne une affaire financière. Pour cette raison, un contrôle strict est opéré», ajoute Philippe Dupasquier.

Ce vendredi en fin de journée, dans la salle de presse du Sachsenring, le N°50 de Jason Dupasquier a été officiellement retiré de la classe Moto3, en présence de toute l’équipe du jeune Fribourgeois, le team CarXpert Prüstl GP et des autorités des GP, le CEO de Dorna, Carmelo Ezpeleta, en tête.

Commentaire: «Vous êtes sales!»

J’aurais pu, bien sûr, me lancer dans une énième version du célèbre «J’accuse» d’Emile Zola. Mais accuser qui? Les temps modernes et les technologies qui vont avec? La mondialisation de l’information et, plus encore, de la désinformation? Les portails de vente qui mettent leur outil à disposition de toutes et de tous? Ceux qui exploitent des gosses qui passent leurs journées à fabriquer désormais du faux Jason Dupasquier – parce que mort, il prend de la valeur -, comme ils le font depuis longtemps avec les plus grandes stars du sport, du spectacle, voire de la politique?

Qui accuser? Et comment accuser, face aux flous juridiques qui existeront toujours en matière de droit à la propriété? Vous pensez vraiment que la préoccupation actuelle essentielle d’une famille plongée dans le deuil est de rassembler un bataillon d’avocats pour se présenter devant une Cour? Et quelle Cour, d’ailleurs?

Non, «J’accuse» ne suffit pas. Alors, qui que vous soyez, où que vous vivez, je ne dirai qu’une chose: «Vous êtes sales!» Sales de profiter de la douleur. Sales de vouloir transformer des larmes en dollars. Sales de faire d’un deuil une affaire. Sales d’obliger une famille qui a tant besoin de tranquillité à devoir se défendre.’

J’irai me recueillir sur la tombe de Jason. Mais je crache sur la vôtre!

Jean-Claude Schertenleib

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