13.09.2016 à 08:37

FranceUn mari aux assises pour un «crime trop parfait»

Accusé d'avoir monté «un stratagème très élaboré» pour assassiner son épouse, l'homme comparaît dès jeudi aux assises de Versailles.

Le crime «trop parfait» a eu lieu à proximité des ruines de l'abbaye de Port-Royal des Champs dans les Yvelines.

Le crime «trop parfait» a eu lieu à proximité des ruines de l'abbaye de Port-Royal des Champs dans les Yvelines.

http://www.tourisme.sqy.fr/

Est-il victime ou assassin? Une nuit d'hiver, en 2012, sa femme est tuée, leur voiture incendiée. Lui est blessé par balle au dos. L'homme clame son innocence mais, accusé d'un assassinat «trop parfait», il comparaît à partir de jeudi devant les assises à Versailles.

Lorsqu'il appelle les secours, tard, le 26 février 2012, François Darcy décrit en pleurant une scène de cauchemar: on lui a tiré dessus, il a sauté dans un fourré et sa voiture brûle désormais sur ce parking en pleine forêt proche des ruines de l'abbaye de Port-Royal, sa femme à l'intérieur.

Arrivés dans la vallée de la Misère, dans les Yvelines, les gendarmes le retrouvent blessé. Ceinture attachée sur le siège passager, le cadavre de Sylvie Darcy, 48 ans, est ravagé par les flammes.

Pris d'une envie pressante

Hôtel de charme, bouquet de fleurs, massages... Le week-end avait joliment commencé pour ce couple - lui, informaticien, elle, cadre supérieur - qui fêtait dix ans de mariage, ses deux enfants confiés à des proches.

Dimanche 26 au soir, de retour du restaurant, François Darcy est, dit-il, pris d'une envie pressante. L'hôtel n'est qu'à quelques minutes de route mais il ne peut attendre, quitte la départementale et s'engage dans un chemin forestier. Au bout, un parking: il se soulage.

Une douleur dans le dos, il se retourne: dans la pénombre, raconte-t-il, un homme le vise avec une arme. Il se cache, perd connaissance, découvre l'horreur à son réveil.

L'enquête échouera à déterminer de quoi est morte Sylvie Darcy - tout juste sait-on qu'elle avait succombé avant l'incendie de la voiture. L'arme qui a blessé son mari n'a pas été retrouvée.

François Darcy est hospitalisé, mais les enquêteurs évoquent rapidement un «crime trop parfait».

Emprisonné depuis quatre ans, l'homme, qui fêtera ses 50 ans lors du procès, est accusé d'avoir monté «un stratagème très élaboré» pour assassiner son épouse. Il encourt la réclusion à perpétuité. Sa défense entend plaider l'acquittement.

Une récente passion pour le tir

L'accusation soupçonne François Darcy, passionné de tir depuis peu, de s'être tiré une balle dans le dos, côté gauche, pour se poser en victime. Le projectile retrouvé dans son corps est compatible avec l'une de ses carabines.

Est-ce réalisable? Oui, tranchent des experts, en passant sous l'épaule gauche, pas par-dessus la droite, si l'arme est courte. Deux canons de carabine sciés sont justement découverts chez François Darcy. Les armes? Déclarées volées par l'intéressé trois jours avant le drame. Encore faut-il que la balle ne tue pas. Or l'ogive était peu chargée en poudre: plus lente, moins létale - mais pas sans risque.

Sur ses mains ont été retrouvées les traces d'une huile comparable à celle, probable accélérateur de combustion, découverte sur le cadavre.

Surtout, l'accusation estime que le scénario de M. Darcy ne tient pas. Une envie pressante, si près de l'hôtel, si loin de la route? Une mauvaise rencontre, des «bandits»? Pourquoi le tireur, qui s'acharne sur Sylvie Darcy jusqu'à incendier la voiture, laisserait-il la vie sauve au mari?

Quel mobile? Le couple, lui, bipolaire, elle, déprimée, connaissait des difficultés, hasardent les enquêteurs. Sylvie Darcy gagnait mieux sa vie que son mari et avait souscrit une assurance-vie bien fournie qu'il devait percevoir à son décès.

«Il n'y a pas de preuves, pas d'aveu, pas de mobile, on n'a pas retrouvé l'arme qui lui a tiré dans le dos», balaie l'avocat de François Darcy, Me Yves Beddouk, qui cite la tuerie de Chevaline, quadruple homicide non résolu sur une route forestière de Haute-Savoie, en septembre 2012. Il conclut: «On lui reproche de ne pas être allé pisser au bord de la route.»

(AFP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!