Covid-19 - Un masque «intelligent» pour se protéger du virus: vraiment?
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Covid-19Un masque «intelligent» pour se protéger du virus: vraiment?

Offrant une protection similaire aux masques FFP2, un premier masque connecté débarque sur le marché. Test.

par
Christophe Pinol
Le masque Active+ Halo.

Le masque Active+ Halo.

DR

En un an, le masque est devenu l’un de nos principaux compagnons de sortie, aussi essentiel que nos clefs de maison, notre porte-monnaie et notre smartphone. Pas étonnant que bon nombre de créateurs aient déjà tenté d’en faire un nouvel accessoire de mode. Et puis, il fallait s’y attendre, les acteurs de la Tech allaient eux aussi s’en mêler.

C’est aujourd’hui chose faite avec le premier masque connecté du marché: l’Active+ Halo, signé Airpop, une marque spécialisée dans le «Air Wearable», soit des masques à l’origine chargés de protéger leurs utilisateurs de la pollution dans les grandes métropoles. Et donc plutôt axée sur le marché sportif. Sauf que ce masque-là, en plus d’une protection à 99,3% contre les particules (poussières, particules fines et allergènes) et à 99,9% contre les agents pathogènes (virus et bactéries) – il répond en fait à la norme KN95, offrant des spécificités un brin plus exigeantes qu’un FFP2 –, celui-ci y ajoute des fonctions «intelligentes» permettant de mesurer certaines données via une application dédiée. Le tout pour la modique somme d’environ 168 fr. (150 euros), à commander ici: https://www.airpophealth.com/fr/airpop-active-smart-black-yellow. Voyons tout ça en détail.

Tout pour le confort

Premier point, son design. D’une coupe plutôt élégante (il n’est pour l’instant disponible qu’en noir, mais bientôt en vert également), le masque est constitué de deux couches.

Le masque dans sa version noire, apparemment la seule couleur disponible actuellement en Suisse.

Le masque dans sa version noire, apparemment la seule couleur disponible actuellement en Suisse.

DR

D’abord une fine membrane extérieure en nylon souple et légère, perforée sous plusieurs épaisseurs pour permettre d’évacuer l’humidité, et épousant bien le visage. Il en recouvre ainsi une large partie, du haut de l’arête du nez jusqu’à sous le menton, et s’étend latéralement jusqu’aux pommettes. Moulé en une pièce, il est de taille unique mais permet un ajustement au niveau des élastiques à fixer aux oreilles. Il est d’ailleurs plutôt confortable, y compris pour les grands nez – et l’auteur de ces lignes en sait quelque chose. À l’intérieur, il faut y clipser l’un des 4 filtres fournis (durée de vie prévue: 40 heures chacun). Celui-ci est équipé d’un joint en silicone sur son pourtour qui permet d’isoler complètement, du moins en théorie, l’entrée du système respiratoire. «En théorie» seulement, parce que dans notre cas – encore ce fichu appendice nasal proéminent – on a constaté que le joint avait du mal à suivre les contours de l’arête du nez, rendant ainsi l’étanchéité perfectible. En revanche, sur de plus petits naseaux, celle-ci est totale et on s’y sent plus isolé – et donc plus en sécurité – qu’avec un masque classique, chirurgical ou FFP2.

L’Active+ Halo présente en fait surtout l’avantage de former une voûte à l’avant du nez et de la bouche et donc de rester à l’écart du visage en créant une poche d’air, permettant de respirer plus facilement qu’avec les masques traditionnels, sans que le tissu se plaque contre le nez à chaque inspiration. Que ce soit en mode sportif – on est allé courir avec et c’est flagrant – ou en usage quotidien, où la sensation d’étouffement que l’on peut parfois ressentir avec d’autres masques est grandement atténuée. En revanche, il limite un peu le champ de vision et obstrue légèrement le regard quand on le dirige vers le bas. Il est enfin livré avec une pochette de protection souple que l’on peut porter au poignet, glisser dans la poche intérieure d’une veste, le masque plié en deux, ou dans un sac à main.

Un capteur pour protéger notre santé

Et l’aspect connecté, alors, dans tout ça? Il réside dans la présence d’un capteur, fixé sur le côté gauche du masque, ayant pour mission de nous renseigner sur notre fréquence respiratoire et sur la pollution qui nous entoure. Baptisé Halo, il va d’abord mesurer le nombre de respirations ainsi que leur rythme. Des indications avant tout utiles pour les sportifs puisqu’on va pouvoir y préciser notre type d’activité (marche, course ou vélo) pour ajuster le calcul des valeurs afin d’estimer le volume d’air fourni pendant l’effort.

Pour ce qui est des informations sur la pollution atmosphérique, attention: n’y voyez pas un prétexte pour mettre votre nez au-dessus du tuyau d’échappement d’une voiture afin de vérifier sa toxicité, car les valeurs ne sont pas directement calculées par Halo. Elles sont en réalité fournies par des bornes de captation disséminées dans le monde, un peu à la manière des données utilisées par une application météo. Mais en associant le calcul de notre fréquence respiratoire et de notre localisation, l’appli va ainsi être capable de nous indiquer le degré de pollution – ou plutôt son équivalent en termes de cigarettes – qu’on évite d’absorber à chaque fois que le masque est porté.

«Cette semaine, vous avez échappé à l’équivalent de 1,3 cigarette», nous a ainsi fièrement annoncé l’application il y a quelques jours, pour un peu plus de 5 heures de port en totalité. Le problème c’est que si pour les grandes métropoles, différents quartiers sont généralement couverts (9 bornes à Paris, une cinquantaine à Séoul…), d’autres régions le sont beaucoup moins, voire très peu. Aucune borne n’est par exemple située à Genève et l’application adopte alors la valeur de la plus proche (en l’occurrence celle de Gaillard, bourgade française à 7 km du centre de la Cité de Calvin, juste de l’autre côté de la frontière). Lausanne n’en compte qu’une et on n’en trouve en finalité que 5 dans toute la Suisse romande. De quoi rendre les résultats un rien aléatoires…

Gare aux contrefaçons!

L’application dresse en outre le bilan de la semaine, avec indication du nombre de fois où l’on a porté le masque, la durée totale, le nombre de respirations comptabilisées et la quantité – théorique donc – de polluants retenus par le filtre.

En scannant le QR code de l’emballage de chaque filtre au moment de son installation, notre smartphone pourra également indiquer deux éléments importants: d’abord le moment où il est nécessaire de changer le filtre, en fonction de la durée d’utilisation du masque, mais elle nous garantira également l’authentification de ceux-ci, élément rassurant quand on sait que la contrefaçon est encore bien répandue. Et puis, fonction purement gadget cette fois – mais que les technophiles apprécieront – le capteur est muni d’un voyant circulaire s’allumant brièvement à chaque respiration. On pourra en choisir la couleur (cinq au choix) ou décider de le laisser éteint en permanence.

Autonomie annoncée par la marque? Six mois. Il faut aussi signaler que l’application dédiée n’est pour l’instant disponible que pour IOS, et uniquement en anglais. Les versions françaises Android et IOS sont attendues dans le courant du mois, selon le distributeur (mais celui-ci les avait déjà annoncées pour la fin du mois précédent). La navigation est toutefois assez simple et ne demande pas une connaissance très poussée de la langue de Shakespeare.

Onéreux mais écolo

Reste la question du prix de cet Airpop Active+ Halo, assez onéreux à première vue… Un sujet que l’on va diviser en deux aspects essentiels: la connectivité et les filtres. Pour le premier, il est à noter que la marque vend également sur son site le même masque, mais dénué de son capteur Halo, au prix de 70 euros. On peut donc en déduire que son caractère connecté seul s’évalue à 80 euros (les 150 de la version connectée moins les 70 de la version basique), soit environ 89 fr.. Pour des fonctions relativement basiques et – on l’a vu – finalement peu adaptées à nos régions, c’est cher. Mais les sportifs y trouveront peut-être leur compte.

Par contre, si l’on aborde purement l’aspect des filtres, on constate que le lot de 4 est vendu 25 euros, soit près de 28 fr. Une somme qui nous permettrait d’acheter quelque chose comme 25 masques FFP2 (comparables en termes de protection), cumulant au total 100 heures d’efficacité (4 heures chacun). Alors que les Airpop totalisent à eux quatre 160 heures. Ces derniers sont donc à la fois plus économiques, mais aussi nettement plus écolos.

Alors est-il vraiment utile de porter un masque connecté en ces temps troubles? La réponse est clairement non. En revanche, si l’on part du principe que le coronavirus est en train de bouleverser nos vies et que ces changements sont probablement appelés à durer encore longtemps, ce modèle offre un confort indéniable et un aspect environnemental indiscutable. Avec, en prime, quelques fonctions connectées qui ne sont finalement pas dénuées d’intérêt.

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