22.10.2020 à 10:36

FootballUn match de 5e Ligue vaudoise vire au cauchemar

Un joueur d’Echandens a été tabassé par plusieurs homologues de Chêne Aubonne après un match entre les deux équipes. Profondément marqué, il a porté plainte.

von
Brice Cheneval
Les pieds d'un joueur et un ballon de football.

Les pieds d'un joueur et un ballon de football.

KEYSTONE

Ce devait être une parenthèse de plaisir en pleine semaine, tel qu’est censé représenter un match de football amateur. La rencontre de 5e Ligue vaudoise entre la réserve de Chêne Aubonne et Echandens III, jeudi dernier, s’est finalement transformée en cauchemar. Et pour cause: au terme des 90 minutes, un joueur de la deuxième équipe citée a été violenté à la sortie des vestiaires.

Tout est parti de noms d’oiseaux échangés sur le terrain. Avec des joueurs de Chêne Aubonne mais aussi plusieurs supporters. L’entraîneur de la formation locale, qui souhaite rester anonyme, a été témoin de la scène. Il raconte: «Le match s’est parfaitement déroulé, avec un peu de tension, comme souvent en amateur, mais sans carton. En deuxième période, des supporters ont commencé à insulter ce joueur d’Echandens. Il est allé les voir à la fin pour s’expliquer mais ils ont été séparés et chacun est parti dans son coin. Cela a débordé après la douche. Des joueurs de chez nous, accompagnés des supporters, probablement des amis, l’ont attendu devant le vestiaire et l’ont frappé à sa sortie.»

La victime glisse quelques détails: «On m’avait prévenu que des personnes attendaient devant le vestiaire mais je ne pouvais pas y croire. Quand je suis sorti, j’ai reconnu six joueurs adverses. Deux frères ont pris les devants et ont commencé à me frapper, puis un coéquipier est intervenu pour me défendre. J’ai baissé la tête pour esquiver les coups et à ce moment-là, les quatre autres, qui étaient restés en retrait jusque-là, se sont impliqués. J’ai reçu une pluie de coups de poings et de pied.»

Des blessures physiques et psychologiques

Sérieusement touché à la mâchoire, il s’est rendu à l’hôpital. Une semaine après les faits, ses blessures sont encore vives. «J’ai du mal à manger normalement et je prends des médicaments pour dormir», raconte-t-il. Davantage que physiques, ses douleurs sont psychologiques. «Ça fait 25 ans que je joue au foot et je n’ai jamais vu une telle chose. Je n’imaginais pas que cela m’arriverait. J’ai été vraiment surpris», confie-t-il. Le lendemain, il a même reçu des menaces sur son compte Instagram.

Celui qui, en parallèle, entraîne une équipe de jeunes à Echandens a été d’autant plus marqué que ses agresseurs lui rendaient une dizaine d’années. «Je ne veux plus rejouer en seniors, clame-t-il. Je vais me trouver une équipe de vétérans et basta.»

«Je ne veux plus rejouer en seniors. Je vais me trouver une équipe de vétérans et basta»

Le joueur d’Echandens agressé

Le joueur a porté plainte contre les deux frères, les premiers à être passés à l’acte. «Ce que j’espère obtenir à l’arrivée, c’est une lettre d’excuse de leur part envers moi et mon club. J’aimerais aussi qu’ils s'expriment dans une vidéo, en montrant leurs visages, et que celle-ci soit relayée par l’ASF (Association suisse de football). Je veux que cela serve d’exemple pour les jeunes. Et je suis sûr que ce sera également bénéfique pour les deux joueurs en question. Ils auront tellement honte de tourner cette vidéo qu’ils ne recommenceront plus.»

Suspendus jusqu’en 2022

En attendant une telle issue, les deux agresseurs ont d’ores et déjà écopé d’une lourde peine. Par l’ASF, tout d’abord: deux ans de suspension, soit jusqu’en octobre 2022. De son côté, Chêne Aubonne les a suspendu de tout entraînement et match jusqu’à nouvel ordre, en attendant de statuer sur leur sort. Leur entraîneur n’envisage en aucun cas de les réintégrer: «C’est non, sûr et certain, car ils ont terni l’image de l’équipe et du club.»

Dans l’histoire, Chêne Aubonne s’est vu infliger un retrait de 630 points au classement du fair-play et une amende de 720 francs. «Ce sont eux qui vont la payer», annonce le président Davide Anghileri. Lequel est encore sous le choc du comportement de ses licenciés: «Je ne comprends pas ce qu’ils ont dans la tête. Tu ne peux pas faire ça à tes copains, à tes entraîneurs qui s’investissent pour toi…»

«Je ne comprends pas ce qu’ils ont dans la tête. Tu ne peux pas faire ça à tes copains, à tes entraîneurs qui s’investissent pour toi»

Davide Anghileri, président de Chêne Aubonne

Incompréhension similaire du côté de l’entraîneur: «Je ressens de la déception, de la colère et un sentiment de honte. Le soir même, j’ai très peu dormi. On se sent aussi un peu coupable car quand on a vu nos joueurs attendre devant le vestiaire, on aurait dû alerter Echandens de ne pas sortir. Mais on ne pouvait pas se douter que ça prendrait une telle tournure.»

«Ce n’est pas ça le foot, ajoute le coach de Echandens. On est là pour s’amuser, pas pour se taper dessus. L’avantage, au moins, c’est ce que cela semble avoir soudé notre équipe.»

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!
64 commentaires
L'espace commentaires a été desactivé

CC7

23.10.2020 à 14:30

Ce n'est pas d'aujourd'hui quand j'étais gamin il y a environ 50 ans un état match entre italiens et espagnols à tourné au vinaigre et que les joueurs et supporters courraient après l'arbitre couteau à la main. C'est sympa la multiculture. J'en ai d'autres.

Pauvres types

23.10.2020 à 09:56

Ce prendre la tête pour un niveau aussi ridicule....Quelle tristesse ce sport....

Merci le Matin

22.10.2020 à 13:47

C’est bien que vous parliez également des clubs de catégories inférieures.