17.10.2020 à 20:34

France Un millier de personnes en hommage à l’enseignant décapité

Parents, élus ou simples citoyens de tous âges ont exprimé leur douleur et leur incompréhension samedi devant le collège du professeur brutalement assassiné par un jeune homme de 18 ans, à Conflans-Sainte-Honorine.

«Ne pas céder à la peur»: un millier de personnes se sont recueillies samedi devant le collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, près de Paris, au lendemain de la décapitation d’un professeur d’histoire qui avait montré des caricatures de Mahomet à sa classe.

En milieu d’après-midi, un millier de parents, élus ou simples citoyens de toutes générations se sont rassemblés avec émotion devant l’établissement scolaire. Certains brandissaient des pancartes «Je suis instit» ou «Je suis enseignant». La «Marseillaise» a été entonnée, puis des applaudissements ont parcouru la foule.

«Il y aura un avant et un après-16 octobre en tant que prof: pour la première fois, un professeur est attaqué pour ce qu’il enseigne», lance Lionel, un enseignant d’histoire-géographie de la ville voisine d’Herblay.

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«Pouvoir vivre ensemble»

«On est des milliers d’enseignants à procéder ainsi, à parler de laïcité, il faut arriver à mener ces jeunes-là à pouvoir vivre ensemble dans une société pacifiée», poursuit ce père d’une élève qui avait cours avec la victime, un «très, très bon professeur». «Il ne faut pas céder à la peur, continuer d’enseigner la laïcité», martèle Jonathan Renoir, jeune prof dans un collège voisin à Cergy.

Plus tôt dans la journée, des dizaines d’élèves et de parents ont déposé en silence des roses blanches au pied des grilles de cet établissement de bonne réputation, qui accueille environ 750 collégiens. Une cellule psychologique a été mise en place à l’intérieur.

«C’est l’horreur. C’est très compliqué de discuter avec mon fils de ce qui s’est passé», explique une mère de famille.

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Liberté d’expression

Marie, actuellement en seconde, est venue devant son ancien établissement déposer des fleurs en «hommage à son ancien professeur». «Je me souviens de son cours sur la liberté d’expression. On avait parlé de «Charlie», on avait fait des dessins qui sont encore accrochés dans le collège», explique la jeune fille, émue, venue avec deux copines.

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’enseignant avait montré à ses élèves, la semaine dernière, une caricature de Mahomet, dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression.

Parmi les personnes placées en garde à vue figure le père d’une élève de la victime. Il avait appelé sur les réseaux sociaux à se mobiliser pour le renvoi du professeur de l’établissement, a indiqué le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard.

Hugo, en 3e, était un des élèves du professeur, qui lui dispensait des cours de soutien chaque semaine. «Il était super, très conciliant, et à l’écoute», assure-t-il. Mais, «depuis la semaine dernière l’ambiance était tendue, c’était sûr que ça allait mal finir».

Sa mère, Sabrina, acquiesce : «On a même reçu un texte de la principale sur l’intranet, qui disait qu’il y avait des problèmes entre des parents d’élèves et ce prof.»

Faire face

«Chacun apportait son opinion pendant ses cours, c’était super. Maintenant, il faut continuer et faire face, il ne faut pas leur donner raison», lance un ancien élève, aujourd’hui au lycée.

Plus loin, Ludovic, 40 ans, père d’une fille de 13 ans en 4e au collège, peine encore à croire ce qui s’est passé la veille. «Comment croire qu’un professeur qui avait montré des dessins se fasse décapiter?», s’interroge-t-il. Dans le quartier, la sidération n’est pas retombée.

(ATS/NXP)

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