09.08.2020 à 10:08

Etats-Unis-ChineUn ministre américain visite Taïwan, Pékin condamne

Une délégation emmenée par le ministre de la Santé Alex Azar doit rencontrer la présidente Tsai Ing-wen, bête noire de la Chine qui l’accuse de rechercher l’indépendance.

Alex Azar est le responsable américain de plus haut rang à se rendre à Taïwan depuis 1979, année où les Etats-Unis avaient rompu leurs relations diplomatiques avec Taipei.

Alex Azar est le responsable américain de plus haut rang à se rendre à Taïwan depuis 1979, année où les Etats-Unis avaient rompu leurs relations diplomatiques avec Taipei.

AFP

Le secrétaire américain à la Santé Alex Azar est arrivé dimanche à Taïwan, à la tête de la plus éminente délégation américaine sur l’île depuis que Washington a cessé de la reconnaître en 1979. Pékin a vivement condamné cette visite.

Au cours de ces trois jours à Taïwan, Alex Azar doit rencontrer la présidente Tsai Ing-wen, bête noire de la Chine qui l’accuse de rechercher l’indépendance formelle de l’île de 23 millions d’habitants. Il y a quelques jours, le gouvernement chinois a présenté sa visite comme une menace pour «la paix et la stabilité».

Alex Azar est le responsable américain de plus haut rang à se rendre à Taïwan depuis 1979, année où les Etats-Unis avaient rompu leurs relations diplomatiques avec Taipei pour reconnaître le gouvernement communiste basé à Pékin comme le seul représentant de la Chine. Ils restent toutefois, avec une certaine ambiguïté, l’allié le plus puissant du territoire et son principal fournisseur d’armes.

La visite intervient au moment où les tensions s’exacerbent entre Pékin et Washington sur de nombreux sujets. En réponse à une loi imposée par Pékin à Hong Kong, Washington vient ainsi d’adopter des sanctions contre onze dirigeants de l’ex-colonie britannique, dont la cheffe de l’exécutif Carrie Lam, parallèlement à des mesures radicales contre les joyaux du numérique chinois TikTok et WeChat.

Succès contre le coronavirus

«Ce voyage est la reconnaissance des réussites de Taïwan dans la lutte contre le Covid-19 et un témoignage de cette croyance partagée selon laquelle les sociétés ouvertes et démocratiques sont mieux équipées pour combattre les menaces sanitaires comme le Covid-19», a déclaré un haut fonctionnaire américain aux journalistes.

En dépit de sa proximité géographique et commerciale avec la Chine continentale d’où est partie l’épidémie, Taïwan a enregistré moins de 500 cas de coronavirus et seulement sept décès. En difficulté dans les sondages dans une Amérique encore plongée dans la crise sanitaire, Donald Trump accuse la Chine d’être responsable de la pandémie.

La République populaire considère Taïwan comme une de ses provinces. L’île est dirigée par un régime rival qui s’y était réfugié après la prise du pouvoir des communistes sur le continent en 1949, à l’issue de la guerre civile chinoise.

Taïwan n’est pas reconnu comme un Etat indépendant par l’ONU. Et Pékin menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d’indépendance à Taipei ou d’intervention extérieure – notamment de Washington.

«Ligne rouge»

Pour Douglas Paal, qui dirigea l’Institut américain à Taïwan pendant la présidence de George W. Bush, l’administration Trump est consciente des risques d’escalade sur la question de Taïwan. Elle s’est abstenue de franchir la ligne rouge de Pékin: une visite à Taipei de responsables américains en charge des questions de sécurité nationale.

Dans les années 1990, des responsables américains du commerce extérieur se sont rendus à plusieurs reprises à Taïwan, rappelle-t-il. La différence cette fois, c’est le contexte: M. Azar se rend à Taipei au moment où les relations avec la Chine sont au plus mal.

«L’envoyer à Taïwan montre qu’on respecte le système, tout en défiant la Chine», estime-t-il. «Le fait qu’ils n’aient pas choisi un conseiller à la Sécurité nationale ou quelqu’un comme ça montre qu’ils essaient de s’approcher le plus près possible de la ligne rouge chinoise, mais qu’ils ne veulent pas la franchir.»

(ATS/NXP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!