Attentat d'Istanbul: Un nouveau coup dur pour le tourisme turc

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Attentat d'IstanbulUn nouveau coup dur pour le tourisme turc

La capitale turque avait déjà été déjà victime en 2015 d'un acte de terrorisme. Ce nouvel attentat accentue la frilosité des vacanciers européens envers les pays musulmans.

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La police turque a arrêté mercredi à Antalya trois membres présumés du groupe Etat islamique (EI), au lendemain d'un attentat suicide attribué au mouvement djihadiste qui a tué dix personnes dans le coeur touristique d'Istanbul. Les trois suspects sont des Russes. (Mercredi 13 janvier 2016)

La police turque a arrêté mercredi à Antalya trois membres présumés du groupe Etat islamique (EI), au lendemain d'un attentat suicide attribué au mouvement djihadiste qui a tué dix personnes dans le coeur touristique d'Istanbul. Les trois suspects sont des Russes. (Mercredi 13 janvier 2016)

Reuters
La police scientifique est sur place pour collecter les premiers éléments de l'enquête. Pour l'heure, le pouvoir turc affirme déjà que l'attentat-suicide est l'œuvre d'un djihadiste venu de Syrie né en 1988. (mardi 12 janvier 2016).

La police scientifique est sur place pour collecter les premiers éléments de l'enquête. Pour l'heure, le pouvoir turc affirme déjà que l'attentat-suicide est l'œuvre d'un djihadiste venu de Syrie né en 1988. (mardi 12 janvier 2016).

AFP
Après l'attaque survenue ce matin vers 9h15 en plein cœur de l'Istanbul touristique et qui a fait au moins 10 morts dont 9 Allemands et 15 blessés dont 2 grave (bilan provisoire à 16h30), certains touristes plient bagage. (mardi 12 janvier 2016)

Après l'attaque survenue ce matin vers 9h15 en plein cœur de l'Istanbul touristique et qui a fait au moins 10 morts dont 9 Allemands et 15 blessés dont 2 grave (bilan provisoire à 16h30), certains touristes plient bagage. (mardi 12 janvier 2016)

Reuters

Trois mois après l'attaque qui avait fait 103 morts lors d'une manifestation pro-kurde à Ankara, cet attentat-suicide attribué aux djihadistes, qui a tué mardi 10 Allemands, visait délibérément le tourisme, secteur clé de l'économie d'un pays qui était en 2014 la sixième destination mondiale.

Quelque 36,8 millions de vacanciers étrangers se sont rendus en Turquie en 2014, en premier lieu des Allemands, des Russes et des Britanniques. Mais le vent avait commencé à tourner en 2015, la Turquie subissant à l'instar d'autres pays musulmans - comme le Maroc ou l'Indonésie - la désertion des Européens notamment refroidis par les attentats meurtriers en Egypte et en Tunisie.

«Dans la tête du touriste occidental, il est clair que des attaques potentielles par des groupes islamistes dans un pays sont associées à un danger dans toute la région. Et les attentats en Tunisie et en Egypte, couplés aux attaques sur le sol turc et à la proximité de la Turquie avec la Syrie, ont un effet préjudiciable sur les flux touristiques vers ce pays», a résumé mercredi à l'AFP Kinda Chebib, analyste du cabinet international Euromonitor.

Voyages russes freinés

Du côté des touristes russes - 4,4 millions ont visité la Turquie et surtout ses stations balnéaires en 2014 - la dévaluation du rouble a nettement freiné les voyages.

Ce repli s'est aggravé fin 2015 avec la crise diplomatique provoquée par la destruction d'un bombardier russe par l'aviation turque à la frontière syrienne le 24 novembre. En représailles, la Russie a déconseillé à ses concitoyens tout séjour en Turquie.

Pour l'ensemble de l'année 2015, la fréquentation touristique en Turquie et le chiffre d'affaires afférent ne sont pas encore connus. Mais Kinda Chebib indique qu'«après avoir atteint 35 milliards de dollars (même montant en francs) en 2014, les profits tirés du tourisme ont baissé de 4,4% au troisième trimestre 2015».

L'impact à court terme sur les réservations pour la Turquie devrait être net après l'attentat, notamment ces prochaines semaines et prochains mois pour Istanbul qui est une destination de week-end en basse saison.

«Reste à savoir quel sera l'impact pour les réservations d'été dans les stations balnéaires turques, qui demeurent une destination soleil de proximité pour les Européens», estime Jean-Pierre Mas, président du syndicat français des agences de voyage.

Coup d'arrêt

«Cet attentat signe un coup d'arrêt pour la Turquie, et vient s'ajouter au fait que la politique du président Tayyip Erdogan crée une vraie confusion et contribue à jeter l'opprobre sur la destination», juge pour sa part Jean-Pierre Nadir, président du site Internet Easyvoyage.

Le ministère allemand des Affaires étrangères a appelé ses ressortissants sur place à la prudence. Mais mercredi, le ministre de l'Intérieur a jugé qu'il n'existait «aucune raison de renoncer à des voyages en Turquie».

Le voyagiste allemand TUI a pour sa part proposé à ses clients qui prévoyaient un voyage à Istanbul jusqu'au 18 janvier de l'annuler ou de le modifier gratuitement.

Dans leurs brochures pour cet été, nombre de tour-opérateurs européens avaient déjà réduit la voilure sur les pays musulmans, à l'instar du français Marmara dont les propositions pour la Turquie, la Tunisie et le Maroc ne représentent plus que 20% de l'offre, contre 45% un an plus tôt.

En dix ans, entre les «Printemps arabes» et les attentats, les tour-opérateurs français estiment avoir perdu un total de 750'000 clients pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Selon leur syndicat Seto, le poids de cette région dans l'ensemble des départs des Français vers l'étranger s'est réduit de 18 points depuis 2004.

(ats)

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