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CommentaireUn nouveau musée, un monstre qui vous veut du bien

Enfin garni de ses œuvres, le Musée cantonal des beaux-arts n'est plus ce mur gris qui coupe Lausanne en deux. Visite très subjective et positive avant le week-end inaugural, les 5 et 6 octobre.

par
lematin.ch
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Construit à la place de la Gare 16, le nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA) compte 3200m2 de surface d'exposition, soit trois fois plus qu'auparavant.

Construit à la place de la Gare 16, le nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA) compte 3200m2 de surface d'exposition, soit trois fois plus qu'auparavant.

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Sa salle la plus spacieuse fait 700m2. L'exposition inaugurale «Atlas. Cartographie du don» ouvrira le 5 octobre 2019.

Sa salle la plus spacieuse fait 700m2. L'exposition inaugurale «Atlas. Cartographie du don» ouvrira le 5 octobre 2019.

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On y trouve notamment des œuvres de Jean Dubuffet.

On y trouve notamment des œuvres de Jean Dubuffet.

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Mardi, c'est en voisin un peu ronchon, que je suis allé à la conférence de presse de l'ouverture du nouveau bâtiment abritant le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. Habitant sous-gare, à quelques dizaines de mètres à vol d'oiseau, j'assiste depuis 2016 à la construction de ce quartier des arts appelé Plateforme 10, dont on inaugure ce week-end seulement la première phase. Souvent, en rentrant chez moi, j'ai pesté contre la sortie de terre de cet immense bloc qui, depuis le sud des voies, semble couper la ville en deux tel un mur triste et gris. J'ai regretté l'absence d'une grande baie vitrée ouverte sur le panorama lacustre. Aussi, je ne voyais pas l'intérêt de découvrir d'autres murs gris d'un bâtiment vide lors de la journée portes ouvertes il y a six mois.

Voir le musée occupé, c'est autre autre chose. Mais je n'imaginais pas être séduit. Ce matin, à mesure que je m'approchais du monstre, des contours plus fins se dessinaient. En réalité, il n'est pas fait de béton mais de briques, posées une à une à la main. Le bâtiment côtoie les rails, ce qui lui donne un petit côté «Tate Modern» bienvenu. Son hall d'entrée bénéficie d'une belle clarté. Et on peut même voir le lac depuis le dernier étage. À l'intérieur des 3200 m2 de surface d'exposition aux murs blanc cassé, du lourd: Rodin, Soulages, Hodler, Klee, Balthus, Penone ou bien sûr Vallotton. Ces maîtres ont droit à de la place, beaucoup de place.

Best of des œuvres du musée

Pour son exposition inaugurale, le MCBA – ça y est, conquis, je l'appelle maintenant par son petit nom – nous réserve un véritable best of. Ne vous fiez pas à son titre pompeux, «Atlas. Cartographie du don». Cette sélection de 349 œuvres extrêmement variées, basée uniquement sur des dons, est un surprenant dialogue entre moderne et ancien. Chacun y trouve son compte, qu'on soit amateur de tapisserie, d'installation, de peinture ou de bronze.

Enfin, un musée d'envergure ne serait pas tout à fait le même sans son café-restaurant. Au rez, Le Nabi – dont le nom vient d'un groupe de peintres que Félix Vallotton a fréquenté – est géré par Delphine Veuillon (La folie Voltaire) et Johans Valdivia. Sa carte suit les saisons en s'adaptant aux récoltes de producteurs locaux. On se lèche les babines. Mais il faudra attendre le mardi 8 octobre, jour de son ouverture, pour la découvrir.

Crocodile de 7 tonnes

À la sortie du musée, je découvre alors «La Crocodile», dévoilée aujourd'hui à 13h. Il s'agit d'une sculpture en aluminium peinte en vert inspirée de la mythique locomotive éponyme. N'en déplaise à ses deux créateurs, Xavier Veilhan et Olivier Mosset, on imagine déjà des gamins tentant de grimper sur cet animal de 7 tonnes. Car c'est de la vie qu'il faut désormais à ce lieu. Du monde dans ses arcades, en face, qui seront réhabilitées en février 2020. Et en 2021, des nouveaux visiteurs au Musée de l'Elysée et au Mudac, juste un peu plus loin.

Désormais, en regardant depuis mes fenêtres le MCBA et le reste des travaux, je ne verrai plus du gris et des grues. Je me rappellerai les reflets du Léman de Bocion, du sourire du «Retour du bûcheron» de Frédéric Rouge ou de l'immensité de «La fuite de Charles le Téméraire» d'Eugène Burnand. J'imaginerai la photographie côtoyer le design, le portrait du Che de René Burri voisin des sneakers et des figurines Playmobil. Et j'avoue: je vais vraiment apprécier la fin du bruit des machines de chantier.

Laurent Flückiger

Week-end d'inauguration du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, les 5 et 6 octobre. Gratuit. Dès le 8 octobre, l’exposition «Atlas. Cartographie du don», toujours gratuite. Infos: mcba.ch

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