Publié

Développement personnelUn philosophe en guise de psychothérapeute

Un ancien prof lance des consultations philosophiques en Suisse romande. Pour dialoguer et avancer dans sa vie. «Le Matin» a testé.

par
Pascale Bieri
Andree-Noelle Pot

Jean-Eudes Arnoux n'est pas un psy comme les autres. D'ailleurs, ce n'est pas un psychologue, mais un philosophe… Il propose, depuis peu, des consultations pour vous aider à y voir un peu plus clair dans votre vie. Pas de divan dans son cabinet de Pully (VD), mais une banale chaise posée dans un coin pour discuter, à bâtons rompus et en toute confidentialité, de problèmes personnels ou plus existentiels, sous l'influence discrète de Socrate, Epicure ou Hegel.

La séance commence. Abordons le thème du temps, par exemple. Est-on vraiment condamné à aller toujours plus vite, à courir derrière les secondes, les rendez-vous, le bus, le train? Quitte à se perdre? Eternelle question qui se noie fréquemment dans les antidépresseurs. Mais qui, n'est-ce pas, Monsieur le philosophe, peut également s'ouvrir sur d'autres questionnements: notre propre perception du temps, notre liberté d'agir ou non, notre courage à se prendre en main… «J'aborde les problèmes comme faisant partie de l'existence. Et l'existence, n'est pas une maladie! Nous sommes tous confrontés à des angoisses, des difficultés. J'aide les gens à trouver eux-mêmes leur solution. Mais je n'ai pas de recettes toutes faites à proposer. Je ne suis ni un gourou, ni un thérapeute», explique Jean-Eudes Arnoux. Qui se définit comme un philoconsultant.

On souffre du manque d'écoute

Alors, ce temps qui nous échappe? Durant l'entretien, l'homme féru de philosophie s'installe dans le rôle du débatteur, vous porte dans l'échange, égrène les pistes de réflexion sur l'espace-temps, la possibilité de repenser ses loisirs – «On les aborde trop souvent comme le travail, où il s'agit de produire, produire et encore produire…» Il évoque des entreprises aux Etats-Unis qui font le choix de stopper leur course vers la croissance pour conserver des conditions de travail agréable – «des utopistes aujourd'hui, mais demain?» Il souligne notre responsabilité: «Finalement, n'a-t-on pas tous le choix de se dire, quand on est à bout: est-ce que ça vaut la peine de mettre ma vie en péril?»

L'échange va dans tous les sens, mais, finalement, débroussaille les idées, ouvre d'autres voies de pensées. Comme toute discussion, finalement. «Les gens souffrent de plus en plus du manque d'écoute. Ils ont un vrai besoin de dialogue qu'ils ne trouvent plus.»

D'où l'apparition de ce nouveau type de consultation. Car si cet ancien doyen d'un établissement gymnasial fait office de précurseur en Suisse romande, des praticiens exercent déjà en Suisse alémanique. Quant aux premiers cabinets, ils ont vu le jour en Allemagne en 1980, puis sont apparus aux Etats-Unis, au Canada, en France. Les Universités de Milan et de Venise décernent même des masters en consultations philosophiques.

«En moyenne, les gens viennent consulter six ou sept fois pour un problème», relève Jean-Eudes Arnoux, qui vient de sortir un livre où il raconte sa pratique. Et, quand les gens le souhaitent, il leur donne les références philosophiques qui ont contribué à la discussion.

Ton opinion