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NeuchâtelUn photographe animalier se prend de bec avec les chasseurs

Les écrits du militant Alain Prêtre lui ont valu une plainte suivie d’une perquisition. «Je suis un homme à abattre, pas un homme abattu», dit-il.

par
Vincent Donzé
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Alain Prêtre aime la neige.

Alain Prêtre aime la neige.

DR/Alain Prêtre
Le photographe animalier à l’affût.

Le photographe animalier à l’affût.

DR
Son combat a un nom: biodiversité.

Son combat a un nom: biodiversité.

DR/Alain Prêtre

Chasseur d’images naturelles, le journaliste et militant neuchâtelois Alain Prêtre a la gouaille facile et le verbe haut. «Je suis un homme à abattre, pas un homme abattu», aime-t-il répéter. Ses diatribes contre les chasseurs lui ont valu une plainte pour diffamation avec pour conséquence, une perquisition ponctuée par la saisie de son ordinateur.

Ses coups de gueule, Alain Prêtre les pousse sur Facebook, quand il n’envoie pas des e-mails. Le photographe animalier pousse-t-il le bouchon un peu loin? «L’avocat qui a relu mes textes n’a rien trouvé de diffamatoire, mais si un procureur veut tuer mon chien, il dira qu’il a la rage», réagit Alain Prêtre.

La plainte pour injure, diffamation et calomnie émane de la Fédération des chasseurs neuchâtelois, suite aux propos tenus pendant la campagne sur la révision de la loi sur la chasse. «Cette fois, c’est moi que les chasseurs mettent en joue», a affirmé le photographe à «ArcInfo», le média issu de «L’Impartial» et «L’Express», deux journaux pour lesquels il a collaboré.

Textes publiés

La perquisition ordonnée à son domicile chaux-de-fonnier par le procureur Nicolas Feuz, Alain Prêtre la juge disproportionnée: «On va me prendre pour un pédophile!» tonne le photographe qui n’avance pas masqué. «Mes textes ont été publiés: il n’y a rien d’autre à chercher sur mon ordinateur, sinon 20 000 photos animalières», assure le militant qui s’est opposé à la saisie de son smartphone et de l’ordinateur de sa compagne.

Privé de son ordinateur pendant cinq jours, Alain Prêtre a dû se déplacer pour le récupérer. Les posts incriminés sont toujours visibles sur sa page Facebook. «J’ai écrit que les chasseurs sont des tueurs. On pourrait même parler de meurtre avec préméditation», a-t-il répété à «ArcInfo». De son propre aveu, il mène son combat pour la sauvegarde de la diversité «de manière assez virulente».

Allain Bougrain-Dubourg

Connu comme le loup blanc, Alain Prêtre peut compter sur le soutien de Brigitte Bardot et celui d’Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue française pour la protection des oiseaux. Son comité de soutien est parrainé par Dominique Bourg, philosophe et professeur honoraire à l’Université de Lausanne, ex-directeur de la Fondation Nicolas Hulot et fondateur du mouvement «Urgence Écologie».

«Vous êtes plus de 1200 à m’avoir déjà accordé votre soutien dans le cadre de la plainte pour diffamation déposée contre moi par la Fédération de chasse du canton de Neuchâtel», s’est réjoui Alain Prêtre sur son profil Facebook.

Mercredi matin, le photographe était en affût dans la neige, guidé par le rut du bouquetin. «Je suis chasseur d’images pour le gibier à poils, à plumes et… en minijupe», rigole le militant natif de la vallée sauvage du Dessoubre, en Franche-Comté (F). Avant midi, le brouillard l’a renvoyé dans sa voiture, d’où il a conversé: «Je ne suis pas parano: j’ai proposé aux chasseurs un débat public qui m’a été refusé. Les arguments scientifiques sont visiblement de mon côté», assure Alain Prêtre.

Délit d’entrave

Des altercations, Alain Prêtre n’en a guère connu sur le terrain. Sauf une fois, à La Brévine: «Je montais en forêt quand j’ai entendu un bruit que j’ai attribué à des sangliers. Las! C’était des chasseurs qui m’ont reproché de détruire leur chasse. Un comble: s’il existe une entrave à la chasse, il doit exister un délit d’entrave à la promenade!» tonne le militant.

À Noiraigue, près de la réserve du Creux-du-Van, son amie Tomi Tomek a mis de l’eau dans son vin, après avoir partagé sur Facebook l’idée qu’«un chasseur qui dit aimer la nature est comme un violeur qui prétend aimer sa victime».

«Je fais attention à ce que je dis, maintenant. On doit avoir un contact positif avec certains chasseurs», glisse la militante fondatrice de «SOS Chats». «On ne peut pas toujours réagir spontanément, mieux vaut parfois chercher le dialogue», recommande-t-elle. Avec cette conclusion: «Les procès sont stressants et changent rarement les comportements». S’il est condamné, Alain Prêtre promet déjà de faire appel: «Je suis comme un fox-terrier: quand je mords, je ne lâche plus», promet-il.

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67 commentaires
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choucas-star

04.12.2020 à 15:44

Pourquoi les chasseurs nous parlent toujours de régulation indispensable, alors qu'ils se battent becs et ongles contre le retour des grands prédateurs qui sont justement de formidables régulateurs?

Choucas-star

04.12.2020 à 14:41

Courage Mr Prêtre !! Comme le montrent tous ces messages vous n’êtes pas seul. N’hésitez pas à nous demander de l’aide si vous en avez besoins. Vous pouvez compter sur nous !!

DOrido

03.12.2020 à 10:41

Bravo,bravo,bravo !