Tribunal pénal fédéral: Un criminel de guerre présumé du Liberia comparaît à Bellinzone
Actualisé

Tribunal pénal fédéralUn criminel de guerre présumé du Liberia comparaît à Bellinzone

Le procès d’un ancien commandant rebelle libérien s’est ouvert jeudi en Suisse devant le Tribunal pénal fédéral. Le quadragénaire répond notamment du meurtre de civils et de soldats désarmés.

C’est la première fois qu’un criminel de guerre présumé passe devant une instance non militaire en Suisse.

C’est la première fois qu’un criminel de guerre présumé passe devant une instance non militaire en Suisse.

AFP

Un ex-commandant rebelle libérien est jugé depuis jeudi au Tribunal pénal fédéral. Alieu K. est accusé d’avoir commis des crimes de guerre pendant le premier conflit civil qui a ravagé son pays entre 1989 et 1996.

Alieu K., 45 ans aujourd’hui, s’est présenté devant la Cour des affaires pénales en compagnie de son avocat d’office, Me Dimitri Gianoli. L’accusé est détenu depuis novembre 2014 après son arrestation. Il est actuellement retenu à la prison régionale de Berne.

Interrogé par le président Jean-Luc Bacher, l’accusé a souligné qu’il était en prison «depuis six ans et un mois». Il est ressorti des premiers échanges qu’il conteste tous les faits qui lui sont reprochés. En fin de matinée, il a fait une déclaration indignée en liberian english, concluant par «pitoyable».

Demande de récusation

Lors des questions préjudicielles, Me Gianoli a demandé la récusation de Me Alain Werner qui représente quatre parties plaignantes. Pour le défenseur d’Alieu K., il y a clairement conflit d’intérêts entre le mandat assumé par son confrère et sa fonction de directeur de Civitas Maxima. Cette ONG a joué un rôle essentiel dans la procédure menée contre l’ancien commandant libérien.

Selon Me Gianoli, Alain Werner a «ciblé» Alieu K. lorsqu’il a su que celui-ci résidait en Suisse. Il serait aussi intervenu dans la procédure, dissuadant notamment un témoin de la défense de s’exprimer. L’intervention de Civitas Maxima dans le cadre d’autres enquêtes montre qu’il s’agit là, selon le défenseur, du «fonds de commerce» de l’ONG.

Le procureur général Andreas Müller a relevé que cette situation est connue depuis des années. De son côté, Me Werner a estimé que tous les faits mentionnés étaient faux. Il a rappelé également qu’il était inscrit au barreau de Genève en tant qu’avocat d’une organisation reconnue d’utilité publique, comme le prévoit la loi sur la profession d’avocat, ce qui limite son activité aux causes défendues par Civitas Maxima.

Report ou vidéo

Auparavant, Me Alain Werner a plaidé pour le report des débats – afin que ses clients puissent être présents – ou au moins la diffusion par vidéo de l’audition d’Alieu K. au Liberia. Selon lui, la scission en deux parties de l’audition des plaignants porte à ces derniers un tort considérable.

Les autres représentants des parties civiles se sont ralliés largement à ces conclusions. Le Procureur fédéral Andreas Müller a reconnu que la présence des plaignants aurait été préférable et qu’ils pourraient subir un préjudice. Il a également souhaité qu’un enregistrement audiovidéo de l’accusé soit effectué à leur intention.

Me Raphaël Jacob, avocat d’une plaignante, a plaidé en faveur d’une qualification de crimes contre l’humanité, au sens du nouveau droit pénal. La cour répondra lorsque toutes les questions préjudicielles auront été présentées.

Le Libérien répond du meurtre de civils et de soldats désarmés, commis par lui-même ou les hommes qu’il avait sous ses ordres. Il est accusé aussi d’avoir violé une femme et d’avoir profané le corps d’un civil en mangeant son coeur.

Alors qu’il commandait un groupe de la faction armée ULIMO (United Liberation Movement of Liberia), l’accusé aurait forcé des civils à transporter des marchandises dans des conditions inhumaines. Durant ces trajets, des porteurs auraient été exécutés ou battus.

(AFP/NXP)

Votre opinion