Turquie : Un procureur contre le principal parti prokurde
Publié

Turquie Un procureur contre le principal parti prokurde

Un procureur turc a saisi mercredi la plus haute cour pour réclamer l’interdiction du principal parti prokurde, l’accusant d’activités «terroristes».

Mithat Sancar (à gauche) et Pervin Buldan (à droite), coprésidents du Parti démocratique des peuples (HDP), assistent à une conférence de presse à Istanbul, le 5 mars 2021.

Mithat Sancar (à gauche) et Pervin Buldan (à droite), coprésidents du Parti démocratique des peuples (HDP), assistent à une conférence de presse à Istanbul, le 5 mars 2021.

AFP

Un procureur turc a saisi mercredi la Cour constitutionnelle pour réclamer l’interdiction du principal parti prokurde de Turquie, qu’il accuse d’activités «terroristes», a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu.

Selon Anadolu, le procureur en question a envoyé un acte d’accusation à la haute cour demandant l’ouverture d’un procès pour interdire le Parti démocratique des peuples (HDP), troisième formation politique du pays régulièrement vilipendée par le président Recep Tayyip Erdogan.

Dans son acte d’accusation, le procureur estime que «les membres du HDP s’efforcent, par leurs déclarations et leurs actes, de détruire l’union indivisible entre l’Etat et la nation», d’après Anadolu.

La Cour constitutionnelle doit encore accepter cet acte d’accusation pour que la date d’un procès soit fixée.

Victime de persécution

Cette annonce intervient après plusieurs semaine d’attaques verbales croissantes contre le HDP de la part de Recep Tayyip Erdogan et de son partenaire de coalition informelle, le Parti d’action nationaliste (MHP, extrême droite).

Le chef de l’Etat accuse le HDP d’être la «vitrine politique» du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe qui mène une sanglante guérilla en Turquie et est qualifié de «terroriste» par Ankara et ses alliés occidentaux.

Les critiques contre le HDP ont redoublé d’intensité après une intervention militaire turque avortée visant à secourir 13 otages aux mains du PKK en Irak, qui s’est soldée par la mort de tous les prisonniers mi-février. La demande de fermeture du HDP intervient par ailleurs quelques heures après que le Parlement turc eut déchu de son mandat un député de cette formation, Faruk Gergerlioglu.

Le HDP, qui rejette fermement les accusations d’«activités terroristes», se dit victime de persécution en raison de son opposition à Recep Tayyip Erdogan. Deuxième formation d’opposition la plus représentée au Parlement, le HDP fait l’objet d’une répression implacable depuis 2016, année où son charismatique chef de file, Selahattin Demirtas, a été emprisonné.

Depuis 2016, plusieurs centaines de ses membres ont été arrêtés et des dizaines de ses maires élus dans le sud-est majoritairement kurde de la Turquie ont été remplacés par des administrateurs nommés par le gouvernement.

Une interdiction du parti prokurde «saperait» la démocratie, prévient Washington

Dans un communiqué, le département d’État américain a dit «surveiller le lancement d’efforts pour dissoudre le Parti démocratique des peuples (HDP), une décision qui subvertirait de manière indue la volonté des électeurs turcs, saperait encore davantage la démocratie en Turquie, et priverait des millions de citoyens turcs de leurs représentants élus».

«Nous appelons le gouvernement turc à respecter la liberté d’expression conformément aux protections garanties par la Constitution turque et aux engagements internationaux de la Turquie», a insisté le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price.

(AFP)

Votre opinion