22.11.2020 à 16:19

Actes d’ordre sexuel et contrainteUn rebouteux vaudois accusé d’avoir piégé des jeunes garçons

Un ancien soigneur de l’équipe suisse de hockey aurait prodigué des attouchements graves sur des jeunes, certains mineurs, et parfois obtenu leurs faveurs. Il sera jugé à Vevey (VD).

par
Evelyne Emeri
Le masseur rebouteux comparaîtra libre à son procès qui débute ce jeudi 26 novembre 2020, à Vevey (VD)

Le masseur rebouteux comparaîtra libre à son procès qui débute ce jeudi 26 novembre 2020, à Vevey (VD)

KEYSTONE

Âgé de 67 ans, Jean-Pierre* exerce sa profession de masseur rebouteux depuis 46 ans dans le Chablais vaudois. Après une formation de masseur et de physiothérapeute, il a été soigneur au sein d’une équipe de football locale ainsi qu’au sein de l’équipe suisse de hockey. Il est à son compte depuis une vingtaine d’années. Son cabinet de massages de santé et de sport se trouve à son domicile.

Gâteries contre rémunération

Les faits qui lui sont reprochés sont graves: contrainte sexuelle, actes d’ordre sexuel avec des enfants (et tentative), actes d’ordre sexuel avec des mineurs contre rémunération, actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance, subsidiairement avec des personnes dépendantes, désagréments causés par la confrontation à un acte d’ordre sexuel, pornographie (et tentative). Dès le jeudi 26 novembre et pour deux jours, l’accusé répondra de cette longue liste d’infractions pénales devant le Tribunal correctionnel de Vevey (VD).

De la cheville foulée…

Trois jeunes ont été piégés par le sexagénaire entre septembre 2018 et août 2019, selon l’acte d’accusation de la procureure Myriam Bourquin. Profitant de sa position et de son métier, il proposait visiblement des séances de massages gratuites à des jeunes hommes pour les attirer chez lui. Ainsi, en septembre 2018, le premier plaignant, 17 ans, prétend s’être rendu chez cet homme, alors qu’à plusieurs reprises il aurait décliné de précédentes invitations. Ils se connaissaient par personnes interposées. Le jeune dit être tombé et avoir mal à sa cheville gauche, raison de sa venue.

… à la masturbation

Jean-Pierre aurait alors préparé sa table de massage dans la pièce où se trouve une télévision. Un film pornographique y était diffusé, affirme la victime. Le rebouteux lui aurait massé sa cheville douloureuse, avant de lui enlever son slip pour lui masser l’aine, de commencer à lui parler de sexe, de tenir des propos obscènes jusqu’à entreprendre de le masturber. Face aux protestations de son «patient» incapable de réagir tout de suite, le prévenu aurait finalement cessé. L’accusé lui aurait demandé de payer 50 francs pour ce massage gratuit dont il ne s’acquittera pas.

Du café…

Le deuxième cas aurait débuté en pleine rue. Nous sommes en janvier 2019, le masseur aurait croisé un jeune garçon de 18 ans près de son domicile en train de promener un chien. Très vite, il lui aurait proposé de venir boire un café à son cabinet, donc chez lui. Le plaignant concède avoir accepté par politesse. Il affirme voir cet individu pour la première fois, mais qu’en revanche le masseur a l’air de connaître son environnement familial. Malgré le refus de l’invité, le rebouteux aurait mis un DVD pornographique puis proposé à trois reprises de le masser. C’est un «non» à chaque fois. Très gênée, la victime se souvient qu’ensuite, l’accusé a tenu des propos obscènes notamment sur son pénis.

… à la demande de fellation

Interdit et choqué, ce deuxième plaignant raconte que Jean-Pierre lui aurait subitement massé la cuisse remontant jusqu’à ses parties intimes et tentant de le masturber. Le jeune homme l’aurait repoussé plusieurs fois. Le calvaire n’est pas terminé. Le prédateur présumé, lors d’une ultime tentative, aurait réussi à passer sa main à l’intérieur du pantalon et du caleçon de sa proie pour le caresser et lui aurait demandé de lui faire une fellation. Il s’y opposera et finira par parvenir à filer.

Du chocolat…

En août 2019, c’est à la montagne en Valais, qu’un adolescent de 14 ans aurait été interpellé par le rebouteux alors en villégiature dans le chalet d’en face. Ils se connaissent de vue. La stratégie est identique au dire de cette troisième victime. Jean-Pierre lui aurait proposé du chocolat et un thé sur sa terrasse, ce qu’il accepte. Le prévenu savait qu’il avait moins de 16 ans, il n’aurait pourtant pas hésité à lui parler de son sexe très rapidement et lui aurait caressé l’entrejambe tout en lui proposant de visionner un film pornographique.

… aux attouchements

L’accusé aurait alors touché les parties du garçon tout en se masturbant et en l’embrassant dans le cou. Il lui aurait aussi offert 20 francs pour se faire caresser. Ce que l’ado a accepté, admet-il, puis se serait encore masturbé à la demande du suspect. Il aurait en revanche refusé la fellation à nouveau proposée à plusieurs reprises par Jean-Pierre. Deux jours plus tard, le jeune garçon, attiré «comme un aimant», concède être retourné de lui-même à la porte du prévenu. Ils se seraient à nouveau installés devant la télévision pendant trois heures durant lesquelles le masseur se serait masturbé et aurait tenté sans discontinuer des attouchements sur son jeune hôte.

Il comparaîtra libre

Le masseur rebouteux comparaîtra libre à son procès. Il a été incarcéré du 12 août 2019 au 30 juin 2020. Il a été relaxé à la faveur de mesures de substitution. Soit une obligation de traitement psychothérapeutique; une interdiction de s’approcher des trois plaignants et de jeunes de moins de 18 ans; et une interdiction d’exercer sa profession. En outre, une expertise psychiatrique a été ordonnée.

*Prénom d’emprunt

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