Actualisé

Interview«Un refus serait la porte ouverte à une retraite à 67 ans pour tous»

L'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss sort du bois pour soutenir une réforme de la prévoyance vieillesse qu'elle juge favorable aux femmes, malgré la hausse de l'âge de la retraite à 65 ans.

par
Philippe Castella
Ruth Dreifuss estime que la réforme est un paquet équilibré qu'il vaut mieux accepter, pour ne pas perdre davantage plus tard.

Ruth Dreifuss estime que la réforme est un paquet équilibré qu'il vaut mieux accepter, pour ne pas perdre davantage plus tard.

Sébastien Anex

Il y a près d'un quart de siècle, ce sont les milliers de femmes manifestant sur la place Fédérale qui vous ont portée au Conseil fédéral et, aujourd'hui, vous leur demandez d'accepter de travailler un an de plus…

J'ai déjà eu l'occasion de défendre, dans les années 1990, la 10e révision de l'AVS, qui a fait passer l'âge de la retraite des femmes de 62 à 64 ans. Je l'avais soutenue parce que l'ensemble de la réforme apportait aux femmes la satisfaction de vieilles revendications, celles de bénéficier d'une rente autonome et de voir reconnaître les tâches éducatives. J'ai partagé la colère de nombreuses femmes quant au fait qu'on leur faisait payer ces progrès, immédiatement, par l'augmentation de l'âge de la retraite. Mais je connais la nécessité de trouver un équilibre entre avantages et désavantages dans une telle réforme. Là, ça fait vingt-deux ans que le système est bloqué et il vient de se débloquer, au forcing, au Parlement. Si, pour beaucoup de femmes, l'augmentation de l'âge de la retraite est une déception, elle ne justifie pas de rejeter ce paquet équilibré qui leur offre de nombreuses compensations.

Vous êtes une icône du féminisme en Suisse. Ne craignez-vous pas là de décevoir ainsi nombre de femmes qui vous admirent ?

J'espère que non. Il y a effectivement toute une série de discriminations ou de difficultés qui continuent à peser sur les épaules des femmes. La question est avant tout tactique, de savoir ce qu'on peut mettre dans la balance et quelle bataille peut être gagnée à quel moment. Et mettre en balance un paquet réussi de prévoyance vieillesse avec ces autres questions est une voie sans issue. Mon féminisme consiste à se battre sur tous les fronts. Mais, en rejetant cette réforme, on ne fera pas avancer la marche vers l'égalité des salaires ou la création de crèches.

Pour en savoir plus, consultez le site du Matin Dimanche, www.lematindimanche.ch, sur votre ordinateur personnel, votre tablette ou votre smartphone. L'application Le Matin Dimanche est toujours disponible sur iPad.

Ton opinion