Cyclisme: Un Suisse a créé une équipe au Québec

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CyclismeUn Suisse a créé une équipe au Québec

Ancien coureur, Daniele Oppizzi s'occupe de jeunes talents des Laurentides dont son fils Matteo promis à un bel avenir.

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Sport-Center/C.Ma.
Daniele Oppizzi a mis sur pied une équipe de jeunes talents motivés.

Daniele Oppizzi a mis sur pied une équipe de jeunes talents motivés.

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Les panneaux photovoltaïques mènent à tout! Jusqu'à faire, un jour, son baluchon pour aller se construire une cabane au Canada. C'est une image, bien sûr. Mais force est d'admettre que cette énergie qu'il a aussi en lui a toujours motivé et fasciné Daniele Oppizzi, ancien dessinateur en bâtiment, lequel réchauffe aujourd'hui de cette manière le coeur de milliers de Québécois. Ce Tessinois, né il y a 54 ans à Lugano, passé par Fribourg, Marly et Neuchâtel, vit dans la Belle Province depuis 2014 où il a créé son entreprise d'énergie solaire pour les maisons américaines, en s'appuyant sur ses études en biologie.

Baigné depuis son adolescence dans le milieu de la petite reine, cet ancien coureur élite a également mis sur pied une équipe cycliste «différente» du peloton professionnel qui recrute des jeunes les plus prometteurs des Laurentides ayant envie de préparer sereinement une carrière sur une selle, que ce soit sur un VTT, un vélo de route et surtout dans la boue sur une bécane de cyclocross. Les coaches de cette formation vont surtout s'efforcer de donner à leurs élèves une image attractive de ce sport sans pour autant pousser à n'importe quel prix un athlète en compétition.

«A 14 ans, j'avais été sélectionné pour le test du kilomètre avec d'autres talents de l'équipe nationale», se souvient Daniele Oppizzi qui a désormais transmis le «virus» à son fiston, Matteo, même si les débuts du gamin ont été difficile. «Quand il avait six ans il fallait toujours le tirer pour venir rouler dans les bois avec moi, raconte le père. Il avait peur et se décourageait très vite parce qu'il n'arrivait pas à me suivre». Dix ans plus tard, dans le Mont Tremblant, au Nord-Ouest de Montréal, c'est lui, Daniele, qui ne voit plus que la roue arrière de son vélo! «Il doit freiner pour m'attendre», avoue le quinquagénaire, fier des progrès de son protégé, 18 ans, qui fait évidemment partie de son équipe Cannondale Iland.

Un cyclisme différent

«Ici, le cyclisme est très différent de l'Europe, raconte le Luganais. La configuration du pays fait que les pistes, très techniques, sont surtout conçues pour le cyclocross. Avec Matteo, on travaille à l'européenne dans des conditions nord-américaines afin qu'il préserve tout son potentiel. J'ai toujours adapté son entraînement pour que ce soit le naturel qui prenne le dessus, qu'il ne se brûle pas trop jeune en cherchait à tout prix à gagner et qu'il arrête, épuisé à 18-19 ans.» Le bac en poche, la tête a commandé ses jambes. Il a la socquette légère.

La pandémie mondiale du Covid ayant mis des bâtons dans les roues de nombreux organisateurs de courses de VTT, son équipe a connu un gros coup de frein dans sa progression. «Mais la chance, pour Matteo, c'est qu'avec ce confinement, il a pu laisser tomber son vélo de montagne pour se consacrer uniquement au cyclocross où il a bien pu se préparer, seul, à raison de 4 à 5 heures tous les jours.» Champion québécois et canadien de cyclocross, ce grand espoir a trouvé sa voie dans cette discipline où il compte bien disputer les Mondiaux à la fin du mois de janvier 2021 à Ostende, en Belgique.

Il cherche une équipe pro en Europe...

Conscient que de nombreux champions sont passés par cette discipline spectaculaire, comme Pascal Richard ou Laurent Dufaux, le Tessinois parle d'une bonne école, d'un tremplin pour son rejeton très motivé à percer dans ce milieu. «Je lui cherche une équipe pro en Europe, précise Daniele Oppizzi qui a conservé de bonnes relations avec des directeurs sportifs en Suisse et en Belgique. Matteo va commencer par un ciccuit de trois semaines entre novembre et décembre en Belgique afin qu'il se fasse sélectionner par l'équipe nationale en vue des championnats du monde. Avec sa maturité et ses qualités, il devrait avoir sa place.»

Douze avant la pandémie...

C'est accompagné de son entraîneur, un ancien athlète de cyclocross, que Matteo va vivre cette expérience et poser ses valises dans cinq mois sur le Vieux continent. «Il pourra aussi compter sur ses grands-parents en Suisse», sourit le père, qui lui, restera à Pedmont avec le reste de son équipe. «Nous étions encore douze avant la pandémie et j'espère bien continuer de travailler avec ces coureurs de 14 à 18 ans sur leur habileté et l'intensité où le but sera de disputer des courses régionales de cyclocross afin de les accompagner gentiment vers l'âge adulte et des épreuves en Europe. Mais je le répète, en évitant de les griller.»

Dans un pays où le hockey est une religion, le cyclisme reste malgré tout bien coté au Québec à l'image de Michael Woods, troisième aux Mondiaux 2018, ou Hugo Houle (Astana) et Antoine Duchesne (FDJ). «A l'époque de Pascal Richard, il y avait Steve Bauer au Canada. Maintenant les stars sont plus connus dans le vélo de montagne ou en cyclocross», remarque cet ancien rouleur qui sort deux fois par semaine son vélo avec son futur champion. «Mais comme maintenant il va plus vite que moi, je me suis mis au VTT électrique pour continuer de m'amuser avec lui et, surtout, l'aider à le faire souffrir!» Avec une énergie toute solaire...

Christian Maillard

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