Publié

PollutionUn système lausannois détecte le mercure dans l'eau

Rejeté dans les eaux, le mercure s'accumule dans l'organisme des poissons et finit parfois dans notre assiette. Une équipe de chercheurs lausannois et américains ont trouvé comment détecter le polluant.

Le mercure peut s'infiltrer dans l'organisme des poissons.

Le mercure peut s'infiltrer dans l'organisme des poissons.

AFP

Des chercheurs lausannois et américains ont mis au point un système de détection simple et très précis de ce polluant, basé sur un velcro nanométrique.

Le procédé fait l'objet d'une publication dans le numéro de dimanche de «Nature Materials». Les équipes de Francesco Stellacci à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et Bartosz Grzybowski à la Northwestern University (près de Chicago) ont créé une languette de verre recouverte de nanoparticules «poilues» qui accrochent les métaux lourds dangereux, comme le mercure ou le cadmium.

Quand un ion comme le méthylmercure ou le ion cadmium se retrouve entre deux poils, ces derniers se referment et piègent le polluant. Un simple appareil de mesure du courant électrique révèle le résultat, car plus le nano-velcro capture de ions, plus il est conducteur.

Il suffit de mesurer le courant électrique à travers la structure pour déduire le dose de particules polluantes piégées.

Résultats très fiables

En jouant sur la longueur des nano-poils, les chercheurs peuvent cibler plus ou moins précisément un type de polluant. «Le procédé est empirique», précise Francesco Stellacci, professeur en matériaux à l'EPFL.

Coup de chance, le méthylmercure a des propriétés telles qu'il est très facile de le piéger sans attraper d'autres substances. Les résultats sont donc très fiables.

Cette technologie permet de contrôler facilement et à moindres coûts la concentration de métaux lourds dans l'eau et dans les poissons que nous consommons. Elle permet même de détecter le méthylmercure à des concentrations infimes, dites «attomolaires».

Accumulation dans la chair

Le mercure est dans le viseur des chercheurs car sa forme la plus courante, le méthylmercure, s'accumule le long de la chaîne alimentaire. C'est dans la chair des grands poissons prédateurs (thon ou espadon) qu'on en retrouve les plus grandes quantités.

Aux Etats-Unis, en France ou au Canada, les autorités conseillent aux femmes enceintes de limiter leur consommation de poisson. Chez le foetus, le mercure peut entraîner des troubles du développement du système nerveux.

Méthode bon marché

«Les moyens de contrôle actuels sont trop coûteux et complexes», explique Francesco Stellacci. Ils impliquent des analyses de laboratoire avec du matériel qui coûte plusieurs millions de francs.

La technique développée par les chercheurs lausannois et américains est très bon marché. La fabrication d'une languette coûte au plus six à douze francs. Le prix de l'appareil de mesure n'excède pas quelques milliers de francs. L'analyse peut être effectuée sur le terrain et les résultats sont immédiatement disponibles. Note aux rédactions.

(ats)

Ton opinion