Hockey sur glace - Un ultime frisson dans la Valascia
Publié

Hockey sur glaceUn ultime frisson dans la Valascia

Face à Fribourg, Ambri-Piotta a disputé – et perdu – une dernière rencontre dans une Valascia tristement vide (2-3). Cette mythique enceinte méritait mieux.

par
Grégory Beaud
La patinoire de la Valascia va céder sa place à une enceinte plus récente dès la saison prochaine.

La patinoire de la Valascia va céder sa place à une enceinte plus récente dès la saison prochaine.

freshfocus

Il y avait comme une ambiance d’enterrement devant la vétuste patinoire posée au pied des montagnes de la Léventine. Personne n’avait vraiment envie d’être là. Mais en même temps, tout le monde est venu rendre un dernier hommage au (futur) disparu. Les gens ne se demandent pas comment ils vont. Tout le monde sait. Pas très bien. Le coeur n’y est pas vraiment en ce lundi après-midi. Alors que le match se déroule à huis clos - coronavirus oblige, ils sont nombreux à avoir effectué le pèlerinage du village qui vibre encore plus que d’habitude aux couleurs de son HCAP. Chaque bâtiment ou presque arbore fièrement un maillot ou un drapeau biancoblù.

Michela Locatelli/freshfocus

A quelques pas de la patinoire, un groupe d’amis a décidé d’improviser une grillade. «Nous avons presque tous joué dans les mouvements juniors d’Ambri-Piotta, nous raconte Joas, l’un des grilleurs. En même temps, lorsque tu es gamin ici, as-tu un autre choix? Soit tu vas marcher en montagne, soit tu fais du hockey (rires).»

Depuis le jardin, la vue est imprenable sur le béton défraîchi de la Valascia. Les sourires sont forcément présents. En cette période de pandémie, rares sont les occasions de se rencontrer. Autant en profiter malgré le contexte. «Il paraît qu’on aura le droit d’aller prendre une dernière photo avant ou après le match, justifie-t-il. Mais c’est surtout l’occasion de revoir les amis et de parler des bons moments vécus ici.» L’un d’entre eux fête son anniversaire. L’occasion, aussi, de ne pas penser qu’à cette triste issue qui approche.

Patinoire sans nom

À 500 mètres du jardin et des ribs en train de crépiter sur le grill, la nouvelle patinoire se construit rapidement. Comme pour narguer encore davantage son aînée en désuétude. Le béton a déjà coulé à flots, place aux finitions. Coincée entre l’autoroute et l’aérodrome, elle n’empiète pas sur le couloir d’avalanche qui a forcé la démolition de la Valascia.

Imaginée par le célèbre Mario Botta, cette nouvelle enceinte tranche forcément avec le romantisme de son ancêtre. L’arène n’a pas encore de nom. Cela tombe bien, personne n’a vraiment envie d’en parler. On se contente de la pointer d’un menton désapprobateur. «Là-bas, ce sera le business, poursuit notre interlocuteur. C'est normal, si on ne franchissait pas cette étape, le club n’aurait pas pu pas survivre. Dans deux ans, cela aurait été fini.» Comme pour légitimer ce crève-coeur de perdre la Valascia. À deux doigts de nous sortir de lieux communs dignes des enterrements. «De toute façon, elle était condamnée. C’est mieux ainsi.»

Plusieurs groupes avaient organisé des grillades.

Plusieurs groupes avaient organisé des grillades.

Michela Locatelli/freshfocus

Et, en un sens, c’est vrai. C’est probablement mieux ainsi. Mais en ce lundi après-midi, ce n’est pas le thème. La bande d’amis se rendra-t-elle dans cette nouvelle enceinte? «Franchement? Je ne sais que vous dire, se questionne ouvertement Joas. Peut-être, oui. Mais je suis conscient que ce ne sera plus pareil là-bas.»

Les chants des tifosi

À quelques minutes du coup d’envoi, les chants des supporters d’Ambri emplissent la Valascia. Sur le parking adjacent, ils sont nombreux à «faire comme si». Ils boivent, ils chantent, ils s’amusent. Comme s'ils étaient dans les gradins en somme. Les buts de Perlini et Trisconi tombent et la réaction, elle, se fait attendre durant deux secondes irréelles durant lesquelles l’information parvient jusqu’aux tifosi. Génial et fou à la fois.

Les spectateurs ont pu apercevoir des bribes de match depuis l’extérieur de la patinoire.

Les spectateurs ont pu apercevoir des bribes de match depuis l’extérieur de la patinoire.

Michela Locatelli/freshfocus

Ce dernier match s’est déroulé par une température printanière. Même si la météo n’avait rien de glacial comme si souvent dans ce coin de pays, il y avait de quoi frissonner autour de la piste de glace par cette atmosphère hors du temps. La patinoire tessinoise est la dernière arène d’une autre époque. Il y a bien sûr les Vernets qui demeurent indéboulonnables, mais aucun autre Arena qu’elle soit Vaudoise, Tissot, BCF ou Bossard n’a ce charme anachronique de la Valascia.

Le 2-3 de Nathan Marchon a mis un terme à cette belle histoire entre le hockey suisse et la Valascia. La Montanara a résonné une dernière fois depuis l’extérieur de la patinoire malgré la défaite. La communion entre l’équipe et ses supporters s’est faite à travers les barreaux d’une grille. Amassés sur les escaliers extérieurs, les fans ont continué de réciter le répertoire des chansons à la gloire du club durant plus d’une heure.

Michela Locatelli/freshfocus

Bien sûr, Ambri-Piotta n’aurait pas souhaité terminer cette saison à l’une des deux dernières places et encore moins sur une défaite. Mais avec des moyens très limités, y avait-il vraiment mieux à espérer? Ce onzième rang tombe comme la confirmation que la Valascia n’était plus suffisante pour espérer quoi que ce soit d’autre dans ce coin de pays. Que sans des moyens financiers supplémentaires, le rêve d’Ambri-Piotta qui dure depuis 1937 allait tôt ou tard s’arrêter. Mais en ce lundi de Pâques, personne ne voulait entendre la voix de la raison.

Oui, elle était condamnée, mais tout le monde aurait encore eu envie de passer un peu de temps avec elle.

Retrouvez le résumé de cette rencontre dans la vidéo ci-dessous:

Votre opinion