Séisme au Népal: Un village entier en deuil

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Séisme au NépalUn village entier en deuil

Le district de Sindhupalchok a été touché si massivement par le séisme que certains hameaux comptent autant d'habitants que de drames.

par
Cléa Favre

C'est un hameau de 40 à 50 âmes au centre du Népal dans le district de Sindhupalchok, l'une des régions qui a subi le plus de destructions après le tremblement de terre du 25 avril. Planté au sommet d'une colline, face à des pentes raides et à des cultures en terrasses, le minuscule village de Gang n'a vu que trois de ses maisons résister. Aujourd'hui, il se résume à une dizaine de tas, formés de pierres, de terre et de bois, vestiges des habitations. Il a perdu son petit frère

Malgré sa petite taille, la communauté a payé un lourd tribut: chaque habitant rencontré a une tragédie à raconter. Mingar Lama, 16 ans, était ce jour-là en chemin pour chercher de l'eau avec cinq autres hommes de Gang. C'est ce qui les a tous sauvés. «Quand le tremblement de terre a été terminé, je suis rentré en courant au village. J'étais à deux heures de marche», se souvient-il, en se tenant près de la maison familiale qui s'est complètement écroulée. «Mon petit frère jouait chez un ami dans une habitation un peu plus loin. Il était à l'intérieur et a essayé de sortir en courant, mais le toit est tombé sur lui.» Temba avait 15 ans. Il est mort sur le coup. Le temps que Mingar arrive, des membres de la communauté avaient déjà amené son corps, avec les autres victimes, «dans un endroit plat et sûr», précise le garçon avec un sourire de douleur. Son frère a ensuite été incinéré comme le veut le rituel funéraire bouddhiste. Mais le séisme a fait une autre victime dans la famille: son père, Sano Phurpa, 52 ans. Il a été très sérieusement blessé à la hanche, dans l'écroulement de sa maison. Et il est toujours à l'hôpital de Katmandou.

Malgré tout cela, Mingar n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort. Il dit seulement avec pudeur que, quand il pense à son petit frère, «son cœur lui fait mal». Il aimerait bien retourner étudier à Gumba, monastère bouddhiste dans le même district. Mais sa mère veut qu'il reste au village: il est désormais l'homme de la famille, et elle trouve que ses deux sœurs, pourtant plus âgées, ne sont pas suffisamment «matures». La situation est grave pour cette famille qui survivait grâce à ses récoltes et quelques chèvres. Leurs semences étant ensevelies dans leur foyer, ils ne savent pas de quoi ils vivront désormais. Mingar évite donc de contrarier sa maman, qui ne dort plus et ne mange plus. «J'essaie de la consoler en lui disant que cela n'arrive pas qu'à nous, mais à des centaines et des centaines d'autres familles.» Et son avenir à lui? «Je voudrais devenir éduqué, gagner bien et rendre ainsi mes parents heureux.»

La poutre qui a frappé à la nuque Temba est encore là, intacte, parmi les restes de l'habitation. Là erre l'ancien propriétaire de la maison, «incapable de parler car trop en colère», explique l'interprète. Il a perdu sa fille, écrasée sous le même bâtiment que le jeune garçon.

«Si seulement j'avais été là»

A l'autre extrémité de Gang, un homme est rongé par la culpabilité. Chalan Lama, 28 ans, en chemin lui aussi pour aller chercher de l'eau, n'était pas là au moment du drame. Sa mère, Girimai, 62 ans, et sa femme, Soma, 30 ans, étaient sur le point de se mettre à table. «Ma maman aurait pu sortir sans problème de la maison car elle était près de la porte. Mais, avant de se sauver, elle est d'abord allée prendre notre enfant de 18 mois où il dormait. Elle a été frappée à la tête par une pierre. Elle est morte avec notre bébé dans les bras», raconte Chalan. Trois heures plus tard, sa femme a été sortie vivante des décombres. «Des villageois l'ont entendue.» Et encore quelques instants plus tard, le petit Thinlay Wangoye sortait lui aussi sa frimousse de ce piège de poutres et de pierres. «Si j'avais été à la maison, ma mère serait encore vivante», regrette Chalan.

Après la catastrophe, Thinlay Wangoye n'a pas dormi pendant trois jours, ne cessant de pleurer. Aujourd'hui, il montre souvent du doigt la photo de sa grand-mère, désormais au mur de leur nouvel abri. Ce qui fait dire à son père qu'il a compris en partie le sacrifice de son aïeule. Chalan, en tout cas, n'oubliera jamais le courage de sa mère, qui a donné sa vie en échange de celle de son fils.

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