Irlande: Un village se prépare à célébrer Trump, son héros

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IrlandeUn village se prépare à célébrer Trump, son héros

Le hameau endormi de Doonbeg se prépare à fêter en grande pompe l'investiture le 20 janvier de leur mécène local.

La plupart des 900 habitants de Doonbeg sont fans du milliardaire américain.

La plupart des 900 habitants de Doonbeg sont fans du milliardaire américain.

AFP

Dans le pub de la rue principale, Tommy Tubridy, le patron, dessine avec dextérité les initiales «DT» dans la mousse des Guinness qu'il sert à des villageois très majoritairement fans du milliardaire américain qui a investi des dizaines de millions d'euros chez eux et emploie des centaines de personnes. «Il est très populaire dans la région, 99,9% des gens voteraient pour Trump ici», assure-t-il à l'AFP.

Doonbeg signifie «petite forteresse» en gaélique irlandais, et à maints égards le village a des allures de fief irlandais du président élu américain. En 2014, Trump y a acquis, en périphérie, pour 8,7 millions d'euros, un terrain de golf où il a injecté 53 millions d'euros dans des travaux de rénovation. Le complexe emploie jusqu'à 300 personnes en été -sur les 900 habitants que compte le village- et apporte en outre une manne bienvenue aux boutiques, bars et restaurants de ce coin d'Irlande durement touché par l'austérité.

Si Trump a qualifié cet investissement de «bouchée de pain» -le prix payé pour le complexe est en effet considéré comme particulièrement bas et reflète la crise immobilière qui a frappé le pays-, les habitants de Doonbeg lui en sont très reconnaissants. D'autant plus que le manque d'infrastructures -les routes y sont petites et cahoteuses, les réseaux téléphoniques et internet capricieux- a toujours handicapé la région en matière de développement économique.

Entre espoirs et incertitudes

«C'est extrêmement important pour tout le monde dans le comté de Clare, pas seulement pour Doonbeg», a assuré à l'AFP John O'Dea, président du Doonbeg Community Development, une organisation à but non lucratif dont le but est de promouvoir les commerces dans le village.

L'élection du magnat américain a suscité l'espoir de voir le développement du complexe se poursuivre, avec notamment les promesses de construire une piscine et un centre de conférence. Mais l'annonce de son intention de quitter ses entreprises pour éviter les conflits d'intérêts a semé l'incertitude.

Dans le reste du pays, qui a historiquement des liens étroits avec les Etats-Unis, les réactions à la victoire du conservateur ont été beaucoup moins enthousiastes. «Le monde s'est réveillé mercredi plus sombre, plus effrayant et plus menaçant», a ainsi écrit Pat Leahy, le correspondant politique du «Irish Times», au lendemain de son élection le mardi 8 novembre. «D'abord le Brexit et maintenant Trump. Le monde change rapidement dans des directions que nous allons presque certainement regretter», a-t-il ajouté.

«L'endroit où il faudra être»

Même à Doonbeg, il a suscité quelques tensions lorsqu'en mai il a demandé un permis de construire pour ériger une barrière rocheuse contre l'érosion du littoral afin de protéger son golf. Ses critiques ont souligné l'ironie de voir sa demande comporter une référence aux risques d'inondations provoquées par le changement climatique alors que Donald Trump s'est présenté pendant la campagne comme un climatosceptique.

Après des mois de lutte avec les défenseurs de l'environnement et les autorités locales, il a été contraint de renoncer début décembre à son projet qui devait s'étendre sur trois kilomètres de plage, au profit d'une installation souterraine plus modeste. Ce revers ne devrait cependant pas gâcher la fête le 20 janvier à Doonbeg. Cerise sur le gâteau, les arrières-grands-parents de Mike Pence, le vice-président élu, sont originaires du village.

Pour Suzanne Tubridy, la fille du patron du pub, l'élection de Trump «a vraiment fait connaître Doonbeg». Selon elle, «ce sera l'endroit où il faudra être» lorsque Barack Obama passera le relais à Donald Trump.

(AFP)

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